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Full text of "M. Tullii Ciceronis Oratio pro Archia; discours de Cicéron pour le poète Archias"

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1 




M. TULLII CICERONIS 

ORATIO 

PRO ARCHIA POETA 



PARIS, IMPRIMERIE GENtfRALE A. LAHURE 
9, rue de Fleurus, 9 



M. TULLII CICERONIS ORATIO PRO ARCHIA 



^V^ 



DISCOURS 

DE CICERON 

POUR LE POETE ARCHIAS 

TEXTE LATIN 

publie d'apres les travaux les plus recents 



AVEC UNE NOUVELLE COLLATION DU GE M B LACEIS S l S 
UN COMMENTAIRE CRITIQUE ET EXPLICATIF 

UNE INTRODUCTION ET UN IJNDEX 



PAR EMILE THOMAS 

Ancien eleve de 1'Ecole normale superieure 
Professeur de Liti^rature Iatine a la Facalte des Lettres de Douai 






PARIS 

LIBRAIRIE HACHETTE ET C 



79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 



i883 



Tous droits resc 



ciw* 




A MONSJEUR E. BENOIST 

PROFESSEUR DE POESIE LATINE 
A LA FACULTE DES LETTRES DE PARIS 



Te. . . video niibi principem et ad 
suscipiendam et ad ingrediendam 
rationem horuin studiorum extitisse. 



1NTR0DUCTI0N 



J'exposerai d'abord ce que nous savons du poete Archias et de ses 
rapports avec Ciceron ; je resumerai les raisons qui ont fait douter au 
commencement de ce siecle de 1'authenticite du Pro Archid ; j'indi- 
querai quel est, suivant moi, le caractere particulier et 1'interet propre 
de ce discours; enfin je dirai quelques mots de la methode que j'ai 
suivie soit dans 1'etablissement du texte, soit dans le commentaire. 

VIE DARCHIAS; SES OEUVRES 
ET SES RAPPORTS AVEC CICERON. 

Premieres annees de la vie d' Archias. — Nous ne connaissons 
guere d'Archias que ce qu'en a dit Ciceron dans le discours qu'il a 
prononce pour sa defense. Le meilleur resume de sa vie est donc celui 
qu'on lira au chapitre m, §§ 4-8. Voici les principaux faits rappele's 
par 1'orateur et les conjectures quon a tirees d'autres endroits du 
discours. 

Archias etait ne dans la capitale de la Syrie, a Antioche, on ne sait 
pas bien en quelle annee. Nous voyons seulement qu'en 102, a son 
arrivee a Rome, il avait, au dire de Ciceron, tout au plus dix-sept ans 
(5, fin : prxtextalus etiam erat). A lepoque ou le discours est pro- 
nonce (62 av. J.-C), Ciceron rappelle ainsi la longue protection que 
les Lucullus avaient accorde'e au poete (o, fin) : hoc naturae [fuit]... 
ut domus quae hujus adulescentix prima adfuerat, eadem esset familia- 
rissima senectuti; d'ou l'on conclut qu'il etait alorsparvenu, sinon a la 
vieillesse, car le dernier mot pourrait bien n'etre qu'une antithese 
oratoire, du moins a l'age mur : par exemple, qu'il etait ne entre 
120 et 117. De tres bonne heure il se distingua par ses disposi- 
tions pour 1'improvisation poetique. Le rang et la situation de sa fa- 
mille a Antioche (4 : nam ibi natus est loco nobili) aiderent peut-etre 
a se"s premiers succes. Ils furent, parait-il, tres brillants et son talent 
eclipsa tous les autres dans cette capitale grecque qui rivalisait en- 
pro auchia. 1 



2 INTRODUCTION. 

core, pour l'amour des arts et des lettres ainsi quc pour Ie luxe de ia 
vie et felegance des moeurs, avec les plus grandes villes de 1'Orient. 
— II cst vrai que ccs bcaux temps touchaient a leur fin. Les Seleu- 
cides dont lc trone, ebranle par les discordes civiles de la republique, 
etait toujours menace par les incursions des Parthes, n'avaient guere 
le loisir et peut-etre n'auraient pas eu le pouvoir d'assurer au poete 
un appui durable. U le sentit, quitta la Syrie pour l'Asie Mineure, 
puis celle-ci pour la Grece et pour la Grande-Grece. Partout on ad- 
mirait son precocc genie. II parcourut comme dans un triomphe rapide 
Tarente et Rhegium et Naples qui le recurent avec force applaudis- 
sements, lui prodiguerent les couronnes et lui donnerent a 1'envi le 
droit de cite. Eniin il se dirigea vers la ville ou l'on pouvait espcrer 
un peu plus que des honneurs, la seule qui consacrat les reputa- 
tions, raeme des poetes grecs, vers cette Rome qui devenait de plus en 
plus « la patrie commune de tous les peuples 1 » et par suite le sejour 
envie des talents qui voulaient dominer toutes les frontieres. II y arriva 
en 102, sous le consulat de Marius et de Catulus. 

Archias a Rome. — II trouva des 1'abord une hospitalite ge'nereuse 
dans une des plus illustres maisons, celle des Lucullus. Admirateurs 
zeles des lettres grecques, habiles a manier cette langue savante, puis- 
que le plus ceiebre d'entre eux s'etait fait un jeu d'ecrire en grec la 
guerre des Marses, les Lucullus donnerent chez eux au poete la place 
qu'occupaient chez d'autres les philosophes. Entre dans cetle puissante 
maison, Archias n'en sortit plus, ce qui ne fait pas moins diionneur 
au protege quaux protecteurs. Des lors sa vie errante avait fini. Car 
s'il voyagea encore bien des annees dans la compagnie de ses patrons, 
surtout du jeune Marcus Lucullus avec qui il etait particulierement 
lie, en fait il etait devenu Romain, a la fois client et ami des Lucullus 
et des amis des Lucullus. Ceux-ci, c'est-a-dire les chefs des premieres 
familles de Rome (§ 6), l'accueillirent avec bonte et, ce qui n'etait pas 
une moindre faveur. ils Fecoutaientavec complaisance (§§ 5 et6), quel- 
ques-uns peut-etre par gout pour ses vers, la plupart par vanite ou par 
interet, tous tout prets a lui proposer leurs campagnes et leur gloire 
personnelle comme une belle matiere a ses chants. Archias se pretait 
volontiers ou paraissait se preter a leurs secrets desirs. Par reconnais- 
sance pour sa patrie d'adoption et plus encore par habilete et par poli- 
tique, il laissait les fables et les vieux mythes chers aux poetes de sa 
nation pour les victoires toutes re'centes et presque aussi merveilleuses 
du peuple romain. Devant Marius, il chantait (19, fin) la guerre des 



INTRODUCTION. 3 

Cimbres. Dans la maison de ses hotes, il celebrait la guerre longue et 
glorieuse que Lucius Lucullus avait conduite contre Mithridate et les 
brillantes victoires qu'il avait remporte'es sur terre et sur mer. Enfin, 
par le choix d'unautre sujet romain et contemporain, Archias avait su 
interesser Ciceron a ses succes, et, en cas de peril, a son salut. 

Poeme projete d ' Archias sur le consulat de Ciceron. — A la ques- 
tion de 1'accusateur : § 12 : Quseres... cur tantopere hoc homine 
delectemur, Ciceron repond d'abord par toutes sortes de raisons qui 
ne sont pas mauvaises, mais qui ne furent pas pour lui decisives. Sans 
doute, les vers d'Archias le charmaient, et son zele pour le poete grec 
etait soutenu par son amour pour la poesie et aussi par sa recon- 
naissance exageree, si l'on veut, dans 1'expression, mais cependant sin- 
cere envers un homme de gout qui 1'avait tout au moins initie aux let- 
tres grecques, et qui peut-etre 1'avait guide et aide dans ses premiers 
essais de traductions de Xeuophon et d'Aratus ; mais au fond la 
bonne, la vraie raison de 1'inte'ret qu'il portait a Archias et de l'ar- 
deur qu'il mettait a sa defense, etait ailleurs, et l'on n'he'site plus 
quand on sait que le poete devait chanter un sujet que Ciceron avait 
celebre en grec et en latin, qu'il celebra toute sa vie en vers et en 
prose, qu'il croyait incomparable et superieur par le fonds a toutes 
ses oeuvres litteraires : sonconsulat de 63. Nous voyons par un passage 
du discours (§ 28) quArchias avait mis la main {attigit) a ce travail, 
qu'il avait montre ses premiers essais au consulaire aussitot pris d'en- 
thousiasme ; il est vrai que nous savons aussi par une lettre a Atticus 
(I, xvi, 15) que le client des Lucullus, volontairement ou par defe- 
rence pour ses protecteurs, eluda plus tard sa promesse. La parole 
d'un poete est comme lui chose legere. Le fameux consulat ne fut pas 
chante en vers grecs, tandis qu'un beau discours avait fait tres pro- 
bablement acquitter et devait encore immortaliser Archias. 

Epigrammes de V Anthologie attribuees a Archias. — De toutes ces 
ceuvres romaines du poete grec, meme de celles qui furent achevees, 
si quelques-unes le furent, car il semble quArchias savait attendre 
et faire attendre, aucune ne nous est parvenue. Nous navons plus que 
1'indication du sujet d'un autre poeme dans ces quelques rnots du de 
Divinatione, T, xxxvi, 79 : haric specicm... noster expressit Archias 
versibus : Archias y avait raconte 1'aventure de 1'acteur Roscius qu'un 
serpent avait, disait-on, pendant son enfance, enveloppe dans son ber- 
ceau sans lui faire aucun mal, presage assure de sa gloire future. 
Enfin dans 1'Anthologie, il nous reste, sous le nom d'un Archias dont 
la patrie n'est pas indiquee, quelques petites pieces d'une authenticite 
douteuse : epigrammata... tantummodo alternis versibus longiusculis 1 



4 INTRODUCTIOJN. 

c'est iuic trentaine (Tepigrammes 1 , ousontrepris sous une forme pure, 
mais seche, avec habilete et finesse, mais sans aucunc originalite, les 
themes traditionnels, Sont-elles du poete qu'a defendu Ciceron ou 
d'un autre Archias ? Qucile que soit rhypothese a laquelle on s'arrete, 
la memoire du client de Ciceron n'a dc ce cdte ni beaucoup a gagner 
ni beaucoup a perdre. II ne faudrait pas surtout supposer que l'au- 
thenticite de ces petits poemes puisse etre appuyee ou combattue par 
ce que dit Ciceron dcs ceuvres me'ditees et muries d'Archias 2 . Son ju- 
gcmcnt, si c'est la un jugernent, est empreint d'une exageration trop 
evidente. L'on ne croit pas un avocat sur parole quand il fait 1'eloge 
de scs clients, et l'on doit croirc moins encore Ciceron dans 1'cloge 
d'un poete qui devait chanter sa gloire. Qu'on ne voie donc dans ce 
passage qu'un compliment interesse, tout au plus le vceu d'une espe- 
rance secrete, mais nullement un te'moignage digne de foi. 

Le proces eut lieu dans 1'annee qui suivit le consulat de Ciceron 5 , 
alors que Quintus etait preteur 4 . Un certain Gratius, ennemi ou 
instrument des ennemis des Lucullus, accusa Archias d'avoir usurpe 
le droit de cite, et demanda qu'il filt expulse de Rome par application 
de la lex Papia. 

La publication du discours doit faire presumer que lissue du proces 
fut heureuse. Comme, d'autre part, plusieurs passages de Ciceron 5 
rendent probable le sejour d'Archias a Rome, et qu'il n'y sej-ait pas 
rentre s'il avait ete condamne, on peut aflirmer, quoique les anciens 
ne Faient pas dit, qu'Archias fut absous. 

DU DISCOURS POUR ARCHIAS. 

i. dk l'authenticite du discours. 

Les anciens, par exemple Tacite [Dial. de Or. 37,) et Quintilien 
(VIII, iii, 75; IX, iv, 44, etc), ont parle plusieurs fois de ce dis- 
cours. Mais nous a-t-il ete conserve sous sa forme veritable ? 

Un pareil doute parait singulier ; voici a quelle occasion il s'eveilla 
dans quelques esprits, sur quoi on le fondait, a quoi il aboutit. 

i. Voir au mot Archias 1'article de a du. etre j)rononce entre 62 et 60. Or, 

Jacobs dans Ersch et Gruber. coinme Quintus est revenu a«i printemps 

2« S ■*** : Q U8B accurate cogitateque de 58 de la province qu'il avait gouvernee 

scripsisset, ea sic vidi probari ut ad vete- trois ans, on est ainsirarnene a la seule an- 

rum scrifjtorum laudem perveniret. nee ou il a pu etre preteur, soit a 62. C ? est 

3. § 28 : nam quas res nos in consulatu Pannee qu'indiquait Manuce et que Dru- 

nostro, etc. manna adoptee. Voir aussiBtuckner, Leben 

'\. Le quatneme cens apres la loi Plautia Ciccros, p. 273, n. 1 . Ily a seulement quel- 

Pajiiia cut lieu en 60 ; le diseours ou le (jue difficulte pour 22, hujus proavus Cato. 
troisieme cens est seul cite (^, H : proxi- 5. Ad Att., I, xvr, \5 : vereor ne.. 

mis censoribus.,. superioribus... primis...) nunc.,.; et de Z>iV., I, xxvi, 79. 



[NTRODUCTION. r > 

ffolf et son ecole. — Cest avec Fr. A. Wolf [Ciceronis qwe vulgo 

feruntur orationes quatitor, Berlin 1801, et Oratio pro Marcello, Berlin 
1805) que commencerent, contre l'authenticite de plusieurs discQurs, 
toute une suite d'attaques et de polcmiques qui passionnerent le monde 
des crudits pendant les premieres annees de ce siecle. La mode, qui se 
mele a toutes choses, aida au mouvement, et les doutes portes d'une 
oeuvre a 1'autre s'etendirent promptement des quatre discours apres le 
retour de 1'exil au Pro Mareello, aux Philippiques, aux Catilinaires, enfin 
au Pro Archia. On voyait alors des editeurs trop scrupuleux suspecter 
de tres bonne foi les oeuvres qu'ils publiaient, et s'appliquer a prouver 
que les textes qu'ils avaient doctement annotes, etaient de fabrication re- 
cente. Les savants les plus judicieux hesitaient : Orelli n'osait se pro- 
noncer ; Matthiae et Stuerenburgcroyaient une concession necessaire, et 
avouaient tous deux que le Pro Archia paraissait tout au moins d'une 
redaction negligee ! . Cetait donc une vraie campagne entreprise contre 
1'opinion traditionnelle : qu'a-t-elle produit ? Sans doute une etude plus 
approfondie et un jugement plus sain des ceuvres contestees ; mais com- 
mencees avec legerete, fonde'es des 1'origine sur des raisons futiles 2 et 
conduites sans methode, de pareilles discussions devaient etre prompte- 
ment abandonnees, et elles nont plus de nos jours qu'un interet historique. 

Indications des manuscrits de Ciceron. — On ne peut certainement 
accepter sans controle les indications des manuscrits qui nous ont 
conserve les discours de Ciceron. Leurs contradictions, les erreurs 
singulieres de quelques-uns d'entie eux et non pas toujours des plus 
recents, suffiraient a mettre en garde les plus credules. Le fait seul 
qu'ils donnent comme authentiques des discours surement apocryphes 5 , 
empeche quon n'accepte pour les autres discours leurs titres et leurs 
suscriptions comme des preuves suffisantes. 

Preuves de fauthenticife du discours. — Mais nous avons, pour 
demontrer 1'authenticite du Pro Archia tel que nous le possedons, 
plusieurs temoignages dont 1'antiquite depasse de beaucoup 1'age des plus 



K . Lemaire, dans sou tome IV des Dis- milieu des discours de Ciceron, dans les 

cours de Ciceron, p. 217 et s., resume as- manuscrits de la Bibliotheque nationale, 

sez exactement les divers travaux publies n 0s 572-1, 5755, 5758, 7774 A, 7777, 7788, 

avant 4 828 pour ou contre l'authenticite 7824, tous du xv e s. et dans le n° 6369 du 

de ces discours. xiv e s., un discours intitule : Oratio ad 

2. Madvig, Opera Acad., 1, p. 4 92 a populum (al. ad populum et equites) pridie 
propos de la iv e Catilinaire : [ea argumen- quam iret in exitium • dans presque tous 
ta] non tam singulatim refeilenda vi- ces manuscrits et de plus dans les Parisini. 
deantur quam nniversum genus disputatio- 7784, 7782, 8658, 4 4749, tous du xv e s., 
nis quam multa haheat futilia, monendum. et merne dans le Par. 119^ dn ix e s. l'un 
Cf. Bernhardy, Rbm, Lit., p. 8i9. des meilleurs manuscrits de Ciceron, un 

3. Cest ainsi qu'on trouve inseres au discours au senat : pridie quam in exilium 



6 INTRODUCTION. 

anciens manuscrits de Ciccron : d'abord celui des Scholia Bobiensia de 
Mai du quatrieme ou du cinquieme siecle 1 , qui commentent notre texte, 
et ou ]'on trouve un passage qui paraissait a Madvig 2 un pur extrait 
d'Asconius ; Quintilien cite a plusieurs reprises 3 la phrase du §19: 
Saxa et solitudines, etc ; enfin la V1I C Suasoria de Seneque (p. 38, 4 0, 
Burs.) contient une allusion evidente a un autre passage de notre 
discours. Nous remontons ainsi au commencement du premier siecle : 
n'est-ce pas assez pour mettre hors de doute 1'authenticite d'une ceuvre 
ancienne ? 

Objcctions contre V authenticite du discours. — Pour combattre 
1'opinion traditionnelle, on s'est appuye a la fois sur la langue et le 
style du discours et sur les faits historiques qu'il contient. Schroeter 
en 1818 (M. Tullii Ciceronis qux vulgo fertur oratio pro Lic. Archia 
poeta rec. M. C. B, Leipzig) employa le premier ordre d'arguments 
et discuta la latinite soit de plusieurs expressions, soit de leur assc— 
ciation. Ses objections ont ete refutees dans le detail par Platz dans 
ses Vindicix orationis Ciceronis pro Archia *. Matthiae et Stuerenburg 
ont releve dans leurs editions tous les points qui pouvaient presenter 
quelque interet 5 . Sur ce terrain, la discussion ne pouvait longtemps 
se soutenir ; elle a ete portee ailleurs et en somme renouvelee avec 
beaucoup de tenacite et de subtilite par les dissertations de Btichner 
(Schwerin, 1839 et 1841). Je ne les connais que par les extraits de 
Jules Lattmann [Ciceronem orationis pro Archia poeta revera esse auc- 
torem de/nonstratur, Gottingue 1847) qui les a citees presque a chaque 
page et qui en a donne une refutation detaillee et soignee. Elles conte- 
naient cependant beaucoup de pauvres raisons. Que prouve-t-on en 
soutenant que Ciceron, ou du moins que le Ciceron dont on s'est forme 
1'idee, aurait compose ou developpe autrement le discours ? ou partant 
de points obscurs, comme, par exemple, de la nature des sentiments de 
Ciceron a 1'egard de Pompee a telle ou telle epoque, qua-t-on gagne 
en affirmant que dans ce discours public, dont on peut tout au plus 



iret ; a Bruxelles dans les n os 4 0007-1 00 H, 2. De Asconio,^. \h\ . Contra : Wunder, 

xv e s. «ipres les Verrines : Oiatio ad equites pro Plancio proleg. p. xi. 

romanos yro se ne eat in exsilium ; ibid., 3. V, XI, 25; VIII, m, 76 ; IX, IV, 

dans le n° 4 0J00, XII e -XI^' , s., f° 36, v° : 44 ; XI, III, \dl. 

Q. T. C. pridie any mittei in exilium; 4. Seebode, Kritische Bibliothekjur das 

ibid., dans le n° 634 5, xn e s. i° \ : Ora- Schulwesen, Hildeshtim, 1820, p. 774, s., 

tio in senatu antequam pelleretur in exi- \82\, p. 220, s., 783, »., 1822,p. 155,s., 

Uum. — Cf. dansOrelli 2 , t. VI, p. 377, les 335, s., 65G, s., 4 089, s. 

editions de ces discours publiees en \ 538 et 5. Voir dans la note sur Civitas (iv, 6), 

dans les annees suivantes. que 1'orateur distingue avec soin de muni- 

\. Madvig, de Asconio, p. \ 44 ; Kiessling cipium, l'argument qu'on a tire de 1'ern- 

u. Sclioll, Asconius. p. xxr. ploi rigoureusement exact de ces inots. 



I^TRODUCTION. 7 

determiner l'anne'e, ils ne sont pas absolument tels que les revelent a 
tel jour ou a tel moment precis les lettres date'es et la correspondance 
intime avec Atticus ? — Les difficultes etaient plus serieuses au su- 
jet de la loi Plautia Papiria dont il n'est fait mention que dans le 
Pro Archia et dans les scolies de Milan. Mais cette indication isole'e, si 
breve qu'elle soit, n'en a pas moins son prix ? et au lieu de conduire 
a des doutes fondes sur la comparaison des prescriptions de cette loi 
et de celles de la loi Julia, c'est-a-dire de documents que nous con- 
naissons imparfaitement, elle aurait dti plutot fournir un excellent ar- 
gument pour defendre 1'authenticite du discours. Ce n'est pas 1'ordi- 
naire des declamateurs de semer au milieu de leurs creuses periodes 
des faits historiques pre'cis et des extraits de lois oublie'es. 

Concluons en disant que ces discussions, qui furent une conse'quence 
et qui contenaient comme un e'cho des theses de Wolf, garderent jus- 
qu'a la fin le caractere de temerite et de sterilite dont elles sem- 
blaient frappe'es des Torigine, et quelles n'ont fait ici comme partout 
que confirmer indirectement 1'ancienne opinion dont personne aujour- 
d'hui ne songe plus a s'ecarter. 

II. CARACTERE PARTICULIER DU DISCOURS POUR ARCHIAS. 

On s'expliquera mieux toute cette polemique en remarquant que sou- 
vent des deux cote's, dans les critiques des uns comme dans les refuta- 
tions des autres, on meconnaissait le veritable caractere du Pro Archia. 

De ce discours consiciere comme un plaidoyer. Disproportion et dis- 
convenance entre la cause et le discours. — D'abord il faut comprendre 
que nous n'avons pas ici un simple plaidoyer destine a demontrer que 
le droit de cite devait etre reconnu ou donne a Archias. Telle est en 
apparence la matiere du discours ; ce n'en est que le cadre tout ex- 
terieur. Au temps de Ciceron, Archias netait connu que dans un cercle 
restreint; du notre, il ne l'est qu'a cause de son defenseur ; s'il ne 
s'etait agi dans ces pages celebres que de fixer son etat politique, com- 
ment auraient-elles excite 1'admiration des contemporains de Forateur, 
comment auraient-elles conserve celle des generations qui ont suivi? 
par ou ce discours pourrait-il si fort nous interesser ? Pourquoi le met- 
tre hors de pair et bien au-dessus du discours pour 1'Espagnol Balbus 
que Ciceron a de'fendu contre le meme genre d'attaques? Encore le Pro 
Balbo a-t-il une partie politique qui interesse 1'histoire. II estnettement 
date (56) ; il precise les rapports de Rome a cette epoque avec les 
peuples allies, et aussi la situation nouvelle imposee a Ciceron par le 
premier triumvirat. Rien de pareil dans le Pro Archia. 



8 INTRODUCTION. 

Ajoutons que, si on considere ce discours comme un simple plai- 
doyer, la cause dont s'est charge Ciceron doit paraitre obscure, pour 
ne pas dire suspecte, et la maniere dont il l'a defendue devrait etre 
jugee severement. Nous connaissons a peine de nom 1'accusateur 
d'Archias. Mais si les preuves que Ciceron a rapidement indiquees, 
etaient solides, et comment croire qu'elles aient ete fausses ou ima- 
ginaires 1 , si la defense pouvait sappuyer sur une deputation d'Hera- 
clee, sur les registres de Metellus, sur une loi formelle dont toutes 
les conditions avaient ete remplies, on ne concoit meme pas qu'une 
accusation ait ete possible et qu'il y ait eu matiere a proces. Ou * 
faut-il supposer que 1'accusateur avait apporte des arguments dont 
Ciceron n'a rien dit ? Comment alors excuser celui-ci davoir deplace 
ou plutot deserte la discussion et remplace une refutation necessaire 
par une digression brillante et toute personnelle ? Semblable a ces 
orateurs dont il parle lui-meme 2 , qui repondaient a des adversaircs 
qu'ils ne daignaient meme pas entendre, ne risquait-il pas de sacrifier 
a cette pruderie de gout 1'interet meme de son client? On dira que la 
meilleure partie de 1'argumentation a ete supprimee par Ciceron dans 
le discours ecrit. Mais plutot que d'en laisser si peu, n'eut-il pas mieux 
valu la supprimer tout a fait ? Notre malignite ne se defendra pas du 
soupcon que ces retranchements n'ont du nuire ni a 1'idee que nous 
nous faisons du bon droit dArchias, ni a la parure du discours, ni 
surtout a la reputation de 1'ecrivain ? — Sans doute les digressions ne 
sont au barreau ni nouvelles, ni rares. Elles offrent pour certaines 
causes, ce ne sont pas les bonnes, une ressource precieuse. Mais ja- 
mais elles n'ont ete plus audacieuses. Jamais 1'adversaire, ses argu- 
ments, la cause elle-meme, au moins la cause apparente, n'ont ete aussi 
nettement laisse's de cote ; car il ne faut pas oublier que les confir- 
mations triomphantes des autres discours, par exemple de la Milo- 
nienne et du Pro Roscio comasdo, etaient precedees de longues, de 
solides refutations qui font ici pleinement defaut. 

Considere comme un plaidoyer ordinaire, le Pro Archia, loin d'etre 
un modele, serait donc des plus mediocres, et l'on comprend que 
d'anciens critiques, le jugeant par ce cote, et y trouvant a peine ou 
n'y trouvant pas le fonds historique auquel ils s'attendaient, aient 
tourne contre le discours meme ce qui y est nouveau (3 et 18, novum 
genus dicendi), ce qui en fait le charme, c'est-a-dire le ton general, le 

\ . Voir cependant dans la note sur inscrit a Heraclee avant Pincendie des re- 

iO,Jin: IVe utitur quidein illis } comment gistres. 

on a pu soutenir qu'Arcliias n'etait pas 2. Brutus, i/vii, 208 : respondemus iis 

legalement citoyen, et qu'il n'avait pas ete quos non audivimus. 



INTRODUCTION. 9 

caraclere tout liumain que lui a donne 1'auteur, et qu'ainsi, par une 
grave faute de goiit, mais non de logique, on ait ose attribuer a un de- 
clamateur 1'oeuvre d'un grand orateur qui etait en meme temps, ct il le 
prouvait sufiisamment dans ces p;tges, un grand, un merveilleux ecrivain. 

La conclusion ne sera plus la meme, si l'on remarque que cette 
cause differait de toutes les autres par la personne et par le caractere de 
Faccuse, par les rapports d'amitie et de reconnaissance qui existaient 
entre lui et Ciceron, par les dispositions probables des juges, du 
preteur, de 1'auditoire. On voit aussitot que le proces d'Archias n'a 
fourni qu'un cadre, quil n'etait qu'un pretexte ; que la premiere partie 
serait plutot que la seconde une digression ; quelle n'est qu'un court 
preambule, destine a amener la partie principale du discours, la 
vraie cai/se, a savoir la defense des etudes nouvelles, qui penetraient 
de plus en plus dans la societe romaine, et dont personne ne sentait 
mieux le prix, dont par son talent nul autre ne prouvait mieux que 
CiceYon les ressources incomparables et i'inepuisable fecondite. 

L'accuse\ ses rapports avec Ciceron ; comment Ciceron fait la cause 
sienne. — L/accuse etait un poete ; c'etait deja une raison pour que 
Ciceron prit volontiers sa defense. II avoue quelque part l , et nous 
l'en croyons facilement, quel amour il a toujours ressenti pour les 
poetes, et comment ceux-ci lui ont prouve a 1'occasion leur fidelite et 
leur reconnaissance. Mais si, comme poete et plus que tous les 
autres poetes, puisqu'il etait Grec, Archias avait toujours vecu en de- 
hors des debats et du tumulte du forum romain, sa situation 2 , sa 
personne ne semblaient-elles pas excuser 1'emploi pour sa defense d'une 
forme nouvelle, plus libre, moins pleine de faits et d'arguments, 
et cependant plus persuasive? Pour eveiller 1'interet des juges et 
des auditeurs, Ciceron rappelait les liens d'amitie et de reconnaissance 
qui 1'unissaient a Archias et aussi son merite et la valeur de ses ceu- 
vres : il racontait ses premiers succes en Asie et dans la Grande- 
Grece ; les poemes qu'il avait composes et ceux qu'il preparait : si 
la langue grecque leur nuisait a Rome, elle leur ouvrait 1'Orient, ces 
regions reculees ou Rome portait toujours plus avant ses armes, et tout 
le reste du monde civilise. Les sujets qu'avail choisis Archias etaient 
ceux que les Romains eux-memes auraient regardes comme les plus 
propres a repandre partout la gloire de leur patrie. L'orateur citait, 
comme autant de repondants des qualite's et du caractere du poete 
qu'il defendait, les premiers citoyens de Rome, et y ajoutant par sur- 

i. Pro Sestioy i/vnr, 4 23 : neque poetae ^-§^ : ' n ejusmodi persona quae propter 

quorum ego semper inoenia dilexi, tempori otium ac studium minime in judiciis peri- 
meo defuerunt. culisque tractata est. 



40 INTRODUCTION. 

croit son propre temoignage, il avouait qu'il subissait lui-meme le 
charme de ce beau talent. II presentait son niaitre Archias comme ayant 
droit plus que personne au secours d'une parole qu'il avait formee, 
puisqu'il avait devine le genie du futur orateur et dirige ses premieres 
etudes : autrefois il avait aide au progres de son eloquence par les 
influences reciproques qui s'exercent d'un art a 1'autre dans ces regions 
supe'rieures ou tous se rencontrent et se completent ; maintenant il lui 
fournissait dans ses oeuvres, ou lui faisait trouver dans celles des 
grands poetes, le repos apres les fatigues de la vie publique, un aliment 
pour la reparation des forces de son intelligence, et des ressources 
nouvelles pour s'elever encore a une culture plus parfaite l . 

On voit combien Ciceron rendait la cause sienne, bien moins par 
les temoignages reiteres et quelque peu inattendus de sa reconnais- 
sance que par cette declaration publique de ses gouts, par la defense 
ouvertement entreprise ou plutot par la glorification hardiment tentee 
de ses etudes preferees 2 . Sous le nom d'Archias, le consulaire venait 
en plein forum payer sa dette a ses vrais maitres, aux poetes et aux 
grands ecrivains de la Grece, et montrer tous ces foyers de lumiere 
ou il avait allume les flambeaux dont il eclairait son pays et qui allaient 
rayonner sur le monde. Cetait ici encore un plaidoyer tout persortnel^ 
comme le sont si souvent ses discours : un Pro Cicerone plus qu'un 
Pro Archia*. Mais cette fois 1'ancien consul ne tentait pas de faire face 
a ses adversaires et de leur imposer sa gloire ; 1'ancien exile ne venait^ 
pas se venger de spn exil, attaquer dans les devergondages d'une 
Clodia le souvenir du tribun qui 1'avait jete hors de 1'ltalie ou defendre 
en Milon l'un de ceux qui 1'avaient fait rappeler et celui qui combat- 
tait pour lui pendant les mauvais jours ; ici la politique est heureuse- 
ment absente : c'est 1'orateur, j'aurais dit : c'est le poete, s'il etait meil- 
leur, c'est du moins 1'admirateur passionne des lettres et de la poesie, 

\ . Comme Ciceron qui parle assez sou- ment dont nous parlons : « Jugez quelle 

vent de ses maitres ne dit rien d'Archias recberche, quel art, quel souci litteraire 

dans ses autres ouvrages, on a suppose avec Jules Favre devait apporter dans ces causes 

vraisemblance qu'il avait exagere pour le ou la litterature et l'art etaient le sujet 

besoin de la cause ce qu'il devaitau poete. meme de ses discours. Ciceron plaidant 

Surement il ne recut pas de lui des lecons pour le poete Archias n'etait pas plus heu- 

d'eloquence. Mais peut-etre est-ce sous sa reux, plus debordaut, plus fertile en di- 

direction qu'il commenca ses traductions gressions aimables, plus prodigue des tre- 

d'AratuSj son Pontius Glaucus, et les essais sors de son eloquence et du superflu de 

poetiques de sa jeunesse. ses richesses. Archias ne gagnait pas tou- 

2. Ciceron ouvrait une voie ou d'autres jours son proces ; mais Ciceron ne perdait 

l'ont suivi avecla meme ardeur, parfois avec jamais le sien. » M. Rousse, Discours de 

le meme talent, dans les temps mddernes. reception a V Academie . 

Ne disait-on pas recemment d'un de nos 3. Schneither, a la fin de son article 

grands orateurs, en faisint le rapproche- dans la Mnernosyne, V, 1.S56, p. H2. 



INTRODUCTION. II 

c'est le grand ecrivain qui vient defendre ce qu'il y avait en lui de 
plus intime, ce qui est reste le plus honorable pour sa memoire, le 
goiit ou plulot la passion des nobles etudes, 1'amour de tout ce qui 
est eleve et de tout ce qui peut elever Tesprit et le cceur. Sur de 
1'admiration de ses contemporains pour le talent qu'ils avaient vu fleu- 
rir et s'e'panouir, dans ses ecrits comme dans ses paroles, il les con- 
duit lui-meme vers les sources ou ce talent s'est abreuve et fortifie, 
ou il se retrempait chaque jour encore, les assurant de 1'epreuve qu'il 
avait faite, qu'il devait faire toujours davantage, que les lettres ne 
1'avaient sans doute pas garde de bien des fautes, mais que du moins 
il trouvait en elles de quoi adoucir tous les revers et toutes les amer- 
tumes de sa vie politique. 

Uauditoire, II est naturel que le ton et que les deVeloppements de 
tout discours changent en meme temps que 1'auditoire. L'homme, et 
bien plus encore toute reunion d'hommes emporte avec elle son atmo- 
sphere 1 . Sans doute, en redigeant la defense qu'il avait prononcee, 
Cice'ron oublia ses auditeurs veritables pour songer a ses lecteurs habi- 
tuels : il devinait leur impatience de juger si 1'ecrivain pourrait en 
cette cause brillante egaler 1'orateur. Mais soyons surs que deja au 
forum Ciceron avait trouve devant lui un auditoire nombreux et diffi- 
cile, et que ses expressions : tanto conventu hominum ac frequentia... 
hoc concursu hominum litteratissimorum , hac vestra humanitate^ n'au- 
raient pas paru un vain compliment a 1'assistance. Autour d'Archias 
durent se presser les Lucullus, les Metellus, les Catulus, auxquels s'a- 
dressait d'abord Cice'ron et qu'il comptait obliger par la defense d'un 
poete, leur client 2 ; avec eux, les survivants des familles qui avaient 
accueilli ou applaudi Archias, les Octavius, les Hortensius, et tous ceux 
qui a Rome avouaient leur gout pour les lettres grecques et par recon- 
naissance pour la Grece des anciens jours se faisaient les protecteurs 
des artistes et des poetes, ces derniers enfants de 1'Hellade. Parmi les 
juges (§ 22), se tenait Caton qui allait entendre 1'eloge de son aieul 
[ibid. et § 16) et dont le caractere, dont la vie et les etudes, formant 
contraste avec la memoire du vieux Caton, auraient suffi pour marquer 
combien 1'esprit romain avait change depuis deux generations. Enfin, 
comme si le hasard avait du aider lui-meme a faire ressortir le carac- 
tere tout litteraire de cette cause, le preteur qui presidait etait le Ro- 
main de ce temps le plus capable peut-etre de sentir combien la cause 
differait de toutes les autres, et le mieux dispose a approuver la ma- 
niere dont elle devait etre defendue. Ciceron 1'indiquait dans 1'allusion 

\. D'apres Doudan, Pensees et frag- 2. Sur cette intention particuliere de 

ments, in-12, Paris iS8i f p. 88. Ciceron, voir Drumann, V, p. 580. 



42 INTRODUCTION. 

par Iaquelle il termine, et personne ne s'est etonne d'apprendre apres 
des siecles, par les scolies de Milan, que ce preteur etait Quintus Ciceron. 

En s'adressant a de tels auditeurs, Ciceron pouvait prendrc un autre 
ton et parler un autre langage. Nous ne comparerons pas sans doute le 
Pro Arcliia a nos discours d'Academie. Si Torateur pouvait sortir des 
habitudes du forum il ir en parlait pas moins au forum ; il avait un 
accuse a defendre, et il ne negligea rien pour qu'il fut absous. Le Pro 
Archia n'en fut pas moins une nouveaute justifiee par le temps et les 
circonstances ; il fait date dans 1'histoire des lettres et des moeurs a 
Rome et nous reporte bien loin, non seulement de 1'epoque ou les 
poetes n'avaient pas de nom dans la langue des Romains, ou de celle 
ou l'on assurait qu'un esclave etait d'autant plus mauvais qu'il com- 
prenait mieux le grec, mais des temps les plus rapproches, et par 
exemple du commencement meme de la vie de Ciceron. Bien que l'o- 
rateur prenne encore ici quelques precautions de style, il naura plus 
besoin, comme dans les Verrines, de paraitre ignorer jusquau nom, 
jusqu'aux grandes ceuvres des premiers artistes de la Grece. Si Rome 
ne s'etait pas desinteressee de 1'utilite que pouvaient avoir ces etudes 
si vantees, si 1'orateur tire de cet ordre de considerations des ar- 
guments qui durent porter, desormais on ne cache plus qu'on aime ces 
etudes pour elles-memes ; Yotium Graecum, dont on avait dit jadis tant 
de mal, parait une bonne, une douce chose; on lit, on ecoute et l'on 
juge ou 1'on pretend juger des ceuvres de 1'esprit; on rougirait de la 
fiere ignorance, de Faustere rudesse de l'age precedent; les Marius 
eux-memes ne voudraient pour rien au monde passer pour etre dis- 
gracies des Muses, (20 : aversi a Musis); parmi ces nouveaux Romains, 
c'est une parole acerbe, une replique injurieuse que d'appeler quel- 
qu'un atxoucjoi;, ava-cpootxo? xat aTrpoaoidvuaot; * ; tant ont change les 
goutSj les mceurs, 1'esprit de ce peuple! Car remontons de quelques 
annees dans Fhistoire de Rome : parmi les vainqueurs non pas gros- 
siers mais incultes de 1'Afrique, de 1'Espagne et de la Grece, presque 
aucun n'eut compris 1'injure, et quel est celui qui d'un tel jugement 
n'eut ete fier comme d'un eloge ? 

On peut dire en resume que Ciceron s'adressait, et il le sentait, a 
des auditeurs et a des juges qui partageaient ses goiits et qui etaient 
gagnes d'avance. N'y avait-il pas dans cette situation favorable 
elle-meme un ecueil ? Comment, sans nuire a la cause des lettres, plus 
importante que celle d'Archias, repondre a 1'attente de ceux qui desi- 
raient les entendre dignement louer et ne pas choquer le peu qu'il 

\. Aulu-Gellc, N. A. I, v, 3 : reponse d'Hortensius a Torquatus qui 1'avait appelc 
Dionysia. 



[NTRODUCTION. 13 

restait des vieux prejuges vulgaires ? comment, en restant digne de 
soi-meme, satisfaire toutes ces oreilles si faciles a s'ouvrir, mais qui 
pouvaient si vite et pour de si futilcs motifs se detourner, ou meme se 
fermer ? 

Lc discours. — Ciceron n'eut garde de se tenir dans les limites 
etroites de la cause. Des les premiers mots il la represente comme 
gagnee, comme indisculable, comme impossible a developper a cause 
de sa clarte meme : § 8, Si nihil aliud nisi de civitate ac lege dicimus, 
nikil dico arnplius. U est possible que la premiere partie ait eu dans 
le discours que prononca 1'orateur quelques developpements de plus ; 
mais la encore la question a dii etre presentee et traite'e de meme : Ci- 
ceron y aura mis eu pratique la methode qu'il a souvent recommandee 
aux orateurs et qui consiste a donner aux sujets particuliers un tour 
general l , et dans ce discours meme, la deuxieme partie dut deborder 
l'argumentation proprement dite et laisser au second plan le proces 
et les interets d'Archias. Ne s'agissait-il pas de celebrer la victoire des 
lettres avec le consentement, aux applaudissements des vaincus ? Mais 
que d'habilete dans la maniere de la presenter ! Avec quel art l'elo- 
quent consulaire fait servir a la gloire des lettres tout ce que lui four- 
nit son talent, sa reputation, son rang ? ses gouts personnels, les eve'ne- 
ments recents, comme la mort de Roscius, aussi bien que les souvenirs 
les plus varies des diverses periodes de 1'histoire de Rome ! Combien 
il etait ingenieux de mettre les lettres grecques sous la protection de 
ceux qui les avaient combattues, comme Caton, ou de ceux qui, sans 
les ignorer, avaient cependant garde le fonds de leur caractere romain, 
comme le second Africain, comme Lelius et Furius! La nouveaute 
devenait ainsi une sorte de tradition nationale devant laquelle tous 
pouvaient s'incliner, dans laquelle tous allaient se reunir, les esprits 
prevenus comme les plus favorables, les inities et les profanes. 

Jamais aussi 1'orateur ne s'est plus pleinement livre ; jamais il n'a 
mieux revele ce qu'admirent en lui les modernes : l'harmonie des 
facultes les plus diverses ; une curiosite desinteressee de toutes choses ; 
et avec la connaissance, avec 1'emploi des procedes factices et passagers 
de l'art de son temps, cependant une imagination et une eloquence 
naturelle; un grand bon sens avec le gout de la nouveaute; bref, tout 
ce qui le faisait des lors plus homme que les autres anciens^. Tel est 
pour nous le fonds de son genie, telles sont ses meilleures qualites; 

\. De Or., II, xxxi, i 34 : omnes contro- et teiii^oribus sernper , si potest, avocat 

versias ad universi generis vim et naturam contioversiam. 

referri. Or., xiv, 4 5 : orator non ille vul- 2. D'apres Doudan, Pensees et frag- 

garis, sed hic excellcns, a propriis personis ments, p. 3i. 



14 INTIIODUCTION. 

mais ou devait-on les trouver, ou les trouve-t-on plus clairement et 
plus fortement marquees que dans ce discours ? 

Et si d'apres ce qui precede, au lieu de nous en tenir a 1'expli- 
cation de la lettre du discours, nous essayons de nous placer devant les 
yeux et cette cause et 1'action de 1'orateur et les sentiments de 1'audi- 
toire, j'imagine que la premiere impression fut peut-etre la surprise, 
mais que la derniere fut une admiration melee de quelque ravis- 
sement. Archias ne pouvait esperer d'etre aussi bien defendu dans 
tous les sens du mot; 1'auditoire ne pouvait compter que la nou- 
veaute de cette harangue fut aussi agreable ; le preteur, quoique pre- 
venu et complice secret des preferences de son frere, ne pouvait s'at- 
tendre a un expose aussi franc et aussi heureux de leurs gouts com- 
muns ; enfin, car les orateurs d'alors avaient les memes joies secretes 
que les notres *, Ciceron ne dut-il pas s'etonner lui-meme et ressentir 
un peu de cette emotion douce et delicate qu'il communiquait aux 
autres? Si je ne me trompe, il y a a la fin du discours un ton de 
confiance, un enthousiasme a demi volontaire, surtout une plenitude 
qui suppose, qui prouve une parfaite egalite de sentiments, j'allais 
dire les memes transports, dans 1'orateur et dans l'auditoire. 

Qualites et defauts de style de ce discours. — De ce point de vue 
on saisit mieux les qualites, et l'on de'couvre plus nettement les defauts 
de style de ce discours. Pour les qualite's, il n'est guere besoin de 
s'y attarder. Tout le monde remarque combien est litteraire la forme 
de ce plaidoyer pour la defense des lettres : comme il est penetre de 
ces influences grecques ou poetiques qu'il avoue et qu'il recommande, 
et en meme temps tout parseme d'anecdotes racontees comme Ciceron 
sait le faire, ici un mot spirituel de Themistocle, la une reponse humo- 
ristique de Sylla, et partout, le meme mouvement, la meme variete de 
pensees tantot familieres, tantot presque sublimes, une langue vive, 
coloree, rythmee et harmonieuse, audacieuse comme celle des vers 
sans etre poetique, pleine d'une chaleur vraie et presque partout heu- 
reuse dans la nouveaute des expressions comme dans leurs rapproche- 
ments. Et cependant certains defauts paraissent incontestables. Non 
pas seulement ceux qu'on pourrait representer comme des negligen- 
ces voulues, destinees a rappeler les liberte's de 1'improvisation, par 
exemple les repetitions de mots 2 ; mais ce qui est le contraire de 



i. M me J;iubeit, Souvenirs sur Bervyer 2. Ainsi : i ; repetere.... repetens. — 

p. 7 3 : Berryer disait : « et pour Pintelli- 3, Hominum.. homine.. hominum.. hu- 

gence,quelle fetede s'ecouter avecsurprise, manitate.. humanitatis. — 8, Si nihil 

de partager retonneraent des autres, de aliud nisi de lege dicimus, nibil dico am- 

jouir de la sensation qu'on impose ! » plius : causa dicta est. — <0, de ejus 



INTRODUCTION. 15 

ces negligences, des oppositions de mots trop frequentes, souvent 
cherchees et subtiles l ; quelque obscurite dans la suite de cette argu- 
mentation ou se pressent les traits, les anecdotes, les preuves ici deve- 
loppees, la effleurees, presque partout accumulees. Ciceron s'etait 
engage dans une these ou il voulait moins demontrer que suggerer et 
seduire : il s'y maintient trop sans se mouvoir nettement vers un but 
precis. Faut-il l'attribuer au cadre meme de ce discours? mais on 
sent une monotonie facheuse dans le raisonnement et dans cette con- 
clusion qui revient toujours : § 18 : hunc non... defendendum putem ; 
19 : hunc... repudiamus; 22 : hunc eiciamus, etc. 

Non que ces defauts excusent le moins du monde 1'erreur de 
Schrceter et de Biichner. II n'est pas de phrase ou ne se reconnaisse 
la marque d'un grand ecrivain, et certes le plus habile rheteur du 
premier siecle aurait ete incapable d'ecrire ne fut-ce que les quelques 
lignes de resume qui terminent le discours. Mais Ciceron a peut-etre 
conserve, dans la redaction de ce plaidoyer, plus qu'il ne le faisait 
communement de son improvisation premiere, et cela sans doute parce 
qu'il 1'avait trouvee, parce quon 1'avait jugee particulierement heu- 
reuse, et qu'un soin trop curieux et une revision trop severe auraient 
risque d'en alterer la fraicheur et les natives beautes. 

III. METHODE SUIVIE DANS CETTE EDITION POUR LE TEXTE 
ET POUR LE COMMENTAIRE. 

/. TEXTE. — Uapparatus, que Lagomarsini avait prepare pour ce 
discours d'apres vingt-deux manuscrits et que Niebuhr a publie au 
commencement de ce siecle, est devenu inutile depuis qu'on a reconnu 
la superiorite incontestable des trois sources suivantes : 

1° Le Gemblacensis, maintenant a Bruxelles n° 5352, XII e s., colla- 
tionne pour la premiere fois par Baiter. 

2° UErfurtensis, maintenant a Berlin, deja connu par le livre de 
Wunder : Varix lectiones librorum aliquot M. T. Ciceronis ex cod. 
Erfurtensi enotatx, Leipzig, 1 827, et choisi depuis longtemps comme 
fondement du texte par Stuerenburg et par les autres editeurs. 

civitate... aliis quoque in civitatibus... Comprobari... causa qua? comprobetut '■. 

civitatem in Graecia... post civitatem da- — Le mot labores revient quatre fois 

tam. — 28, quas res.. pro /epublica.. du g 28, fin a 30 ; 1'association pericula 

quod mibi magna res. — 30, Au vero., et labores cst repetee aux §§ 23, 28 

Ego vero.. Haec vero... — Ibid. et Z\ en et 30. 

quelqucs lignes, summi hornines } su/n/na \ . Par exemple : \ 7,yi«:corporis motu.., 

ingenia, et je ne sais combien de fois le animorum motus ; 19 : saxa.. voci respon- 

mot ingenium. — 31, quem videtis dent.. nos.i noa wce moveamur, 



1G IVfRODUCTION. 

3° Enlin les variantes recueillies par P. Pithou a la marge d'unc 
edition de Lambin ct que Baiter a designees par P. 

11 suffit de jeter les yeux sur les deux cditions d'Orc)li pour com- 
prendre d'abord quc les anciennes editions de Ciccron ne peuvent 
aider en rien a l'ctal)lissement du texte l ; ensuite que, parmi les trois 
sourccs principalcs auxquelles Baiter se refere dans la seconde e'dition 
d'Orelli, les deux dernieres derivent de la meme origine que le Gem- 
blacensis et sont moins pures que la recension de ce manuscrit. La supe- 
riorite du Gemblacensis est surtout marquee dans quelques passages : 

10 & . ; 11 p. r. et consule ; 24 nisi illiars: 28 adortavi*. 

gravat in * 

Aussi Y Erfurtensis et les variantes de Pithou ne m'ont-ils servi 

qu'a distinguer parmi les fautes celles qui etaient dans 1'original 

commun. Pour le texte j'ai considerc le Gemblacensis non comme la 

source principale, mais comme la seule qui soit sure. J'en ai fait une 

collation plus complete que celle de Baiter, et Ton trouvera au bas 

de chaque page toutes ses variantes. 

Description du Gemblacensis. — Le manuscrit (n os 5348-5352), 

ecrit au xu e siecle, est un volume en parchemin de 315 millimetres de 

haut sur 235 milHmetres de large, provenant de la Bibliotheque de 

Bourgogne et auparavant du monastere de Gembloux. II est forme 

de 15 cahiers non marques, tous de 8 feuillets, sauf le 15 e qui n'en a 

que 6. II manque le dernier feuillet du 10 e cahier, le l er du 1 l c , 1'avant- 

dernier du 15 e . Les pages ont presque partout 43 lignes. Les titres et 

les suscriptions non seulement des ouvrages, mais souvent des cha- 

\ . En dehors des editions citees par serait trop long d'enumerer toutes celles 

Orelli, j'ai consulte quelques incunahles de VErJurtensis ; je cite seulement parmi 

de la Bibliotheque nationale. Les editions les fausses lecons : §9, his igitur talibus, — 

de Valdarfer 1470 et de Guarini a Verone § \8jin, nobis esse v identur, — § 24, uisi 

MH paraissent avoir ete faites sur de bons ars illa exstitisset... Jbrte adaequavit, — 

inss., mais elles ne les suivent pas partout § 2bjin, ne quod postea... copiam tamen 

fidelement.L'edition deSweynheym etPan- non, — § 30 f pravi animi... — § 31, causa 

nartz, Rome 1471, douue une recension vero hujusmodi, etc; — les gloses suivan- 

corrompue de mss. italiens. Les editions tes, § 10, vel gratuito gravat, — § 10, no- 

de Nicolas G., Venise, 1480, et de Robert luisse sed credendum est, — £, 20, qualia 

Etienne, Paris, 1639, reproduisent presque carmina quod acroama ; — la correction 

sans changement la receDsion italienne. § 28 } adhortatus sum ; — les deplacements 

2. Voici la liste complete des fautes de mots arbitraires, comme § 14, pleni 

particulieres au Gemblacensis : § 13,ipsa,f sunt omnes, — § 25, Hispanos donaret et 

requiem, — §15, babitatu, — ^ 18, quo- Gallos ; — les omissions de mots conti- 

tiens ego revocatum, — § 23, fer/ genti- nuelles : § 5, cum (apres alter) y — § 11, 

bus... earadem gloriam, — XI, § 26, op- dejure esse a Romanorum. — VI, § II, 

timiss quisque, — § 28, uuu (pour iud), hic. — § 1 2, de doctrina a animos, — 

— § 31, hominum ingen'... testimonio Lu- § 15, de naturx ipsius a sine doclrina, — 

cullo... sint a vobis [om. petimus). — II § 30, esse apies videamur, etc. 



INTRODUCTIOjX. 17 

pitres d'uu ouvrage, par exemple dans la Rhetorique a Herennius, sont 
en oneiales. Le manuscrit contient f° 1 a 32 : Marci Tullii Ciceronis 
ad Herennium libri I-IV; f° 33-63 : Rhetoricorum M. Tullii Ciceronis 
iibri I— II, autrement dit le de Inventiojie ; f° 64-79 : le commenlaire de 
Grillius sur le de Inventione, dont Halm a donne des extraits dans 
ses Bhetores Latini, II ? p. 596-606. Les derniers mots ici sont : de 
hac rc inquit judicabitis (Halm, p. 604, 27); f° 80-113 a, col. a : 
Ciceronis Tusculanarum disputationum libri V; enlin du f° 113 a, 
col. b a 115 b, le Pro Archia. Comme du f° 1 au f° 79 les lignes 
s'etendent d'un cote a 1'autre, tandis que du f° 80 au f° 115 la page 
est divisee en deux colonnes, que 1'ecriture est legerement differente 
quoique du meme temps, et que ce changement correspond a la fin du 
10 c caliier, il est possible, mais il n'est nullement certain que ce Gem- 
blacensis ait forme a 1'origine deux manuscrits distincts. — Le titre du 
discours est du meme temps que la copie du discours lui-meme. Trois 
variantes de la recension vulgaire sont ecrites au-dessus d'une main 
ancienne : 10, vel gratuito sur gravat in; 13, vel alese sur alveolo ; 
21, fin : vel qui sur quae \cjuorum ingeniis\. On ne voit de corrections 
d'une seconde main que dans trois passages : 9, an non change en at ; 
23, pervenerit corrige avec raison en pervenerint ; 28, fin : judices 
corrige a contresens en unum. — Je me suis conforme a Yorthographe 
du manuscrit partout ou il n'y avait pas de faute de copie evidenle. On 
verra que, sauf pour quelques mots comme dampnationem, simulachra, 
et sauf les fautes habituelles aux copistes comme his ou hiis pour iis, 
1'orthographe est ici celle du premier siecle que presque tous les edi- 
teurs de Ciceron adoptent desormais. Partout ou j'ai introduit quelque 
changement dans la forme d'un mot, j'ai rais en italiques, dans le texte, 
les lettres changees, et donne dans les variantes 1'orthographe ou la 
lecon du manuscrit. 

De Voriginal du Gemblacensis. — La comparaison du Gemblacensis 
avec X Erfurtensis et les Lectiones Pithoeanse prouve que le manuscrit 
original contenait les fautes suivantes : 1, possemus ; 2, cuncti ; 4 fin : 
admirationcm que superaret ; 5, tranquillitatem /?. r.... sed etiam hoc 
non soium... prima fuerit ; 9 fin : in nomen ; 10, dubitatis; 11, cen- 
seam... temporibus qux tu criminaris; 12, ubi et enim lex ; 13, adeo 
mihi; ibid.: quantacunque in me nunquam [om. est) ; 14, exilia; \ 6, ani- 
madversionem... adulescentiam agunt ; ix, 19 : et qui voluntate ; 21, na- 
turx regione ; ibid. fin : ingeniis hxc feruntur ; 22, et marmoratis 
laudibus... fecerat rudem tum ; 23, quo minus manuum ; Qkjnoeneras; 
25 fin : deduxcrit... cujus ingenium ; 27, locati judices; 28, hujus 
seque imperii ; 29, circumscriptum iste isdem ; 30, nonne multo... Ikcc 

PRO ARCHIA. 2 



18 INTRODUCTION. 

vero a meo (om. sive); 31, etiam venustate... tanto quanto; 32, quae 
firme a me judicialique. Quelques fautes particulieres de nos trois 
copies 1 rapprochees de quelques-unes des fautes qui precedent 2 prou- 
vent que 1'original etait ecrit non en capitales, mais en onciales. 

Le Gemblacensis est le seul des manuscrits de la Bibliotheque royale 
de BruxelJes qui contienne le Pro Archia. 

Manuscrits dc Paris. — J'ai examine tous les manuscrits de ce dis- 
cours qui existent a Paris, quoiqu'ils soient de date recente. Ce sont, 
a la Bibliotheque nationale, les manuscrits numerotes : ancien fonds : 
6369 et 7778 du quatorzieme siecle; 6362, 6763, 7774 du quinzieme 
siecle ; 7777 de 1466 ; 7779 de 1 459 ; 7781 , 7782, 7784, 7787, 7788, 
7824, 7828, aussi du quinzieme siecle ; nouveau fonds : 17883 du 
quatorzieme siecle ; 14799; 16226, 16227 et 16228 du quinzieme 
siecle. Je puis assurer qu'ils derivent tous d'une source plus ou moins 
alteree. Tous aux passages gravement corrompus dans 1'original de 
nos trois manuscrits, donnent sans changement le meme texte 3 ; au 
contraire, tous ou la plupart s'en ecartent en d'autres passages moins 
difliciles qu'ils corrigent arbitrairement 4 . Ce sont donc des copies infe'- 
rieures du texte que nous avons sous une forme plus pure dans le 
Gemblacensis^ et qui sont a rejeter. 

Comme les manuscrits 6369 (l pe main), 7777, 7778, 7784, 7824, 
7828, 14749, 16226, 16228 omettent, apres animadversionem huma- 
nissimam, les mots et libcralissimam , il est clair qu'ils derivent du 
meme original. 

On trouve dans les manuscrits italiens des conjectures parfois teme- 
raires, mais souvent ingenieuses, dont quelques-unes ont ete renouve- 
lees de notre temps ; par exemple celle de Halm : 8, esse tu eum est 
dans le Parisinus 6362. 

Textc de cette edition. - — Dans un ouvrage sur lequel se sont 
exerces tant de latinistes et ou Madvig navait donne qu'une con- 
jecture, je me proposais d'en risquer le moins possible. Voici cependant 
quelques passages dans lesquels j'ai change ou j'aurais voulu changer 
la forme traditionnelle ; 5, Erat illud solum... ingenii; verumetiam hoc 

1. Geinbl. : 26, optimiss •, 28 jhi : uau atque imperii. Outre ces corrections, la 
pour iud ; P. ^O, cui pour huic. version italienne qu'on trouve a peu pres 

2. Voir les fautes dcs §§ 12 et 25, et pure dans plusieurs Parisini (7774, 7779, 
les suivantes : H , quae ; \ 6, agunt ; 22, ru~ 7782 \ rc maiu) , a encore : 2i, impetu 
dem tum ; 29, nonne ; 31, venustate. regio ac totius ; 22, ipsi qui laudantur; 

3. Ainsi \ , cuucti ; 5, sed etiam Jioc ; 10, 25, quam tunc veudebat ; ibid : hujus 
gratuito ; \G, agunt; 32, quae fernae a me. ingenium ; 28, quelques manuscrits ont : 

4. Ainsi tG, colendamque ; 23, quo ma- hurlatus sum ; 30, an cum statuas ; 3), tum 
nuum ; 43, hoc ideo rnihi ; 2\, natura dignitate... quantum id... testimonium lau- 
regiouis ; 29 hujusce imperiiou hujus urbis dum... atque dicli. 



INTRODUCTION. 19 

naturae ; ibid. : prima adfuerat; 9, fin : nullam lituram ; nomen A. Licinii ; 
4 6, Celerae res; 22, Atque ejus laudibus ; 25, vide^mus; 28 salute 
urbis seque atque imperii. Par contre je conserve la lecon du Gembla- 
censis : 8, ad ea quoe videmus ; ix, 19, repudiamus ; V&^fin : eiciamus. 

II. COMMENTAIRE. — Pour le commentaire, j'ai tache d^elre com- 
plet en etant aussi court que possible. On jugera peut-etre qu'il reste 
encore dans mes notes des details qui seraient mieux places dans une 
explication orale. JPavoue ne les avoir introduits dans les unes qu'en 
vue de 1'autre. J'aurais voulu me referer plus souvent a 1'histoire de 
la vie et aux autres ouvrages de Ciceron. Les anciens expliquaient 
Virgile par Virgile. Pourquoi ne pas nous servir d'abord de Ciceron 
pour faire comprendre et gouter ses meilleurs ouvrages? J'aurais pu 
retrancher peut-etre bon nombre de remarques sur des faits gramma- 
ticaux et me borner a renvojer en quelques passages aux grammaires 
completes ', et aux grands recueils de latinite. Mais il n'y a pas assez 
longtemps quils penetrent chez nous pour que je me sois senti pleine- 
ment libre sur ce point. J'espere qu'un peu plus tard il sera possible 
aux editeurs de Ciceron d'etre ici plus sobres et la plus developpes. 

J'ai eu constamment sous les yeux : la deuxieme edition d'Orelli 
(rec. Baiter, Zurich, 1856), 1'edition de Madvig (Orationes selectae X, 
Copenhague, 1867), celle de Kayser (Tauchnitz, Leipzig, 1862), celle 
de Klotz (Leipzig, 1872) et celle d'A. Eberhard (Orat. selectx XIX, 
Leipzig, 1878); les editions annotees de Stuerenburg 2 , de Matthiae 
(Orationes, VI, Leipzig, 1830), de Halm (Weidmann, Berlin, 1878), et 
de Richter (revue par Alf. Eberhard, Teubner, Berlin, 1878). 

J'ajoute enfin dans 1'ordre chronologique la liste des dissertations 
sur le Pro Archia auxquelles je me suis reporte' : 

Ilgen, Opuscula : Animadversiones historicae et criticae in Ciceronis 
Orationem pro Archia, Erfurt, 1797. 



4 . Je dois avertir que je cite la gram- plets du Scholiasta Bobiensis et surtout 

maire de Gossrau d'apres la deuxieme edi- la constance avec laquelle l'editeur defend 

tion, celle de Zumpt d'apres la treizieme comme de bonnes lecons les fautes d'or- 

edition, Naegehbaich (Lateinische Stilistik) tliographe de ces scolies ou de YErfurten- 

d'apres la sixieme edition, enfin Draeger sis, enlevent toute valeur a la partie criti- 

[Historische Syntax der Lateinischen que de ses notes. — J'ai pu voir ensuite 

Sprache), d^apres la seconde edition pour dans la deuxieme editi<>n en allemand 

le premier volume, et d'apres la premiere (Leipzig, 1839) que l'on a bien voulu me 

pour le second. communiquer, que Stuerenburg y avait 

2. Je n'avais pu d'abord me procurer corrige une bonne partie de ces fautes en 

que sa premiere edition de 1832 avec notes meme temps qu'il developpait ses remar- 

en latin. Le eommentaire est rempli de ques grammaticales, et qu'il apportait a ses 

bonnes remarques ; mais les conjectures explications memes beaucoup de cbange- 

presque toutes fausses, des empruuts con- ments. Aussi ai-je distingue dans mes notes 

tinuels aux lemmes incorrects et incom- les deux editions. 



20 IVniODUCTIOY 

Jacobs, Archias dans Ersch et Gruber, 1820. 

Lattmann, Ciceronem Orationis pro Jrchiapoeta re vcra esse auctorem 
demonstratur. Gottingue, 1847. 

Autenrieth, Blaetler fur das Baycrisdie Gymnasialschulweien Bam- 
berg, 1867, p. 322-324. 

Platz, dans Seebode, 1820-21. Voir plus haut, p. 6, note4. 

Jahn, Jalub. f. phil. I, 1826, p. 189, sur le passage du Pro Ar- 
chia, IV, 7. 



Duuai, aoiit 1882. 



€&§ 




31. TULLII CICERONIS 

ORATIO 

PRO ARCHIA POETA 

ANALYSE 1)U DISCOURS. 

Exorde, §§ 1-4. Premier point, §§ 1-2 : A. Pourquoi Ciceron defend 
Archias (^ 1). — B. Pourquoi Ciceron, en defcndant un poete, le 
presente comme un de ses maiu-es (g 2). — Deuxieme point, § 3 : 
Comment Ciceron desire defendre Archias. 

Proposition et division (§ 4 — c. iii). 

NaRRATION (C. III $ ~) • 

PREMIEHE PARTIE (g§ 8-11). Confirmation et refutation : Archias 
est bien citoyen rornain. 

DEUXIEME PARTIE (extra causam) : Archias, ne fut-il pas citoyen ro- 
main y meriterait de le devcnir (§§ 12-30). 

Premier point (§§ 12-19) : Eloge des lettres et de la poesie : Ciceron 
avoue qu'il cultive les leltres (§§ 12-13) ; quel profit moral il a 
tire de cette etude (§ 14); de 1'utilite qu'elle peut avoir pour 
tous. Exemple donne par d'illustres Romains. I/homme d'Etat y 
trouverait tout au moins le plus honorable des loisirs (§§ 15-16). 
Souvenir de Roscius. Merite d'Archias. Caractere sacre du poete 
(S§ 17-19). — Deuxieme point : Archias merite d"etrc citoyen 
parce quil a consacre son tcdent a celebrer lcs gloires de Rome. 
Poemes d'Archias (IX, g§ 19-22). Reponse a 1'objection qu'Archias 
ecrit en grec (§ 23). De telles louanges sont la meilleure recom- 
pense des grandes actions (§ 24). Aussi Archias eut-il pu obtenir 
facilement le droit de cite (%% 2o-26) en flattant le desir de gloire 
que ressentent tous les nobles coeurs (XI, §§ 26-27), et qu'avoue 
1'orateur pour lui-meme (%% 28-30). 

Peroraison (§§ 31-32) ou Ciceron resume les arguments et les princi- 
paux developpements du discours. 



22 



ORATIO 



I. [1] Si quid est in me ingenii, judices, quod sentio 
quam sit exiguum, aut si qua exercitatio dicendi, in qua me 
non inficior mediocriter esse versatum, aut si hujusce rei 
ratio aliqua ab optimarum artium studiis ac disciplina pro- 
fecta, a qua ego nullum confiteor aetatis mese tempus abhor- 

Texte du Gemblacensis (Bruxellensis 5352, Xll e s.) 

Titre : f°4 43, col. a, au has : M TVLLTI CICERONIS TVSCVLANARV LIB 
QVINT' EXPLICIT FELICITER INCIPIT EIUSDEM PRO AVLO LICINIO ARCHIA 
POETA. 



I. \. Si quid... Forme particulierement 
frequente au commencement des discours 
de Ciceron. 

Si quid est in me ingenii.... aut si qua 
exercitatio dicendi... aut si hujusce rei 
ratio aliqua.... La pensee de Ciccron pour- 
rait etre resumee en une seule proposition : 
si a quelque degre que ce soit je suis un 
orateur. Mais comme il aurait paru man- 
quer de reserve en parlant ainsi de Iui- 
merne, il divise, pour ainsi dire, son talenf, 
et n'en presente successivement que diffe- 
rentes faces : dons naturels, ingenium ; lia- 
bilete due a l'exercice et a 1'hahitude de la 
]>arole, exercilatio dicendi (en y compre- 
nant Vexercitatio domestica); connaissances 
theoriques, acquises par une etude particu- 
liere, rei ratio; resume : earum rerum orn- 
nium. — On reconnait la triple division 
qui etait classique dans les ecoles des phi- 
losophes et dans celles des rheteurs : Pla- 
ton, Phedre, p. 269 D ; Aristote, Pol. VII, 
xii, 6; Isocrate, Antid. 50 fin; Auct. ad 
Her. I. ii, 3; Quiutilien , III, v, \ . — 
De la part d'un orateur dont la reputation 
etait faite depuis longtemps et a qui son 
eloquence avait valu le consulat, les mots 
si qua exercitatio... si hujusce rei ratio... 
seraient d'une modestie affcctee et fausse 
s'ils n'etaient corriges aussitdt par les 
propositions : in qua me non inficior... 
a qua nullum projiteor.. . A la gradation 
descendante des qualites correspond 
ainsi une gradation ascendante dans les 
aveux. — Aut... aut... paice que Ci- 
ceron pourrait manquer tout a fait de 
l'une ou de 1'autre de ces qualites. Ces 
conjonctions d'ailleurs ne s'op[)osent pas, 
mais viennent successi\ement attenuer la 
proposition precedente : tout au moins 
si .... 



Ingenii; le talent, mais pour les Ro- 
mains, en particulier le talent oratoire : 
voir Seyffert, Lselius, p. \ \ . 

Quod sentio quarn... Quod est un no- 
miuatif. La construction regnliere aurait 
ete : quod quam sit exiguum sentio. De 
meme in Ferr. V, vi, \ 5 : quod nuper ipse 
juratus docuit quem ad modum gestum 
esset ; de Orat. III, xliv, 473 : quod jam 
vereor ne huic Catulo videatur esse puerile. 

Mediocriter, ni trop ni trop peu : assez. 

Versatum : cf. de Orat., III, 21,78: hac 
dicendi exercitatione in qua Velleius est 
rudis , unus quisque nostrum versatus. — 
On a remarque que les mots in qua — esse 
forment un hexametre ; voir la note de 
Leclerc. 

Hujusce rei repete sous une autre forme 
l'idee de dicendi: ce que je fais en ce mo- 
mentj avec ratio : l'habitude, la science de 
la parole. 

Ratio aliqua, et non qua ratio, pro- 
hahlement pour varier la phrase par une 
nouvelle tournure. Cependant on peut 
admettre que aliqua a un sens ou plus 
general que qua : si je sais parler, quelle 
que soit d'ailleurs la nature propre de mon 
talent; voir Seyffert-Miiller , Lselius , 
p. 4 99; — ou un sens plus fort : si j'ai 
meme si peu que ce soit... voir Riemann, 
Gr. de Tite-Live, p. 4 28. 

A qua rappelle non pas seulement le 
substantif ratio, mais toute la proposi- 
tion : ratio — profecta. 

Nullurn setatis mex tempus ahhor- 
ruisse equivaut, avec plus d'elegance, a me 
nullo tempore ahhorruisse. Cf. 3 : hac vestra 
humanitate (pour coram vobis tam hurna- 
nis), et 34 : pudore eo, quem amicorum 
videtis comprobari cum dignitate, tum 
etiam vetustate. 



PRO ARCHIA POETA. 



23 



ruisse, earum rerum omnium vel in primis hic A. Licinius 
fructum a me repetere prope suo jure debet. Nam quoad 
longissime potest mens mea respicere spatium praeleriti tem- 
poris et pueritiae memoriam recordari ultimam, inde usque 
repetens, hunc video mihi principem et ad suscipiendam 
et ad ingrediendam rationem horum studiorum extitisse. 
Quodsi haec voxhujus hortatu praeceptisque conformata non- 

. lric 
Variante : inprimis . a. licinius archia. 



Abhorruisse, rester etranger a... eloigne 
de... Horrere n'a plus dans le compose 
qu'un sens affaibli. 

Vel in primis. Primus est un veritable 
superlatif qui peut etre generalise par 
quisque (Tite-Live, XXIII, xv, 6, Lucrece, 
I, 390), ou renforce pa.r vel (Terence, 
Eun. 1081) : parmi ceux qui peuvent re- 
clamer le secours de Ciceron, Archias 
vient tout a fait en premiere ligne. Au 
contraire, suivant Ricbter-Eberbard (cf. sa 
note in Verr. V, x, 26), vel attenuerait et 
affaiblirait le sens du superlatif : Arcbias 
viendrait, si l'on veut, peut-etre^ en pre- 
miere ligne. 

Hic, celui que je defends. A. Lici- 
nius. Les etrangers prenaient le nom gen- 
tilice de celui qui leur avait fait obtenir le 
droit de cite : de la Licinius. Ils adoptaient 
aussi d'ordinaire son prenom. Mais aucun 
des Lucullus que nous connaissons ne s'ap- 
pelle Aulus. La regle n'etait peut-etre pas 
absolue. — Ici (et aussi 4 et 9, fin) Cice- 
ron emploie a dessein, pour designer cebri 
qu'il va defendre, une forme qui est 
comme le signe exterieur de sa qualite 
decitoyen romain. Maisildira§25,com/w..* 
si civis Romanus Archias legibus non es- 
set. — Archia dans le manuscrit est une 
glose passee dans le texte. 

Suo jure, dans son sens propre : non 
pas : de plein droit (summo ou vptimo 
jure); ni usant de son droit (fure suo) } 
mais en usant sur une chose sienne. Cest 
le developpement de l'idee contenue dans 
repetere. Prope sert a adoucir 1'application 
de termes de droit strict a un sujet oii il 
ne s'agit au fond que de reconnaissance. 
Voir Ylntroductiun, p. 10, note \. 

Quoad... potesl. L'indicatif, parce qu'il 
s'agit de souvenirs conserves reellement et 
que la proposition est d'ailleurs indepen- 



dante. La construction de quoad avec le su- 
perlatif est assez rare en latin. Cependant on 
la trouve encoredansTite-Live. I,xvm, 8. 

Quoad longissime... respicere spatium 
prseterili temporis. . . pueritise memoriam 
recordari ultimam } construction croisee ou 
chiasnie. — Memoriam ici : tempus pue- 
ritise quod menwvise occurrit. Pour l'ex- 
pression pleonastique memoriam recordari, 
cf. ici, 29 : prsesentire inposterum, et voir 
Zumpt, Latein. Gr. § 747. — Vltimam, 
le plus loin possible du temps present. 
— lnde-repetens resume la proposition 
quoad... ultimam. 

Usque, qui accorapagne souvent la pre- 
position a } pouvait se joindre par analo- 
gie a un adverbe comme inde. Cf. ad Att. 
I, XIV, 14, fin : usque istinc. 

Repetens est employe absolumeut : re- 
venant en arriere. Cf. de Orat. I, xx, 91 : 
cum repeteret usque a Corace; Tusc. I, 
xlviii, 1)6, et Acad. II, v, 4 3. 

Principem , proprement : celui qui 
agit le premier, qui maiche devant, qui 
indique la route a suivre (ingrediendam 
rationem). Comme ce mot implique un 
mouvement vers un but } il regit l'accusatif 
avec ad ; cf. pro Sulla, iii ; 9. II differe 
d'auctor en tant qu'il indique moins l'im- 
pulsion que 1'exemple. Voir Miiller, Lse- 
lius, p. 189. 

Ad suscipiendam . . , Suscipere ratio- 
nem horum studiorum , c'est prendre la 
resolution de s'appliquer a 1'etude des Iet- 
treSj et a ce verbe correspondra hortatu; 
ingredi rationem, c'est se mettre a 1'oeuvre, 
c'est entrer (ingredi) dans cette etude, et a 
ce mot correspondra prseceptis. 

Hsec... hujus. De meine, 2 : hoc ita 
dici quod alia quaedam iu hoc facultas sit 
ingenii neque hsec dicendi ratio ; \ 6 : ex 
hoc esse hunc numero. 



24 



OR VTIO 



nullis aliquando saluti fuit, a quo id accepiinus quo ceteris 
opitulari etalios servare possernus, huic profecto ipsi, quan- 
tum est situm in nobis, et opem et salulem ferre debemus. 
[2] Ac ne quis a nobis hoc ita dici forte miretur, quod alia 
quaedam in hoc facultas sit ingenii neque haec dicendi ratio 
aut disciplina , ne nos quidem huic uni studio penitus 

Vartantes : possum'. — huic cuncti, corr. Lambin. 



Saluti fuit. Comme on dit d'un accuse 
qu'il est in periculo (voyez 3 } Jin), on dit 
aussi du secours que prete un defeuseur : 
openi et salutem ferre, opitulari } servare. 
Cf. Horace, S. I, iv, 98 : incolumis laetor 
quod vivit in urbe; et ici v ; 9 : Gabinii^ 
quam diu incolumis {\\\X. } levitas. 

Ceteris... alios , s'opposent a huic 
ipsi. La difference de sens des deux pre- 
miers mots est toujours observee dans Ci- 
ceron : voir Draeger, H . S. I 2 , 104-5. Des 
accuses (ceteri) qu'a defendus Ciceron, une 
partie seulement (alii) a ete sauvee. Cf. 
ici 1 3 : quantum ceteris... quantum alii... 
tantum mihi egomet... sumpsero. 

Possemus. Possumus ne pourrait se de- 
fendre ni grammaticalement, ni pour le 
ton : quel orateur parlerait ainsi de son 
powoir sans sotte vanite ? 

Est situm in aliquo equivaut a est 
penes aliquem ou est in alicujus potestate. 
Cf. cle Fin., I, xvn, 57, et pro Mur. xxxix^ 
comm. } 83. 

Ferre. L'expression habituelle opem 
ferre a entraine de tres honne heure l'as- 
sociation de mots opem salulemque ferre . 
On lit meme dans Tacite, Ann. XIII, 
41 : quocl salutem ipsis tulit. 

2. Ita, apres hoc, pleonasrae frequent 
chez Ciceron. Cf. dc Leg. II, xxn, 3i : 
neque hoc , quia sum ipse augur, ita 
sentio, et les exemples cites par Miiller. 
Lxlius, p. 8i . 

Miretur quod...sit : le subjonctif, parce 
que l'ecrivain donne le motif d'une opinion 
etrangere, celle du sujet indetermine (quis) 
de miretur. Madvig, ^ 3 57 a. 

Facultas ingenii , la poesie qui est 
avant tout un don naturel (18, poetam 
natura ipsa vaiere) ; dicendi ratio aut 
disciplina, 1'eloquencc a laquelle profitent 
davantage l'exercice et 1'etude. Remarquez 
que Ciceron evite ici, oomme presque par- 



tout, de se prononcer sur le caractere pro- 
pre de 1'eloquence. 

Alia... neque hsec. On attendrait une 
opposition : non hxc, ou en rattachaut ce 
membre de phrase plus directement a cclui 
qui precede : alia atque hxc ratio. Mais 
la forme en quelque sorte parallele neque 
hsec surcharge moins la plnase, et l'on 
trouve ailleurs dans Ciceron dcs proposi- 
tions qui paraissent opposees les unes aux 
autres et que relient cependant et ^ici iC: 
quodsi non... fructus ostenderetur... et 
si delectatio peteretur), ac (ici \ I : non jus 
confirmat ac tantummodo indicat), ac non 
(pro Pioscio Am. xxxm^ 92), enfin, comme 
ici, neque (de Orat. II, xxxiv, *46 : hoc 
instruinentum causarum in forum deferre, 
neque ut quacque res delata erit. tum de- 
nique scrutari). Cf. de Fin. I, i, 1 : non 
tam... sed. — Haud, Turs. IV, p. -I02, 
soutient qu'ici neque affaiblit la force et 
1'elegance de 1'expression. Pour le dernier 
point tout au moins, on peut bien n'etre 
pas de son avis. 

Ratio aut disciplina. Aut, a cause de 
la negation neque ; on eut employeac dans 
une proj^osition affirmative. 

Ne... quidem, lorme ellij)tique facile 
a completer : ut Archias non uni sludio, 
scilicet poeticse arti 3 deditus fuit (il est 
appele g 3 : summus poeta atque erudi- 
tissimus horno), sic ego non huic uni 
eloquentiie studio, etc. 

Huic unistudio } a 1'eloquence. Ciceron 
veut qu'on s'y prepare, et s'y est prepare 
luimeme par des etudes generales : pro 
Mur. xxx, 64 : fatebor me quoque in adu- 
lescentia diffisum ingenio meo qua?sisse 
adjumenta doctrinse. — On devine ici une 
allusiou discrete a ses essais poetiques. 

Penitus. Joignez penitus uni unquam :je 
ne me suis pas applique a un seul genre 
d'etudes, uniquement et en tout temps. 



PRO ARCIIIA POETA. 



25 



unquam dediti fuimus. Etenim omnes artes, quae ad huma- 
nitatem pertinent, habent quoddam commune vinc/dum, 
et quasi cognatione quadam inter se continentur. 

II. [3] Sed ne cui vestrum mirum esse videatur me in 
quaestione legitima et in judicio publico, cum res agatur 
apud praetorem popuii Romani, lectissimum virum, et apud 
severissimos judices, tanto conventu hominum ac frequentia, 
hoc uti genere dicendi quod non modo a consuetudine ju- 
diciorum, verum etiarn a forensi sermone abhorreat, quaeso 

Variantes : uinclum. — questione... praetorem P. R. 



Fuimus, et non sumus, parce qu'il s'a- 
git de lectures et d'etudes achevees, qui 
ont dure un certain teinps. De meme : 7, 
adscriptijuissent (et non essent); \0 } Jue- 
rit (et non sit) adscriptus. Voir Madvig, Gr. 
Lat. § 34 4 et surtout Op. Acad. II, 218 s. 

Etenim, plus fort qa'enim } amene la 
reflexion generale qui c!6t le preraier de- 
veloppement. 

Quse ad humanitatem pertinent , c'est- 
a-dire quse aliquem humaniorem efjicere 
possunt. Le mot, adjectif ou substantif, 
resume les connaissances qui sont le propre 
de 1'homme ou qui, pour mieux dire, 
sont l'bomme meme. Voir Aulu-Gelle, 
N. Att. XIII, xvn,4. 

Quoddam. Souvent Texpression reste in- 
determiuee, non parce que 1'idee manque 
de precision, mais parce qu'elle est trop 
comprthensive. Quidam (cf. t:;) ajoute 
alors une force particuliere au mot qu'il 
accompagne et que d'ordinaire il precede. 
Ici : un lien d"une nature particuliere } un 
veritabie lien . VoirNaegelsbach, Lat. Stil, 
p. 237, et cf. ici § 29 : nunc insidet quse- 
dain in optimo quoque vhtus. 

Quasi... quadam attenuent la bardiesse 
de la metaphore cognatione. De ineme 
§ 18 : quasi.. quodam... quasi aliquo } 
et 3, fin : prope... quodam. Voir Zumpt, 
L. G. 707. 

Continentur , sont tenues, reunies les 
unes aux autres. Cf. de Orat. III, VI, 2i : 
est etiam illa Platouis [Epinom, } p. 992 A) 
vera... vox omnera doctrinam harum inge- 
nuarum et huraanarum artium uno quo- 
dam societatis vinculo contineri. 

II. 3. Legitima. Le proces d'Arcbias 
(iudicium publicum) ne ressemble pas aux 



proces ordinaires (causa privata, judicium 
ou jus privatum), qui ne traitent que d'in- 
terets prives ou de questions pecuniaires ; 
il s'agit ici d'une questioa d'Etat (qussstio 
de civitate), et le reus, en cas de con- 
damnation, tomberait sous le coup de la 
lex Papia. 

Lectissimum se dit de personnes dont 
on ne veut ou dont on ne peut faire 
un eloge detaille et precis. Cf. de Inv. I, 
xxxi, 52 : tu... uxorem babere lectissi- 
mam maxime vis. Antoine a Ciceron, ad 
Att.X, vin, \; Dolabellam etTulham tuam, 
feminam lectissimam. Div. in Csec. ix, 
29 : M. Caeeilium, fratrem tuum lectissi- 
mum... adulescentem. Tel etait ici juste- 
ment le cas^ puisque ce preteur est Quintus 
Ciceron, le frere de 1'orateur. 

Tanto conventu. Rapprocbez les mots 
qui vont suivre : hoc concursu hominum 
litteratissimorum. Le grand nombre des 
assistants, en donnant plus d'eclat et de so- 
lennite au proces, semblait restreindre d'au- 
tant la liberte de 1'orateur. 

A consuetudine... sermone et accom- 
modatam... non mo/estam } deux chiasmes. 
— A consuetudine. Ciceron pro Sestio } 
i,v, \ 19, s'excuse de parler des poetes au 
forum. 

Verum ctiam, forme qu'affectionne Ci- 
ceron (ici aux §g 4, 5, 6, -14, 2\ , 31), 
qu'on ne trouve pas avant lui, et qu'evi- 
teront Tacite et d'autres auteurs. Voir 
Stuerenburg *, pag.34-5 et Draeger : ffist. 
S., II 1 , p. 125, 3. 

Judiciorum... forensi, Les deux mots 
sont d'ordinaire associes ; Brut. } xxxi t 
120: liberior oratio quam patitur consue - 
tudo judiciorum acJ~ori,ztc. 



26 ORATIO 

a vobis, ut in hac causa mihi dctis hanc veniam, accommo- 
datamhuic reo, vobis, quemadmodum spero, non molestam, 
ut me pro summo poeta atque eruditissimo homine dicen- 
tem, hoc concursu hominum litteratissimorum, hac vestra 
humanitate, hoc denique praetore exercente judicium, pa- 
tiamini de studiis humanitatis ac litterarum paulo loqui libe- 
rius, et in ejus modi persona, quae propter otium ac studium 
minime in judiciis periculisque tractata est, uli prope novo 
quodam et inusitato genere dicendi. [4] Quod si mihi a 
vobis tribui concedique sentiam , perficiam profeclo, ut 
hunc A. Licinium non modo non segregandum, cum sit 

Variante : pretore. 



Quxso a vobis.... L'annee precedente 
Clceron disait dans le pro Mur. xxix, Gl: 
Et quoniam non est nobis haec oratio ha- 
benda aut in imperita multitudine aut in 
aliquo conventu agrestium, audacius paulo 
de studiis humanitatis quae et mihi et vobis 
nota et jucunda sunt, disputabo. — Mat- 
thiae objecte que le raisonnement de Ci- 
ceron, suivi de pres, paraft des plus bi- 
zarres, et repose sur une tautologie : ne cui 
miruin videatur me uti genere dicendi quod 
a consuetudine judiciorum abhorreat... y 
quxso a vobis ut me... patiamini uti inu- 
sitato genere dicendi, Mais il ne remar- 
quait pas que les propositions intermediai- 
res, qui seraient independantes dans une 
langue modernc, contiennent les differents 
termes et marquent le progres du raisonne- 
ment : ne cui rnirum videatur me uti novo 
genere dicendi, quseso ut mihi detis hanc 
veniam, accommodatam et huic reo... et 
vobis... et huic prxtori : ergo patiamini...: 
les derniers mots n'en representent que la 
conclusion. 

Detis veniam... ut... patiamini. Pleo- 
nasme frequent avec les verbes qui con- 
tiennent 1'idee de permettre. Cesar, B. G. 
I, xxxv, 3, permitteret ut... liceret. Voir 
les nombreux exemples de Ciceron que 
cite Zumpt, Lat. Gr. 750. 

Non molestam, qui, je 1'espere, ne vous 
coutera pas trop. 

Homine... hominum... humanitate... 
humnnitatis. Un moderne trouverait qu'il 
y a la quelque abus. — La forme abstraite 
hac vestra humanitate (au lieu de coram 



vobis tam humanis) a ete choisie pour cor- 
respondre a hoc concursu. 

Hoc prxtore. Quintus Cieeron aimait les 
lettres et la poesie; nousavons de lui vingt 
vers de signis cselestibus ; en pleine cam- 
pagne il faisaitdes tragedies (Ep. adQuint. 
III, vi,/metix, 6) avec une rapidite toute 
militaire, toute cesarienne, et, ce qui de- 
note mieux encore un letlre, ce fut lui qui 
publia le poeme de Lucrece. 

Exercente judicium cf. 32, fin : ab 
eo, qvajudicium exercet. Cest 1'expression 
technique pour dire : presider aux debats 
d'une affaire. 

In ejus modi persona : alors qu^il s^a- 
git d'un homme d'un tel caractere (per- 
sona). Le mot resume comme chez nous 
les sentiments, la condition, le genre de 
vie particulier d'une personne connue. 

Tractata est. Personam aliquam trac- 
tare, expression assez frequente (pro Rosc. 
com. vii, 20, de Off. III, xxix, 106; Quin- 
tilien, IV, i, 4 3) dans le sens de : jouer un 
rolej representer un personnage. Ciceron 
la renouvelle ici et lui donne une vivacite 
particuliere, en la rapprochant, par le 
voisinage de judiciis periculisque y de son 
sens etymologique (tractare, frequentatif de 
traho). — Est et non pas sit, parce qu'il 
s'agit non de ce qu'a du etre, rnais de ce 
qu'a ete en fait son genre de vie. 

4. Tribui concedique. Le premier verbe 
designe un acte de justice, le deuxieme une 
pure liberalite. 

Segregandum. Rattachez 1'auxiliaire ex- 
prime a la fin de la phrase, mais en le 



PRO ARCHIA POETA 



27 



civis, a numero civium, verum etiam, si non esset, putetis 
asciscendum fuisse. 

III. Nam ut primum ex pueris excessit Archias atque ab 
lis artibus, quibus setas puerilis ad humanitatem informari 
solet, se ad scribendi studium contulit, primum Antiochiae, 
— nam ibi natus est loco nobili, — celebri quondam urbe 
et copiosa atque eruditissimis hominibus liberalissimisque 
studiis a/fluenti, celeriter antecellere omnibus ingenii gloria 
contigit. Post in ceteris Asiae partibus cunctaque Graeci« sic 
ejus adventus celebrabantur, ut famam ingenii ex.rpectatio 

Variantes : assciscendu. — ab his. — afluenti. — cunctaeque Grecia?, corr. Madvig, 
Op. Acad., II, p. 303. 



sous-entendant ici au present esse, corame 
en avertit le temps (sit) de la proposi- 
tion dependante. 

Asciscendutn , suppleez : in numerum 
civium. A supposer qu'il ne futpas citoyen, 
on aurait dii depuis longtemps lui con- 
ferer le droit de cite. Dans le style direct: 
non modo non segregandus est, sedetiam, 
si non esset, asciscendus fuit. —? Pour le 
raisonnement, cf. pro Csec. xxxv, <02 : 
quod si adimi civitas A. Caecina? lege po- 
tuisset, magis... qua?reremus quemadmo- 
dum spectatissimum hominem... retinere 
possemus quam uti nunc... quisquam exsis- 
tat qui huic aderaptam civitatem esse dicat. 
— Ici, corame dans le pro Roscio comoedo 
et dans le pro Milone, des deux parties du 
discours, l'une comprendra 1'expose des 
preuves qui tiennent a la cause (§ 32 : 
quae de causa dixi) ; l'autre, la cause etaut 
supposee gagnee sans conteste, contiendra 
comme par surcroit de nouveaux argu- 
ments : pro Mil, xxxiv, 92 : extra causarn 
etiam... multa. 

III. Nam... ex pueris. Ciceron semble 
se souvenir d'une charmante narration de 
Terence qu'il a citee ailleurs (de Or. II, 
lxxx, 327, de Inv. I, xxm, 33, etc.) 
comme un modele du genre, et qui com- 
mence de meme : nam is postquam excessit 
ex ephebis. Les mots ex pueris cxcessit sont 
une traduction de 1'expression grecque : 
sx uatSwv, ex t&v ecprjSwv e^lp^eaOat. 

Puerilis ad humanitatem. II y a une 
opposition voulue entre ces deux mots. 

Primutn Antiochise. On attendrait en- 
suite un verbe ayant pour sujet Archias. 



Mais apres la parenthese, la tournure est 
legerementmodifiee: dela contigit. Ciceron 
a employe des anacoluthes bien autrement 
fortes. Voir celles que cite, en les distin- 
guant d'apres leur nature, Kriiger, Lat, 
Gr. § 67-1 et s. 

Loco , comme dans toutes les expres- 
sions ou il est joint a natus : tfunefamille. 

Quondam. Apres avoir beaucoup perdu 
a la chute des Seleucides, a qui elle ser- 
vait de capitale, la ville d'Antioche dut, 
comme toutes celles d'Asie, subir le con- 
tre-coup des discordes interieures de la re- 
publique, de la guerre sociale et surtout 
des guerres civiles. Et cependant Strabon 
dit encore d'elle, XVI, n, 5 : ou toau 
XeiTOTai... SeXsuxeta?. 

Celehri quondam urhe. II faut ou bien 
regarder cet ablatif comme une exception 
a la regle qui veut que dans ces periphrases 
la preposition soit exprimee ( Zumpt, 
§ 399 ; Kriiger, § 387, rem. 1 , et Gossrau, 
§ 275, 2, admettent cette exception); ou 
bien lire avec Richter, suivant la conjec- 
ture de Hirschfelder : quondam in urhe. 
Mais la place de la preposition serait la 
quelque peu singuliere. 

Contigit } seul passage de Ciceron ou 
ce verbe se trouve construit avec un infinitif. 
Apres lui, cette tournure devient habituelle 
chez les poetes et meme dans la prose 
(Velleius, Pline le Jeune, Tacite). Dans 
Ciceron meme on a comme tournure paral- 
Iele : Epist. y VI, xi, \ : nec tnim acciderat 
mihi opus esse. — Suppleez ei. 

Famatn ingenii. L'artifice ^meme de Ia 
phrase marque le progres de la reputation 



28 



ORA/flO 



homiuis, exspectationem ipsius adventus admiratwque supe- 
raret. [5] Erat Italia tum plena Graecarum artium ac disci- 
plinarum ; studiaque haec et in Latio vehementius tum cole- 
bantur quam nunc isdem in oppidis, et hic Romae propter 
tranquillitatem rel pablicse non neglegebantur. Itaque hunc 
et Tarentini et Regini et Neapolitani civitate ceterisque prae- 
miis donarunt, et omnes, qui aliquid de ingeniis poterant 
judicare, cognitione atque hospitio dignum existimarunt. 

Variantes : Les mots exjiectatio hominis sont de la meme main a la marge. — ad- 
rairationeraque. — grecaru. — tranquillitate p. r. — premiis. 



d'Archias a mesure qu'il etait mieux connu. 
Cf. ce fragment peut-etre altere de Cice- 
ron a propos de Caton d'Utique (Frg. 
\h ; Macrohe, Sat. VI, n, 33) : continge- 
bat in eo, quod plerisque contra solet, ut 
raajora omnia re qunra fama viderentur : id 
quod non sajpe evenit, ut exspectatio co- 
gnitione } aures ab oculis vincerem 'ur ; et de 
imp. Pomp. xi, 30, en parlant de Pom- 
pee : quod bellura exspectatione ejus at- 
tenuatura est, adventu sublatum. 

Ipsius , le poete present etant oppose, 
coinine le serait une autre personne, a la 
reputation du poete encore absent. Ipsius 
est avec adventus un genitif subjectil (Ar- 
chias advenerat), avec admiratio un ge- 
nitif objectif (Archiam adtnirabantur). 

5. Erat ltulia. Ciceron detache cette 
phrase par une asyndete } afin de faire res- 
sortir, dans la suite des voyages d'Archias, 
cette nouvelle etape qui va conduiie le 
jeune poete a Rome. Italia } la Grande- 
Grece, ou I'on parlait generalement grec, 
par opposition au Latiura, ou l'on parlait 
latin. Plus bas, au § 10, en parlant des 
villes du sud de 1'Italie, Ciceron dira : in 
Grsecia. 

In Latio. Ciceron fait dire a Crassus, de 
Or. Illj xi, 43: nostri (uibani) minus stu- 
deut litteris quam Latini. On remarque 
que jusqu'a cette epoque tous les poetes 
de Rome etaient sortis des colonies latines, 
et qiu: les principaux genres de poesie na- 
tionale, la satura (Lucihus) et les Jabulse 
togatae (Atta et Afranius),etaient alors plus 
florissants que jainais. 

Tranquillitatem. Ciceron, en parlant des 
miseres de son teraps, a souvent rappele 
non sans regret cette longue periode d'une 



paix presque ininterrompue qui dura des 
Gracques a la guerre des Marses. 

Hunc et.. . Les trois premiers et.. et.. 
et se correspondent; le quatrierae araene, 
en opposition a tout ce qui precede, unc 
proposition plus generale. 

larentini.... Rhegium et Naples (jtro 
Balbo, viii, 2t) etnient Jcederatx civitates, 
ainsi que Locres, ou Archias recut aussi 
le droit de cite. Voir au 3 *0« Les villes 
grecques accordaient hahituellement ce 
droit aux etrangers de distinction qui 
pouvaient ainsi, contrairement a la cou- 
tume romaine (pro Balbo } xn, 2 9, et pro 
Csec. xxxiv, 100, Jin), etre citoyens de 
plusietirs villes a la fois. — 11 y a ici (et 
§ -10) une difficulte serieuse pour Tarente 
qui, d'apres Velleius, I, xv, 4, serait de- 
venue colonie romaine en 63t-123, et qui 
par consequent n'etait plus, quand Archias 
y vint, une Jcederata civitas. Velleius 
s'est-il tromj)e de date, quoique les histo- 
riens ne doutent j)as de la verite de son 
temoignage (Mommsen cite j)ar Marquardt, 
Rom. St. Verw. I, p. 39, note sur 30), 
ou l'exj)ression de Ciceron serait-elle sim- 
jilement inexacte, en ce sens que Tarente 
aurait accorde divers honneurs a Archias, 
mais que les deux villes norampcs ajires 
Tarente auraient seules ajoute aux cetera 
prsemia le droit de cite? 

Celeris prsemiis , des j)iesents et des 
couronnes. Cf . les corollaria que les villes 
grecques olfraient aux comediens (in Verr. 
IV, xvi, 35 et 49). 

Aliquid... judicare. Cf. 6 : qui aliquid 
jiercijiere et audire studebant; Brut.i.xxi t 
249 : hic (Caesar) cum ego (Brutus) ju- 
dicare jara aliquid possem, abfuit. 



PRO ARCHIA POETA. 29 

Hac tania celebritate famae cum esset jam absentibus notus, 
Romam venit Mario consule et Calulo. Nactus est primum 
consules eos quorum alter res ad scribendum maximas, 
alter cum res gestas, tum etiam studium atque aures ad- 
bibere posset. Statim Luculli, cum praetextatus etiam tum 
Arcbias esset, eum domum suam receperunt. fSed etiam hoc 

Variante : maxumas. 



Hac tanla. Cf. 16 : hic tantus fructus ; 
et in Ferr. V, ix, 23 : Imc in uno ho- 
mine tot constituta ut... etc. 

Absentibus equivaut tout a fait pour le 
sens a vel absens. Ce mot, qui exprime 
l'eloignement de deux personnes ou de 
deux groupes de pcrsonnes, peut se joindre 
aussi bien a un groupe qu'a 1'autre et il 
est joint quelquefois a l'un et a 1'autre : 
Virgile, En. IX, 63; (lupus) saevit in ab- 
sentes : de OJf III, xxxni, 121 : et 
praesens tecura propediem... et dum aberis 
absens loquar; Virgile. En. IV, 83 : illum 
absens absentem auditque videtque. 

Mario consule et Catulo, en 102. Pour 
le nombre et la place de consule, cf. Brutus, 
xun, 161, lxxxix, 306, et xcxvi, 328, 
et de Rep. I, ix, 14 : Tuditano consule et 
Aquilio. 

ISactus est primum. Apres Romam venit } 
asyndete explicative. — A primum corres- 
pondeat ensuite : Statim... } Erat tempori- 
bus illis } et Interim satis longo intervallo. 
Alter res... : Marius qui durior ad heec 
studia videbatur (voir ici les §§ 19-20). 
Salluste,/«g-. lxxxv, 32, lui fait dire : ne- 
que litteras Grsecas didici. — Res ad scri- 
bendum maximas. Cf. 1 9 : et Cimbricas 
res adulescens attigit. Ciceron avait lui- 
meme chante Ies victoires de Marius. 

Alter: Q. LutatiusCatuIus. Ciceron loue 
son savoir et la finesse de son gout : Brut. 
xxxv, 132 : multse litterse... } incorrupta 
qusedam Latini sermonis integritas ; et il 
a fait de lui un des interlocuteurs les plus 
instruits et les plus spirituels de son de 
Oratore. On citait de Catulus des discours, 
une histoire de son consulat, et aussi des 
epigrammes erotiques dont il reste quel- 
ques vers et qu'ont surtout vantees Mar- 
tial, I, prsef. et Aulu-Gelle, N. A., XIX, 
ix, 10* 

Res gestas ; suppleez suppeditare. Un 
zeugma a cause 1'emploi tfadhibere apres 
aures. 



Cum... tum etiam, et de meme g 31; 
cf. in Verr. V,83, fin et 87, et voir Drae- 
ger, Hist. Sjnt. II, p. 554, 3. 

Luculli. Le chef de la faraille, Lucius 
Licinius Lucnllus, preteur en 103, alla 
comme propreteur, en 102, combattre en 
Sicile les esclaves revoltes. Accuse au re- 
tour de sa province par Q. Servilius l'au- 
gure, il dut partir pour 1'exil, et s'etablit 
peut-etre a Heraclee (voir iv, 6). Cf. Pe- 
ter, Hist. Rom. Rel. I, cclxxxiv. Ses fils 
etaieut Lucius } qui combattit Mithridate 
et fut surnomme plus tard Ponticus, et 
Marcus, proconsul de Macedoine en 72, 
qui obtint le triomphe a Ia suite de ses 
victoires contre les Parthes. Cest a ce der- 
nier, edile curule en 79, que s'attacha sur- 
tout Archias. — Le pluriel Luculli, parce 
que Lucullus le pere a ete accuse et qu'il 
a du s'exiler 1'annee meme ou Archias vint 
a Rorae ; ce sont ses fils qui ont recu a 
Rome Archias dans leur maison. 

Prsetextatus. II est clair que, pour re- 
lever les qualites naturellcs d'Arclnas, Ci- 
ceron exagere ses premiers succes et qu'il 
recule a une epoque trop eloignee et ses 
voyages et le moment ou il est devenu 
celebre. — Pour l'expression raeme de 
prsetextatus, l'orateur 1'applique par une 
inexactitude voulue au jeune Grec qui de- 
vait devenir citoyen romain. Cf. le meme 
mot employe en parlant du fils de Sopater, 
jeune Sicilien non citoyen, Verrines^ II, 
xxxiil, 80. 

Domum suam. Pour l'absence de la pre- 
position, voyez Madvig, Gr. L. § 233. 

j- Sed etiam. Ces mots serablent une va- 
riante deplacee de verum etiam qui suit. 
Ils tiennent probablement la place d'une 
siraple liaison Jam } atque etc. et d'un 
verbe : erat oujuit. Halm lit : erat jam 
hoc; Eberhard : et erat hoc; Hirschfelder 
conjecture : videbatur. Peut-etre pour- 
rait-on lire : Erat illud solura ingenii.., 
verum hoc etiam naturae. 



30 



ORATIO 



non solum ingenii ac litterarum, verum etiam naturae atque 
virtutis, ut domus, quae hujus adulescentiae prima f fue- 
rit, eadem esset familiarissima senectuti. [6] Erat tempori- 
bus illis jocundus Q. Metello illi Numidico et ejus Pio filio, 
audiebatur a M. iEuiilio, vivebat cum Q. Catulo et patre et 
filio, a L. Crasso colebatur, Lucullos vero et Drusum et 
Octavios et Catonem et totam Hortensiorum domum de- 



\ Fuerit. Je proposerais : adfuerat, qui 
aura pruduit prima fuerat, puis juerit. Je 
ne vois pas qu'il y ait eu plus de hardiesse 
a dire : Lucullorum dumus adfuit Archise 
adulescentiae, qu'a continuer par : eadem 
esset familiarissima senectuti, et dans le 
£ suivant : totam Hortensiurnm domum de- 
vinctam cunsuetudine cum teneret. Weiske 
a propose favit, Madvig patuit. 

6. Temporibus illis, dans les annees qui 
suivirent i'an 4 02, 

Jocundus. Je conserve 1'urthographe du 
manuscrit malgre ce passage d'un ouvrage 
posterieur de Ciceron : de Fin. II, iv, 4 4 ; 
luvare dicitur ex eoque jucundum. 

Q. Metello illi. De meme, 4 6 : Catonem 
illum senem. II s'agit de Q. Metellus Nu- 
midicus, le vainqueur de Jugurtha (4 09 et 
4 08). II est probahle que c'est par 1'inter- 
mediaire des Lucullus (26, per Lucullos) 
qu'Archias connut Metellus. 

Ejus Pio fdio. II fut cunsul en 80. L'ori- 
gine de ce surnom est ainsi indiquee par 
Velleius Paterculus, II, xv, 4 : expulsum 
civitate a L. Saturnino tribuno plebis, 
quod solus in leges ejus jurare noluerat, 
pietate sua, auctoritate senatus, consensu 
pupuli JAomani restituit patrem. La place 
de Pio peut avuir ete choisie puur rappe- 
ler avec furce l'urigine de ce surnum. Ce- 
pendant un lit Brutus, xxvi, 98 : Ser. 
Galba cujus Gaio filio. — Metellus Pius 
fut preteur en 89. Ciceron parlera encore 
(8 et 26) de ce protecteur d'Archias, qu'il 
prcsente comme etant pour lui jamiliaris- 
simus suus. 

M. Aimilio :Scaurus. Sur lui voyez Bru- 
tus, xxix, 4 60 s. et de Or. I, xlix, 24 4. 
Cum Q. Catulo. Pour le singulier cf. de 
Off. I, XXX, 109. — Nuus avuns parle 
du peie dans la nute sur Alter cum res 
$ 5, p. 29. Les Scholia Bobiensia disent 
a turt : ambo Cinnana duminatiune pru- 



scripti sunt. Cela n'est vrai que du pere, et 
le fils ecbappa a la proscription. Consul en 
78, le second Catulus muurut en 70, et 
c'est a sa murt que Cicerun se sentit sur- 
tuut isole dans le senat : ad Att. I, xx, 3 : 
illud velim existumes me hanc viam upti- 
matem post Catuli mortem nec praesidio 
ullu nec cumitatu tenere. 

Licinio Crasso } le celebre rival de Marc 
Antuine 1'urateur, murt en 94 . Cest sans 
duute dansla maisundeCrassus, ou venaient 
le jeune Ciceron et sescuusins, que celui-ci 
recut sinun les lecons, du moins les consr ils 
d'Archias. — Ily a anaphore dans la con- 
struction de tous ces verhes jusqu'aux mots 
a L. Crasso colebatur qui forment un 
chiasme avec les propositions precedentes. 
Drusum, le celebre tribun Livius Dru- 
sus, tue en 94, et dont la lex de civitate 
sociis danda fit eclater la guerre sociale. 

Octavios. Le jdus celebre est le consul 
de 87, collegue de Cinna et pruscrit par 
lui. Ciceron, Brutus, lxii, 222, cite deux 
Octavii parmi les bons orateurs politiques 
de cette epoque. 

Catonem designe ici ou Caton d'Uti- 
que, ou, plus vraisemblablement, comme 
l'entend le Scoliaste, son pere, qui mourut 
jeune, alurs qu'il hriguaitla preture. Caton 
d'Utique etait l'un des juges d'Archias, a 
muins que son election cumme tribun du 
peuple (62) n'eut precede le proces : tout 
au moins il y assistait : 22, hujus pro- 
avus. 

Hortensiorum. D'abord 1'orateur, le ri- 
val de Cicerun, consul en 69; sans doute 
aussi sun pere, consul eu 97, et son frere, 
qui se distingua en Grece, cumme legat 
de Sylla. — On vuit par les nuras de tuus 
ces protecteurs d'Archias cumbien etait 
etendu parmi les Rumains de ce temps le 
cercle ou l'on cultivait, oii l'on aimait les 
lettres grecques. 



PRO ARCIIIA POETA. 31 

vinctam consuetudine cum teneret, afficiebatur su/mno ho- 
nore, quod eum non solum colebant qui aliquicl percipere 
atque audire studebant, verum etiam si qui forte simulabant. 
IV. Interim satis longo intervallo, cum esset cum M . Lu- 
cullo in Siciliam profectus, et cum ex ea provincia cum 
eodem Lucullo decederet, venit Heracleam : quae cum esset 
civitas aequissimo jure ac fcedere, adscribi se in eam civita- 

Variantes : sumo. — cum L. Lucullo. 



Afficiebatur summo honore. Entoure de 
la faveur de ces illustres farailles, il recc- 
vait des autres toutes sortes de marques 
d'estime. 

Si qui remplace le simple relatif en re- 
tenant l'idee d'un leger doute : tous ceux 
qui s^avisaient de se faire passer pour tels. . 
Voir Zumpt, L. G. 740. Cest la formule 
employee dans les lois : ici § 7. 

IV. Satis longo intervallo. Suivant 
Drumann, IV, p. 200, il n'y eut pas a la 
lettre satis longum intervallum, et Archias 
ne viut pas de Ia Sicile a Heraclee. Mais 
1'obscurite de ce passage et les inexactitu- 
des de 1'orateur seraient volontaires : Ci- 
ceron evitait a desscin de rappeler trop 
clairement et la condamnation de Lucullus 
le pere et les efforts de son fils pour ti- 
rer vengeance de ses accusateurs. 

Cum esset cum M. Lucullo. La construc- 
tion est bizarre, et il semble qu'il fau- 
drait regulierement : cum ex Sicilia cum 
Lucullo, quocum eo profectus erat, de- 
cederet...; peut-etre Ciceron a-t-il voulu 
simplement eviter ici comme dans tous ses 
discours (Merguet, Lexicon zu clen Reden 
des Cicero, I, p. 749 a) et quo cuni et curn 
quo. — Le manuscrit donne cum L, Lu- 
cullo. Mais il ne peut etre question ici de 
Lucullus le pere, qui vivait depuis long- 
temps dans l'exil (apres <0I); ni de Lu- 
cius, le vainqueur de Mithridate ; nouscon- 
naissons par les historiens et par Ciceron 
{Acad. IV, i, \ ) les principaux evenements 
de sa vie et il n'y est question ni de magis- 
trature ni de voyage en Sicile. Aussi s'ac- 
corde-t-on a retablir ici le nom du second 
des fils, Marcus Lucullus. Mais celui-ci, 
edde curule seuleinent eu 79, n'aurait pu, a 
l'epoque dont il s'agit (plusieurs annees 
apres 102 et avant89), etre envoye comme 
magistrat dans une province. On est ainsi 



force de supposer qu'il fit en Sicile le voyage 
ou Archias 1'accompagna, pour des affaires 
privees. Mais alors on ne peut nier que : 
ex provincia decedere, expression consa- 
cree pour le voyage de retour des magis- 
trats, ne soit ici tout a fait impropre. 

Heracleam. Comme cette ville n'est pas 
sur la route la plus courte de la Sicile a 
Romej et que le credit de LucuIIus (6 } auc- 
toritate et gratia Luculli) y fit obtenir a 
Archias le droit de cite, on suppose avee 
assez de vraisemblance que c'etait Ia que 
L. Lucullus le pere vivait en exil. 

Civitas. Dans sa dissertation sur le pro 
Archia } p. 87-8, Lattmann citant Rubiuo 
Zeitschr. f. A. TF., ^844, p. 873, tire 
de 1'emploi rigoureusement exact de ce 
mot un argument contre ceux qui contes- 
taient 1'authenticite du discours. On re- 
marque en effet que Ciceron et les auteurs 
de son temps ne designent les villes alliees 
par le mot civitas que lorsqu'ils parlent de 
1'epoque qui a precede la loi Julia (de 91, 
exactement : lex L. Julii Cscsai is de civi- 
tate cum sociis et Latinis communicanda) ; 
ainsi ici §§ 7 et 40; ailleurs, lorsqu'il 
n'est plus question de cette periode et 
qu'on est ramene a l'epoque du proces, 
Heraclee et les villes italiennes sont desi- 
gnees par les mots : 8, integerrimi munici- 
pii..\ \0, post legem Papiam in eorum 
muiiicijiiorum tabulas ; 31, auctoritate mu- 
nicipii. 

JEquissimo jure ac foedere. Le traite 
qui liait Heraclee a Rome (pro Balbo, xxn, 
50 : prope singulare fcedus Pyrrhi tempo- 
ribus C. Fabricio consule [278] ictum), 
etait si avantageux qu'apres la guerre 
sociale cette ville, de meme queNaples, n'y 
renonca qu'avec beaucoup de repugnance, 
alors quecependantelle recevait enechange 
le droit de cite : de la sequissimum. 



32 



ORATIO 



tem voluit, idque, cum ipse per se dignus putarelur, tum 
auctoritatc et gratia Luculli ab Heracliensibus impelravit. 
[7] Data est civitas ShVani lege et Carbonis, si qui foede- 



FEREBATUR, IN ItALIA DOMICILIUM HABLTSSEINT ET SI SEXA- 
GINTA DIEBUS APUD VRmtOiem ESSENT PROFESSI. Cum lllC 

domicilium Romas multos jam annos haberet, professus est 
apud prsetorem Q. Metellum, familiarissimum suum. [8] Si 
nihil aliud nisi de civitate ac lege dicimus, nihil dico am- 
plius ; causa dicta est. Quid enim horum infirmari, Grati, 
potest? Heracleaene esse tum adscriptum negabis? Adest vir 

Variantes : Silani : corr. Manuce. — ap. PR. — ap. PR. q. metellum. — gratis. 



Adscribi se voluit. Sur cet emploi de se 
apres volo avec un infinitif passif, voir 
Madvig, 389, rem. 4. 

7. Datct est civitas, asyndete pour de- 
signer plus vivement a l'attention le point 
sur lequel va porter toute la discussion : 
comment et a quelles conditions le droit 
de cite a-t-il ete donne a toute une classe 
d'etrangers et parmi eux a Archias. — Civi- 
tas... si qui } sc. Romana iis qui, etc. 

Silvani lege et Carbonis, ou encore lex 
Plautia Papiria. II s'agit du plebiscite de 
89, propose par les tribuns M. Plautius 
Silvanus et C. Papirius Carbon; les clauses 
en sont rappelees un peu plus bas. Nous 
ne le connaissons que par ce pass;ige du 
Pro Archia. 

Si qui. Voir la note sur si qui forte, 
chap. iii, fin, p. 31. 

Fcederatis civitatibus : ou ablatif de 
lieu, la proposition in etant sous-enten- 
due; cf. pro Balbo } xn, 30 : in grsecis ci- 
vitatibus videmus Athenis Rbodios... 
adscribi; et ici,8; Heracleaene... adscrip- 
tum; — ou datif depeudant de adscri/Jti. 

Ferebatur. La loi devait etre ainsi con- 
cue : Si qui... adscripti fuerint..., si tum 
quum \ex Jeretur. .. habuerint. Les verbes 
au futur anterieur ont passe au pbis-que- 
parfait, mais au subjonctif a cause de si; 
le verbe au futur simple a passe a l'im- 
parfait, ce temps servant en latin a expri- 
mer lc Juturum in prxterito : Madvig, 
337, rem. » ; il a pu rester a 1'indicatif 
parce que la proposition equivaut a legis 
tempore. Cf. § 20, la note sur quas gesse- 
rut. — Si est repete, parce qu'il s'agit a 



deux reprises d'une nouvelle condition qui 
est de rigueur. Et est seulement devant le 
dernier si, 2>arce que les deux dernieres 
propositions sont toutes deux subordonnees 
a la premiere. 

Sexaginta diebus. Le but de la loi etait 
de combler par des recrues d'Italiens, ad- 
scriptitii cives, les vides de l'armee ro- 
maine. De la ce delai assez court. 

Praetorem. Devant un des six pretears 
qui tous pouvaient recevoir la declaration. 

Professi, sc. nomen. 

Romse, situation plus favorable que ne 
1'exigeait la loi qui disait in Italia. 

8. Nihil aliud nisi equivaut a nihil 
aliud quam ou nihil nisi. 

Civitate romana quam sibi vindicat Ar- 
cbias ; ac lege Plautia Papiria, qua sibi 
datam esse civitatem defendit. 

Causa dicta est. Ciceron aime ces points 
d'arret ou il mesure tout ce qu'il a gagne 
sur 1'adversaire : pro Balbo, vi, 15 : At- 
que ut ego sentio, causa dicta est. Tem- 
porum magis ego nunc vitio quam genere 
judicii plura dicam ; pro Roscio com. v, \i : 
Hic ego si finem Jaciam dicendi, satis fi- 
dei et diligentiae mex... Jecisse videar cur 
secundura Rosciura judicari debeat. 

Grati. Ce Gratius, dont on ne trouve le 
nom qu'a ce passage et au § J2, nous est 
tout a fait inconnu. 

Heraclexne. Preiniere condition : ad- 
scriptio in Jcederatis civitatibus. L'expres- 
sion equivaut pour le sens, mais avec une 
forrae moins hardie, a celle qui suit : 
Heracliensem adscriptu m . 

Tum, avant la promulgation de la loi 



PRO ARCHIA POETA. 33 

summa aucloritate et religione et fide, M. Lueullus, qui se 
non opinari, sed scire, non audivisse, sed vidisse, non in- 
terfuisse, sed egisse dicit. Adsunt Heraclienses legali, nobi- 
lissimi homines, — hujus judieii causa cuin mandatis et cum 
publico testimonio venerunt, — qui hunc adscriptum Hera- 
cliensem dicunt. Hic tu tabulas desideras Heracliensium 
publicas, quas Italico bello, incenso tabulario, interisse sci- 
mus omnes. Est ridiculum ad ea quae videmus nihil dicere, 
quaerere quae habere non possumus, et de hominum memo- 
ria tacere, litterarum memoriam flagitare, et cum habeas 
amplissimi viri religionem, integerrimi municipii jusjuran- 
dum fidemque, ea quse depravari nullo moclo possunt, repu- 
diare, tabulas, quas idem dicis solere corrumpi, desiderare. 



Si.... adscriptifuissent. Halm en lisant tu 
eutn supprime cette indication. 

Religione, parce que le temoin prete 
serment. De Off. III, xxix, 4 04 : est jus- 
jurandum adfinnalio religiosa ; quod autem 
adfirmate quasi deo teste promiseris, id 
tenendum est. 

Non opinari sed scire, meme opposition 
que dans ce p.issage ou Ciceron, suivant 
la doctrine de la nouvelle Academie , dit 
de lui-meme Acad. Prior. II, xx, 6G : ego 
vero ipse magnus quidam sum opinator, 
non enim sum sapiens. 

Cum mandatis et cum publico testimo- 
nio. On peut voir par les Verrines et en 
general par les discours de Ciceron com- 
bien etaient frequentes alors ces deputa- 
lions des villcs, sans cesse melees a Rome 
aux proces publics ou prives. Seneque !es 
indiquera comme une des causes qui atti- 
rent daus la cupitale de toutes les parties 
du monde un grand noinbre de provin- 
ciaux : Consol. ad Helv. VI, 2 : alios [ad- 
ducit] necessitas officii i>ublici, alios impo- 
sita legatio. 

Hujus judicii... venerunt : sorte de pa- 
renfliese. La nature des complements atne- 
nait forcement un autre verbe qu' Adsunt. 

Adscriptum Heracliensem equivaut a 
Heiaclese adscriptum, avec cette nuance de 
plus : ita illic adscriptum ut Heracliensis, 
sicut est, fieret. 

Hic, proprcment: ici, a ce point de 
notre argumentation, tu opposes, etc. 



Aiusi eommence d'ordinaire 1'enonce d'une 
objection a laquelle on ne repond pas sans 
quelque imp.itience. De raeme in P^err. V, 
57 et 136 : liic... audebis...; Epist. VII, 
xiii, \ ; Pfnl. VIII, iv, H, etc. 

Tabulas publicas, les arcbives de la cite 
conservees dans le tabu/ai ium. On ne 
connait sur le sort d'Heraclee dans la 
guerre sociale que ce qu'en dit ici Ciceron. 

Videmus. Lecon particuliere a notre 
manuscrit, qui rappelle adest, adsunt, et 
s'oppose parf.iitement a quas habere non 
possumus. La lecon de la vulgate quae 
habemus rendrait encore plus cboquante 
la repetition de ce mot dans les lignes qui 
suivent : quse habere non possumus... 
cum habeas... An... non habuit... 

Quscrere, en pailant dece qu'on ne peut 
atteindre. Ce verbe a .•■ouvent ce sens ironi- 
que. — Ad ea quse videmus nihil dicere, 
quaerere qme lutbere non possutilus, cbiasme 
qui permet d'opposer fortement les deux 
verbes. — Dicere... qttserere — taceie... 
flagitare, — repudiare... desiderare, trois 
groupes d^asyndetes adversatives relies 
entre eux par et. .. et. 

Hominum memoria, les depositions des 
tcmoins; litterarum memoria, les preuves 
ecrites. 

Id em, pour accentuer la contradiction 
des paroles et des actes de 1'accusateur. Cf. 
\ 5 : Atque idetn... 

Solere corrumpi, Ciceron presente ici 
cette accusation dans sa generalite banale 



PRO ARCHIA. 



34 ORATIO 

[9] An domicilium Romae non habuit ? is, qui tot annis arite 
civitatem datam seclem omnium rerum ac fortunarum sua- 
rum Romae collocavit! An non est professus? Immo vero 
m tabulis professus, quae solae ex illa professibne collegio- 
que praetorum optinent publicarum tabularum auctoritatem. 
V. INam cum Appii tabulae neglegentius adservatae dice- 
rentur, Gabinii, quamdiu incolumis fuit, levitas, post damp- 
nationem calamitas omnem tabularum fidem resignasset, 
Metellus, homo sanctissimus modestissimusque omnium, 
tanta diligentia fuit, ut ad L. Lentulum praetorem et ad 

Variantes : annis civitatera. — i Te main : An non : 2 e main : At non. — bis tabulis. 



Mais on verra a la Cn de ce chapitre et au 
commencement du chapitre v, que des 
soupcons assez. fondes pesaient sur l.i forme 
et sur le contenu des actes de cert.iins pre- 
teurs, etf il semble bien ; d'apres la reponse 
precise et particulierement vive de Cice- 
ron au clia|)itre v, 9, que Tadversaire avait 
du, par queU[ue attaque indirecte, revoquer 
en doute l'exactitude des registres de Me- 
tellus. 

9. An domicilium . Deuxieme condition: 
inltalia domicilium. 

Is qui. Ricliter a raison de ponctuer ainsi 
et de voir dans is qui... une reponse excla- 
mative. La refut.ition d'nne hypotliese 
est amenee de meme par qui : pro Mur. 
xli, 88 fin et p>o Sull., xxxn, 90 /in. 

An non est professus. Troi.sieme condi- 
tion : projessio ayud yrselorem. 

Immo veio, negation energique. Voir 
Hand, Turs., III, page 231 

Illa fo/essione collegioyue. On pour- 
rait ne joindre le pronom qu'a pro/essione, 
et admettre que le deuxieme substantif est 
suffisamment determine par le regime : 
praetorum, sc. illius anni. Mais il semble 
plus naturel de comprendi e : ex illa pro- 
fessione atque illo collegio. 

Ojitinent i>ublicarum tabutarum aucto- 
ritatem, font foi comme actes publies. 

V. Appii... G"bimi, ptetrurs avec Me- 
tellus en 89. Appius Claudius Pulcher, 
le pere du celelire ('lodius, con<ul par 
1'influence de Syll.i en 79; le censeur Plii- 
lippe, en 86, le raya du senat, soit ]>ar 
esprit de parti, soit a cause de la negli- 
gence qu'avait montree Appius dans ses 
fonctions. P. Gabinius Capito, accuse 



de repetundis par les Acheens, dont L. 
Pison defendait les interets [Div. in Caec. 
xx, 64), et condamne quelques annees 
apres sa preture. 

Culamitas. De meme en parlant de 
Scaurus condamne et exile : de Off. I, 
xxxix, 138 : ille... in domum multiplica- 
tam non repuls.un solum rettulit, sed igno- 
miniam et catamitatem , lleinat([uez lal- 
litteration : incolumis . . . calamitas. 

Resignasset. Resignare est proprement : 
enleverles sceaux dun acte. CVst ici, avec 
plus de preci-aon et .sous une forme c<>n- 
crete, le meine sens que dissolvere qui est 
employe si souvent au fignre : res odio- 
sas [de Or. U, lviii, 236), criminationem 
(pro Rosc. Am. xxix, 82) dissotvere. La 
legerete de Gabinius et ensuite sa condam- 
nation ont fausse sinon ses actes eux-me- 
mes, du moins leur caraotere (omnein ta- 
bul.num /ilem) en les rendant tous sus- 
pects. Florus a imite ce passage, H, 
xvii, -14 : Brutus nequid ex constituti lide 
resignaret 

Modestissimus, des plus scrupuleux : 
Post red. in sen. n, 4 : consules modesti 
legumque metuentes. 

L. Lentulum, autre preteur de cette 
anuee 89, et qui, puisque Metellus vient a 
lui, etait spicialement charge des quses- 
tiones d?. fals» ou peut-etre des quaestio- 
nes de civitute. Mctillus voulait forcer le 
citoyen dont le nom etait d'nne eciiture 
sus[)ecte a j>rouver devant desjuges (et ad 
judices) qu'il navait pas nsiirpe lc droit cle 
cite. On se demandera si cette litura exis- 
tait dans une liste d'un autre magistiat, 
continuee par Metellus, ou dans les listes 



Pl\0 ARCHIA POETA. 



35 



judices venerit et unius nominis litura se commotum esse 
dixerit. Tlis igitur tabulis nullam lituiam in nomen f A.. Li- 
cinii videtis. [10] Qua? cum ita sint, quid est quod de ejus 
civitate dubitctis, praesertim cum aliis quoque in civitati- 
btis fuerit adscriptus? Etenim cum mediocribus rnullis et 
aut nulla aut bumili aliqua arte praeditis gravat f in civilatem 
in Graeeia bomines inper/iebant, Reginos credo aut Locren- 



Variaktes : dubitatis, preserti. 



vel gratuito . . , 

grauat ia ~ »pe™ebaut... 



memes que celni-ci avait fait dresser. His 
tabulis qui snit semble indiquer plus natu- 
rellement le dernier sens. 

Fenerit.. dixerit et non veniret... dice- 
ret } parce (jue les deux faits sont expresse- 
ment marqnes comme des faits liistoriques, 
partieulieis et independants. Cest ici une 
verit.ibie anecdute : un jour Metellus est 
veuu... 

His tabulis. Halm et k Eberlnrd lisent : 
his igitur in tabulis. Je conserve la lecon 
du ms. Cf. i'emploi sans preposition de li- 
bru, de locis accompagne d'un adjectif ; et 
aussi dautres noms avee totus. — Igilur : 
conclusion generale : 01 •, eh bien .. — His : 
dans les registres que nous produisons : si- 
non les memes qur ceux dont il vieut d'e- 
tre parle, du moins dresses par le metne 
ma^istrat et fais.mt partie de la meme col- 
lection. 

In nomen. -f- An lieu de in nomine que 
donnent tous les editeurs, Lamliin, Baiter, 
Kayser, Madvig, ue pourrait on liie : nul- 
lam lituram, nomen A Licinii..? iVFomm- 
sen propose : nulla in litura nomen. 

10. Civiiate, droit de cite a Rome. 
Cf. 8 : de civitate ac lege ; \ : post civita- 
tem datam ; 25 et 26: civitate donare. 

Dubitetis. Tous les editeurs corrigent 
la lecon du ras. et retablissent lernode que 
veutU regle ordiuaire : Zumpt, 562; Mad- 
vig, 372, b, rem. 6. 

Prsesertim cum, forme frequente dans 
Ciceron; ici \§Jin } et 26, prersertim qui. 

Fuerit et non sit : il etait inscrit ante- 
rieurement a Ia loi Plautia Papiria. 

Mediocribus. L'adjectif mediocris } qui 
dcsigne proprement ce qui tient le milieu 
entre les lioramt s, lcs clmses de valeur et 
ce qui n'en a pas, coniluit naturelleraent a 
nulla arte pneditus. Cf. pro Balbo vi, <4 : 



id... quisquarn Cn. Pompeium ignorasse 
dicere audebit quod mediocres homines, 
quod nullo usu, nullo studio prsediti mi- 
litari, quod librat ioli denique scire profi- 
tentur. 

Huinili til/qua : Y><iv exemple, d'apres les 
idecs romaines, les scetuci artijices, dont 
il va etre questiou. Opposer de Or. } I, iii, 
9 : omnium laudatarum artium... paien- 
tem quam cptXoao^tav... vocant. 

Prse litis gravat | in. Ecartons d'abord 
la vulgate giatuito. Sans dou!e bien des 
villes giecques donnaient et vendaient le 
droit de cite. Mais pourquoi rappeler ici 
cette detestable coutume? F.st-ce pour faire 
entendie qu'Arcbiaa aurait pu rccevoir ce 
que les autres devaienr. acheter? La place 
meme qu'occupe cette lecon dans le ms. 
principal, montre qu'« lle provient d'un 
texte parallele ou posterieur. — Mais quelle 
expression se cache sous gravat ««.^Richter 
croyait a une abreviation deplacee de in 
Grsccia (m gi a) ; Madvig et Denecke re- 
trancbent purement et simplement ces mots. 
Stuerenburg et Elieibard conjecturent non 
gtwate : cf. de Off. II, 66 : et non gra- 
vate. et gratuito ; mieux vaudrait ici paleo- 
grapliiqueraent : haud gravatim ; cf. Tite- 
Live, I, ii, 3. 

Grsecia est suffisamment determine par 
le sens general et par Ies noms qui suivent : 
la Grande-Grece. 

Credo. Quand 1'ironie tient a la pensee, 
a 1'hypotbese elle-meme, credo peut regir 
comme ici une proposition iufiaitive. De 
meine pro Roscio Am., xxi, 59, et Ver- 
rines, V, xxx, 78. 

Reginos. Sur Rhegium et Tarente voir 
la note de la ]>age 28. 

Locrenses Epizephyrios, au sud du Bi u* 
tium. 



36 OHATK) 

ses aut JNeapolitanos aut Tarentinos, quod scenicis artiiiei- 
bus largiri solebant, id huic sununa ingenii praedito gloria 
uoluisse ! Quid ? cuiu ceteri non modo post civitatem da- 
tain, sed etiara post legein Papiain, aliquo modo in eorum 
municipiorum tabulas inrepserunt, liic, qui ne utitur qui- 
dem illis in quibus est scriptus, quod sernper se Heraclien- 
sem esse voluit, reicietur? [11] Census noslros requiris. Sci • 
licet : est enim obscurum proximis censoribus hunc cum 

Variante : \ re main : scenicis; 2 e m. scaenicis. 



Cum. Suivant Drarger, II, 742-3, cum 
dans lc sens adversatif et concessif est f 
dansles auteurs posterieurs a Terenee, tou- 
jours construit avec le subjonctif. En con- 
sequence Eberhard retranclie cum ; Mad- 
vig, Baiter et Halm ecrivent inrepserint. 
Je conserve avec Kayser et Klotz et cum 
tt inrepserunt, en voyant ici une op- 
position a laquelle 1'idee de temps reste 
liee, (cf. plus haut cum... impertiebant) } 
et j'cx[)lique : alors que beaucoup d'e- 
trangers ont penetre dans des villes italien- 
nes, au moment ou ils profitent de droits 
irauduleusement acquis^ 1 epoussera-t-ou 
Arcbias? 

Post civitatem datam: suppleez Italicis. 

Legem Papiam. Le tribun C. Papius en 
G5 fit passer nn plcbiscite dirige contre les 
etrangers qui demeuraicnt a Rome et qui 
finissaient souvent par y usurper le droit 
de cite. lls furent renvoyes dans leurs villes 
respectives. 

Inrepserunt. Ils eiudaient la premiere 
condition de la loi : si qui foederatis civi- 
tatibus AdsQ.r'i[A\ Juissent . 

Xc utitur quidem. Pourquoi ? on rcpond: 
parce qu'il croyait son droit incontestable, 
parce (|ue Tarente etait civitas aequissimo 
jure et Jcvdere ; parce qu'il devait cette 
inscription parmi lcs Tarentins a Lncullus. 
I>a ineilleure raisou de cette prelerence, 
plmieuis fois aflirmee dans le discours, ne 
serait-elle pas tout simplemeut d.ms l'in- 
cendie des registres publics d'Heraclee? 
Lorsque les tout-puissants Lucullus voulu- 
rent improviser Archias citoyen romain, 
comme la principale difficulte consistait 
d.ins l'absence d'inscription dans uue ville 
alliee et qu'ils avaient pour cux 1'appni dc 
Metellus et la connivence des roagistrats 
d'Heraclee, il lcur parut commode et sur 



de supposer 1'inscription dans une ville qui 
n'avait plus d'archives. Grace a cet heu- 
reux accident, l'on pouvait violer la loi 
sans laisser contre soi aucune preuve mate- 
riclle de l'illegalite. 

Esse, etre compte comme citoyen d'He- 
raclee : le verbe a un sens fort, comme plus 
loin, I \ , dans une signification differente : 
apud cxer citum Juisse . . in Asiajiiisse. 

\ \ . Census nostros , derniere objec- 
tion de l'adversaire ; il demande qu'on lui 
montre le nom d'Archias dans les listes 
dressees par les censeurs a Rome [nostros 
par opposition a : 8, tabulas Heraclien- 
sium) , sachant bicn que de 89 a 62 ce 
nom n'y a pas ete porte. 

Scilicet. On ponctuait autrefois: census 
nostros requiris scdicet. Stuerenburg *, 
p. 69 et s. en rassemblant dans une note 
longue et substantielle tous les passages de 
Ciceron ou se trouve scilicet, a demoutre 
que la particule n'est jamais placee cornme 
el!e le serait ici. Depuis, tous les editeurs, 
moins Kayser et Klotz, ecrivent : ...requi- 
ris. Scilicet; est enim... et expliquent : 
eela se comprend^ cela est parfait, coinme 
si on ne savait p.is que... De raeme Ep. ad 
Quini : I, iii, t : ego tibi irascerer ? tibi 
ego possem irasci; scilicet , tu enim rae 
adflixisti. Quippe est de la meme maniere 
detache seul devant une proposition dont 
le deuxieme mot est enim : pro Caec. xix, 
55; de Orut. II, lxxxiv, 218, et de Fin. 
IV, m, 7. 

Pioximis censoribus. Entendez nou pas 
les derniers censeurs, ceux de 65 et 64, 
car dans ces deux annees on ne proeeda 
pas au cens, mais les derniers qui piesi- 
derent d la conjection du cens, soit L. Gel- 
lius Poplieola et Cn. Lentulus Clodianus, 
en 70, pendant la guerrecontreMithridate. 



PRO \UCIII.V POETA. 37 

darissimo imperatore L. Lucullo apud exercilum fuisse, 
superioribus cum eodem quaestore fuisse in Asia, primis 
Julio et Crasso nullam populi partem esse censr/m.Sed quo 
niam census non jus civitatis confirmat ac tantummodo in- 
dicat eum, qui sit census, ita se jam tum gessisse pro eive, 
/is temporibus quibus tu criminaris ne ipsius quidem judicio 
in civium Romanorum jure esse versatum, et testamentum 
sa?pe fecit nostris legibus et adiit hereditates civium Roma- 
norum, et in beneficiis ad aerarium delatus est a L. Lucullo 
pr oconsu\e. 



Variantes : qoestore... censeai 
consule : corr. Graevius. 



liiis teporib; quae. — sepe. — lucullo. p. r. et 



Apud exercitum : aecompagnait Ic gene- 
ral. Cf. la memeexpression, Verrines,YV ', 
xxn, 49, et ici, 'll : Fulvius Ennio comite 
bellavit. In exercitu esse se dirait de celui 
qui fait partie de 1'armee. 

Superiorihus, parrapport a pmxi/ni cen- 
sores, soit L. Marcius Pbilippus et M. Per- 
penna en 86. 

Quivslore. Lucullus avail ete proquaeslor 
de Sylla pendant la premiere guerre contre 
Mitbridate. 

Piimis en 89, les premiers, apres que le 
droit de cite eut ete donne aux Italiens. 

Sed quoniam. Sed repoud a une ellipse : 
non est census quidem Archias, sei... — 
Quoniam... L'orateur sesert comme transi- 
tion dune objection qu'on ne manquerait 
pas de faire si Arcbias avait ete porte dans 
les listes. Cest en effet un principe de 
droit quc 1'inscription prouve bien que 
1'inscrit pretend au droit de cite ct se con- 
duit [ita se gessisse) comme s'il le posse- 
dait ; elle ne prouve pas que c.e droit lui 
appartient [non jus civitatis confirmat). 
Elle ne peut fonder, dirions-nous. qu'une 
prcso/nplion, et ne saurait creer un droit. 

Ita veutdire: par cette situatinn qu'il 
a prise, par ce fait d'etre compris dans 
le cens. Cf. § 2 comm.: hoc ita. 

lis tempcrihus . Richter conjecture : iis- 
dem temporibus. ...is et testamentnm. — 
Ici commence la seconde partie de la phrase. 
— Quse du ms. provient certainement d'une 
abreviation mal lue. Je lis avec Kayser 
quibus ; quem adopte par B.iiter, H; ltn, 
Ricbter et Klotz se justifie mieux palco- 
gra()hiquement [que au lieu de qux), mais 



brise la construction de la phrase. — 
Apres tu suppleez eu/n dont la lecon quse 
pourrait bien avoir entraine la disparition 
{tu eum } tii, tu). 

Ipsius judicio Cetait ce que 1'accusa- 
teur concluait de ce defaut d'inscription 
sur les listes des censeuis. 

Testamentum. Pour faire son testament 
etaussi pourse porter heritier il fallait etre 
citoyen romain. 

Ssepe. Comme Archias avait pris part a 
plusieurs expeditions, il etait naturel qu'il 
eut fait plus d'une fois son testament. 

Adiit hereditates. Les anciens inscri- 
vaicnt parmi leurs beritiers leurs amis et 
tous ceux qui leur avaient ete utilcs ou 
ineme agreahles. Aussi etiiit-il peu hono- 
rable de ne rien recevoir de ses amis apres 
leur mort, et Ciceron, Phil. II, xvi, 40, 
croit devoir repondre a une attaque 
d'Antoine qu'il resumc ainsi : hered.tates 
milii ncgasti vcnire. 0n voit ad Att. II , 
xx, 6, qu'un philosophe grec attaclie a sa 
inaison, Diodote, lui laissa par testanient 
une somme considei able ; et l'on sait aussi 
par le pro Flacco, xxxiv, 85, que lc pro- 
tecteur d'Arcbias, Lucullns, avait recueilli 
de meme en Asie de nombreuses et riches 
successions. 

In heneficiis. II elait d'usage qu'en 
quittant sa charge, le preteur demandat 
pour ceux quiPavaient accompagne desgra- 
tifications [heneficia) plus oumoins eleve^r-; 
c'etait nomen alicujus deferre, ou ali- 
quem deferre. Voir Epist. V,xx, 7. A Te- 
gard des soldats on appelait ces grattfica- 
tions : eorum commoda ac praemia : Epist. 



38 ORATIO 

VI. Quaere argumenta, si quae potes : nunquam enim 
hic neque suo neque amicorum judicio revincelur. [12] Quae- 
res a nohis, Gra/i, cur tanto opere hoc homine delectemur. 
Quia suppeditat nobis ubi et animus exhoc forensi strepitu 
reficiatur et aures convitio defessae conquiescant. An tu 
existimas aut suppetere nobis posse quod colidie dicamus in 
tanla varietate rerum, nisi animos nostros doctrina excola- 
mus, aut ferre animos tantam posse contentionem, nisi eos 
doctrina eadem relaxemus ? Ego vero fateor me his studiis 
esse deditum. Ceteros pudeat, si qui ita se litteris abdide- 
runt, ut nihil possint ex iis neque ad communem adferre 

Variantes : gratti. — ubi et eni lex hoc. — ex his : corr. Madvig. 



X, xxiv, 2; XI, 11, 3 } et XTII, i, 2 ; pro 
Bafbc,xxi, 49. Cf. Tacite. Ann. I, 26. 

VI. Qusere argumenta. Cette plirase 
conclut la demonstratio ac refutatio, et les 
mots neque suo neque amicorum resument 
les deux especes cTarguments employes par 
1'orateur. 

Si quse. Stuerenhurg 1 , p. 83, a raison 
de remarquer qne si quse (fonne adjective, 
nominati f qai) a que'que chose de plus po- 
sitif qne 1'autre lorme parallele : si tu as 
a invoquer dos arguments d'nne natnre 
certaine, a savoir des arguments probants . 
Kayser est le seul des derniers editeurs qui 
eerive si qua. 

Nunq.iam.. neque. . neqw expriment 
avec force le defi porte a 1'adversaire d'Ar- 
chias. Surla negation repetee, voir Madvig 
4G0, rem. 2., et cf. 12 : utnihil possent 
neque.. neque. 

Revincetur. Fincere : prouver,- d'ou re- 
vineere (cf. redarguere) : piouver contre 
quelqiCun, refuter, combattre. 

12. Quseres a nobis . L'accusateur s'etait 
sans doute etonne du zele que mettait 
1'orateor consulaire a defendrc les inte- 
rets prives d'nn poete grec. Ciceron qui, 
dans ses plaidoyer*. excelle a proGter de 
tont ce que lui fonrnit la maladresse de 
1'adversaire, s'empare de l'ohjertion,et d'un 
point qui scmhl dt stcondaire tire hs argu- 
ments peut-etre les plus forts et a coup siir 
l.i p.ntie l.i plus hri l.mte de son discours 

Qnia suppelitat. Reponse directe. 

Suppeditat nobis : Archias a Ciceron, 
et de meme tout veritahle poete aux hom- 



mes d'Etat. Voir une reminiscence de ce 
passage dans Qnintilien : X, I, 27. 

Aures conquiescant. Quintilien, imitant 
encore Gcerony dira, I, vm, H , avec un 
goiit moins sui' : cum poeticis voluptatihus 
aures a forensi asperitate r>'spirent. 

Convitio, su|>pleez litigantium. 

Excofamus. Cf. I 3 . recolenda. 

Doctrina eadem : plus fort que etiam 
refaxeir.us illa doctrina. 

Eij^o vem Jate<<r. Cf. , pour la pensee, 
Orat., xur, 14G : Ac fortasse «eteri tectio- 
res ; ego semper me didieis-e prae me tuli, 

Ceter«s.. si qui... ,u ajoute a l'expres- 
sion .simple cete>i qui, une idee de doute: 
tous ceux qui trmiveraient bon parexemple 
de... Cf. iii, fin : si qui foite. 

Litteris abdiderunt. 0n «xplique d'ha- 
bitude fiiteris par un abl.itif d'instru- 
ment : ceux qui, grace a leurs etudes, se 
sont si bien soustraits a la vie publique 
que...; mais comme l'expression s'o|>pose a 
his studiis deditum, oii le cas ne f.iit pas 
doute, il vaut inieux avec Stuerenhurg * 
regarder fitteris comme un datif equivalant, 
avic une nuanee plus generale, a li tonr- 
nnrrt : se totum in fitteras abdere [Epist. 
VI r, 3 3, 2). 

Tfihil possint neque... neque. Voir § i i 
fin ia note sur nunquam .. neque .. neque. 
— Possint m.ilgro ahdiderunt parce qne, 
hien cpie 1'action soit passee, ll s'agit ici de 
conscquences qui se rappoitent essentielle- 
ment au present : Madvig. 383, rem. 2. 

Ad communem adferie Jruatum.,.. De 
meme que qnelqnes Romains accusaient 



PRO ARCHIA POETA. 39 

fructum neque in aspectum lucemque proferre; me autem 
quid pudeat, qui tot annos ita vivo, Judices, ut a nullius 
umquam me tempore aut commodo aut otium meum abs- 
traxerit aut voluptas avocarit aut denique somnus retar- 
darit? [13] Quare quis tandem me reprehendat aut quis mihi 
jure succenseat, si, quantum ceteris ad suas res obeundas, 
quantum ad festos dies ludorum celebrandos, quantum ad 
alias voluptates et ad ipsa/rz requiem animi et corporis con- 
ceditur temporum, quantum alii tribuunt tempestivis con- 
viviis, quantum denique alveolo, quantum pilae, tantum mihi 

Variantes : caeteris. — caelebrandos... ipsas. 



l'etuded'etre pour ceux qui la cultivent une 
perte de temps, grsecum otium, d'autres la 
defendaient par 1'utilite qu'elle peut avoir 
pour le pnblic (communis jructus) . — Ne- 
que in aspectum lucemque proferre : telle 
est la vie des rhcteurs tout entiere consa- 
cree a ce que Ciceron appelle de Or. I, 
xxxiv, 4 57 : domestica exercitatio et um- 
bratilis. 

Me qui<i pudeat... Phil. II, vn, 20 : 
tantum dicam breviter me... nec rei pu- 
blicse ncc amicis umquam defuisse, et 
tamen omni genere monimentorum meo- 
rutn perfeeisse ut meae vigilia? meaeque lit- 
terae et juventuti utilitatis et nomini Ro- 
mano laudis aliquid adferrent. 

Tempire d.ms Ies causse publicse ; com- 
modo, d,<ns les causas pnvutae. 

Aut otium... Emploi de la disjunctio: 
voir ad Her. IV, xxvu, 37. Cest une des 
figures dont Ciceron s'est servi le jilus 
souvent et d'ordinaire avec le plus de 
bonheur. Cf. de imp Pomp. §§ \b, 26, 
48, etc, et Naegelsbach L. St. p. 4 24-5. 
Elle etait si familiere a son esprit qu'il 
l'emploie meme dans ses lettres intimes; 
par exemple, ad Att. I, \ } 2 : eas litte- 
ras ad eum misi quibus et placurem ut 
Jrairem, et monerem ut minorem, et ob- 
jurgarem ut errantem. On en retronvera ici 
encore deux autres exemples doni l'un ne 
manqne |>as d'affectation, vili, 4 9, tandis 
que l'autre est ties brill.mt, vn, \G, fin. 
— Sur ret emploi assez. rare d'un aul sub- 
or<lonne a un autre, voir Draeger H. S. 
II', p. 4 35, 3. 

Snmnus. Cf. pro Plancio, xxvn, 66 : 
neminem a congressu roeo neque janitor, 



neque somnus absterruit. Sur les occupa- 
tions multiples de Ciceron quand il est a 
Rorae voir Ep. ad Quint, III, m, \ • H 
xiii, 2 fin; ad Att. II, xxin, \, etc. 

Retardarit. Matthiajvoyaitdans l'emploi 
de ce mot un zeugma, parce qu'on eut dit, 
suivant lui, retardare ad aliquid et non 
a tempore. Mais Zumpt cite Epist., V, 
xvn, \ : posteriora (tempora) me a scri- 
bendo ... retardarunt. 

i3. Festos dies ludorum equivaut a 
dies qui festi sunt propter ludos. Meme si- 
gnihcation : in Ferr. IV, lxvii, 15). 

Ad ipsam requiem, sans que quantum 
soit repete, parce que ces mots sont consi- 
deres, apres alias voluftates, comme nne 
simple variete des manieres agreables de 
perdre son temps. Opposez 1'idee d'appli- 
cation et de travail qui est dans ad suas 
res obeundas. 

I/jsarn : seul, alors qu'ils ne cherchent 
qu'& se reposer. Cf. \ 4 fm : iysa cogita- 
tione; 4 5 : natur a? ipsius ,- 48: nattira ipsa, 
et 2 4 : ipsa natura. 

Temporum. Ponr la pensee et aussi pour 
ce pluriel cf. Quintilien, I, xn, 4 8. 

Tempestivis conviviis, qui commencent 
de bonne heure. De meme Cato, xiv, 
46. 

Denique, a cette place, parce que les 
mots alvenlo et pilse indiquent deux varie- 
tes de la meme chose, du jeu. 

Alveolo : l.i table sur biquelle on jetait 
les des. Varron dans Aulu-Gelle, N. A I, 
20 : x\)Soq est figuta ex omni latere qua- 
drata : qu.iles sunt tesseta? quibus io al- 
veolo luditur; voir aussi Ciceron : de Fin. 
V, xx, 56. 



40 



ORATIO 



egomet ad haec studia recolenda sumpsero ? Alque id eo 
mihi concedendum est magis, quod ex liis studiis haec quo- 
que crescit oratio et facultas, qua? quantacumque est in me, 
numquam amicorum periculis defuit. Quae si cui levior vide- 
tur, illa quidem certe quae summa sunt ex quo fonlehauriam 
sentio. [14] Nam nisi multorum praeceptis multisque litteris 
mihi ab adulescentia suasissem nihil esse in vita magno 
opere expetendum nisi laudem atque honestatem, in ea 
autem persequenda omnes crucialus corporis, omnia peri- 

Vatuantes : hoc adeo. — quantacumque in me nuqua. 



Recolendu, pour rcprendre les etudes 
de ma jeunesse. Cf. 4 2, excolamus, et de 
Or. I, i, 2 : neque... fructus otii datns 
est ad eas artes, quihus a pueris dediti 
fuimns, celehrandas inter nosque reco- 
lendas. 

Sumpsero, eomme s'il y avait eu aupara- 
vant : nemo me reprehendet. 

Atque (sc. adque) annonce un nouvel 
argument, ou une nouvelle serie d'argu- 
ments : 18, Atque sic ; "2 8, Atque ut id li- 
bentius ,• 2, Ac ne quis. Voir Haud, Turs., 
I, p. 476, 2. 

Id eo. II faut ou adopter cette correction 
de Madvig et de Halm , ou lire avec Lam- 
hin : lioc eo, puisque hoc adeo... magis... 
quod n'est pas latin. 

Oratio et /acultas, le talent de l'ora- 
teur considere a la fois dans ses effets actuels 
[oralio) et dans ses effets posterieuis et 
virtuels (facultas). Rich'er voit simplement 
dans ces mofs un sv oia g'jo?v pour facul- 
tas orutoria. Comme il ne s'agit apres tout 
que d'uue seule et meme cliose, le relatif 
suit au singulier quse. Cf. r4 comm.. lau- 
dem atque honestatem ; in ea autem per- 
sequenda. 

Quantacumque pour quantulacumque. 
De Or. II, xxviii, 4 22 : Ego is qui sum, 
quantuscumque sum ad judicandum. Ces 
formules sont toujours employees en pareil 
cas : ici : 4, quod sentio quara sit exi- 
guurn,- cle Or. I, xxx, «35 et II ; xxm, 
97, etc. Elles repiesentent ee que Cice- 
rou appelie : Phil. II, i, 2, hsec mea me- 
diocritas ingeuii. 

Quse, sc. hsec oratio et faculras. 

Illa } les qualites superieures que posse- 
derait 1'orateur ideal et Phomme d'Etat 
devoue au hien de son pays. 



Quidem certe. Cf. 'Sojin, de Or. 1, xvr, 
70, et III, xiii, 51 , etc.Suivant Hand, Turs., 
II, p. 27, quidem tomlie sur Ie mot qui 
precede; certe, sur toute la proposition. 

Ex quo jonte hauriam,- cf. Tusc. I, 
iii, 6 : si aliquid oratoriae laudis nostra 
attulimus industria, rnulto studiosius phi- 
losophise Jontes aperiemus, e quihus etiam 
illa manahant. 

Haurium, avec le sens conditioonr I : ou 
je pourrais les puiser. Sur les propositions 
conditionnelles dependantes, oula condition 
n'est plus nettement marquee par le raode 
du veihe, parce que la consecutio tempo- 
rum exigeait deja l'emploi du suhjonctif, 
voir GossraUj Lat. Gr. 413, 2, et Zumpt 
§ 526, h. 4, fin. 

ib. Nam nisi mullorum. Cf. le § 29. 

Prseceptis, lorsque '^ entendais les lecons 
des pliilosoplies ; litteris } lorsque je lisais 
leurs oeuvres et celles des historiens ou des 
poetes : ad Att. II, xx, i : quia volgo 
pragmatici homines omnibns historiis prse- 
ceptis, versibus denique juhent... 

Ab adulcsceniia. Epist. I, 9, 23 : me... 
refero ad mansuetiores Musas quae me ma- 
xime sicut jam a prinia adulescentia de- 
lectarunt. Pro Mur. xxx, 63 : fatehor 
enim me quoque in adulescentia diffisum 
ingenio meo qusesisse adjumenta doctrioSB. 

Suasissem. Lamhin ecrit persuasissem 
qui marquerait davantage la force de ce 
sentiment. Mais suadere ue sufut-il pas 
pour un conseil qu'on se donne a soi- 
meme, sur la foi d'autrui ? 

Laudem utque honestalem. De meme i 5 : 
laudein atque virtulem. Le deuxieme mot, 
surtout ici, limite le sens de laudem : cf. 
Dr.ieger, II, p. 47, 4, fin. Cest la gloire 
recherchee uniquement par des uioycns 



PIAO VRCFIIA POETA. 41 

eula morlis alque exili/ parvi esse ducenda, numquam me 
pro salute vestra in tot ac tantas dimicationes atque in hos 
profligatorum hominum cotidianos impetus objecissem. 
Sed pleni omnes sunt libri, plenae sapientium voces, plena 
exemplorum vetustas : quae jacerent in tenebris omnia, nisi 
htterarum lumen accederet. Quam multas nobis imagines 
non solum ad intuendum, verum etiain ad imitandum for- 
tissimorum virorum expressas scriptores et Graeci et Latini 
reliquerunt! Quas ego mihi semper in administranda re 
publica proponens, animum et mentein meam ipsa cogita- 
tione hominum excellentium conformabam. 

VII. [15] Quaeret quispiam: quid ? illi ipsi summi viri, quo- 

Variantes : exilia. — plenc. — greci. 



honorables. Ciceron ne nianque jamais de 
faire cette reserve, qu'il s'adressea Curion : 
Epist. II, iv, 2, a Plancus ; Ibid. X, xn, 
b, ou a Caton : Ibid. XV ; iv, \ 3. 

Me pro salute vestra... objecissem. Ci- 
ceron savait bien que 1'annce precedente 
(63) il s'etait attire, par la rnort des com- 
plices de Catilina, la haiue du parti demo- 
cratique, et il s'attendait a des represailles 
journalieres de la part de ses chefs. Quatre 
anuees plus tard, il sera force de prendre 
le chemin de 1'exil et les mots mortis at- 
que exilii doivent pour lui se verifier a 
la lettre. — A cause de dimicationes, il 
semhle qu'il faudrait, comme le propose 
Halm : me conjecissem. Mais j'aime mieux 
voir ici avec M. P. Thomas un zeugma. 

Objicere, avec in et 1'accusatif, parce 
qvfimpetibus est inusite en prose. Voyez 
Naegelshach L. Stil. § 50 b. 

Sed p/eni : retour a la restriction deja 
contenue dans les mots : nisi multorum 
preeceptis multisque litteris. Les adjectifs 
pleni... plenx... ont comme regime sous- 
entendu les propositions infinitives de la 
phraseprecedente. Entendez donc : remplis 
de Videe de ce que vaut l.i vraie gloire et 
dcs efforts qu'il faut faire pour 1'obtenir. 

Sunt est ainsi construit par euphonie, 
quoiqueom«^ nedoive etre joint qu'a iibri. 
Exemplorum vetustas. Comine ces mots 
correspondent a omnes libri et a sapientium 
i>oces } exemplorum doit depeudre non de 
plena^ mais de vetustas , et l'expression 
equivaut a exempla vetusta : c'est ce que 



nous appelons d'un mot : Vhistoire. Cf. 
pro Roscio com. ii, 6 : memori;e tradere 
litterarum vetustatem (litteras vetustas); 
Epist VI, X, 5 : tibi peritissimo rerum et 
exemplorum et omnis vetustatis. 

Quse. Joignez quae omnia , c'est-a-dire 
libri, voces, exempla, et en meme temps 
les maximes qui y sont contenues. Tout en 
reconnaissant dans ce passage 1'elevation 
de la pensee et la heaute iucontestable de 
la forme, j'avoue n'y pas retrouver egale- 
ment dans le detail la precision, et dans la 
suite la clarte habituelle a Ciceron. 

Nisi litterarum... Par les lettres toutes 
ces lecons sortent de Vombre et prennent 
vie. 

Imagines : la meilleure partie des ceu- 
vres »)liilosophiques de Ciceron ne se com- 
pose-t-elle pas de telles lecous morales et 
d'exemples romains proposes a notre imi- 
tation? 

Expressas y terme empruntea la sculpture: 
Ces images ressortent. De meme, plus bas, 
30, effigiem... summis ingeniis expressam. 
Cf. de Divin. I, xxxvi, 79 : hanc speciem 
... noster expressit Archias versibus. Ho- 
race, Epist. II, i ; 248 : expressi voltus per 
ahenea signa, etc. Pour des images non 
plus en relief, mais sirnplement tracees, 
on dit adumbrata : Tusc. III, II, 3. 

VII. 15. Quseret quispiam. Avec cette 
formule, on nemploie aucune conjonction 
de liaison : Seyflert, Schol. Lat.l, p. (44. 
— L'objection est tout a fail conforme au 
\ieil esprit romain, et on l'avait opposee 



42 OLIATIO 

rum virtules lttteris proditae sunt, istane doctrina, quam tu 
effers laudibus, erudili fuerunt ? Difficile est hoc de omni- 
bus confirmare; sed tamen est certum quod respondeam. 
Ego multos homines excellenti animo ac virtute fuisse et sine 
doctrina, naturae ipsius hahi/u prope divino, per se ipsos et 
moderatos et graves extitisse fateor. Etiam illud adjungo, 
saepius ad laudem atque virtutem naturam sine doctrina 
quam sine natura valuisse doctrinam. Atque idem ego hoc 
contendo, cum ad naturam eximiam et inlustrem accesserit 
ratio quaedam conformatioque doctrinae, tum illud nescio 
quid praeclarum ac singulare solere existere. [16] Ex hoc esse 
hunc numero, quem patres nostri viderunt, divinum homi- 
nem Africanum, ex hoc G. Laelium, L. Eurium, moderatis- 
simos homines et continentissimos, ex hoc fortissimum vi- 

Variantes : habitatu. — sepius. — leliu. 



bien souvent aux partisans de la culture 
grecque et a Ciceron lui-meme au delmt 
de ses etndes : de Or. II, i, \ . 

Cer/urn quoi : voici une reponse precise 
que je puis faire. Mommsen et Cobet 
suppriment certuin. Madvig et Halm li- 
sent : quid. B.iiter conjecture : ett certe 
quoil. 

Animo . superiorite d'esprit tout inte- 
rieure; viitute, superiorite prouvee par 
1 eurs actes. 

Modemlos, d'une ame egale, saclmnt 
regler leur vie : en grec acocppwv. 

Gruves-j d'un caractere serieux, eleve, des 
homraes consiJerables. 

A'que ideni ego. Ciceron repond comme 
le fera Horacc, Epist. II, iii, 408 et s. 

Hoc correspond a etiam illud adjungo, 
et annonce une autre jiroposition infinitive. 

JSescio quiil. De meme dans notre lan- 
gue : a l.i cause de l'amour est un je ne 
sais quni » (Corneille cite par Pascal, 
Pensees, art. VI, 4 3). « Ce je ne sais 
qnoi d acheve que les maJheurs ajoutcnt 
aux grandes vertus. » (Bossuet, Or. Jun. 
de Louis de Bouihon.) Les Latins joignent 
surtout ces mots aux expressions qui 
eveillent l'id^e de canses secretes ou d"ef- 
fets Mnguliers ; ainsi aux adjr ctifs divmus } 
Jiitalts etc. : Ejist., XII, xm, 1 : fatale 
nescio quid tuae virtuti datum, etc. 



\6. Ex hoc numero, c'est-a-dire ex nu- 
mero horum in quihus illud nescio quid 
extilit. Cf. 31 : ex eo numero; Lsel. 38 : 
ex hoc numrro nobis exempla sumenda 
sunt, et Madvig, 317, c fin. 

Fiderunt indique une conndssance di- 
recte : ojjpo^ez meminisse, audire. Hunc 
et non pas illum, pour distiuguer le se- 
cond Africain du jirernier : in Ferr. V, x, 
25 : neque ad illius sujierioris Africaui in 
re gerunda celerif.item, neque ad hujus 
qui postea fuit siugulare consilinm. De 
meme : deOr. } II, lxvii, 270 : Afiieanum 
hunc jEmilianum; de Rep., I, IX, 14 : P. 
Africanus hic Panli filius. 

Divinum. Cf. 15 : naturae haliitu prope 
divino. — Hominem. Plus b.is. on aura : 
fortissimuin virum. Ici, par le clioix da mot, 
le contrasteavec divinum est plus frappant. 

C. Lselium. Fannius lui dit dans le dia- 
logue qui porte son nom, n, 6 : unum te 
sapientemappellant..; te dicunt non solum 
natura et moribns, verum etiam studio et 
doctiina esse sapientem. 

L. Furius Pliilns, ronsul en 1 36. Brut. 
xxviii, 108 : pei bene l.itine loqui juita- 
batur litteratiusque qnam cet«ri. 11 est 
toujours cite ji^r Ciceron avec Scipion et 
Lelius, comme un de < eux qui ont initie 
les Romains a la civilisation grecque : de 
Or. II, xxxvn, 4 54 : de Rep. III, iii, 6. 



PRO ARGHIA POETA. 



43 



rum et illis temporihus doctissimum, Catonem illum senem; 
qui profecto, si nihil ad percipiendam colendamr/tte virtu- 
tem lilteris adjuvarentur, numquam se ad earum studium 
contulissent. Quod si non hic lanlus fructus ostenderetur, 
et si ex his studiis delectatio sola peteretur, tamen, ut opi- 
nor, hanc animi remissionem humanissimam ac liheralissi- 
mam judicaretis. Nam ceterae neque temporum sunt, neque 
aetatum omnium, neque locorum ; at haec studia adulescen- 
tiam a/unt, senectulem oblectant, secundas res ornant, ad- 

Variantes : percipienda colenda virtute. — animadversione: co/r. Bonamicus. — agunt. 



Catonem. Je conserve le texte du ms. 
Madvig (Or. sel. 4S67) lit . M. Catonem. 
Cependant. dans ses Opera Academica, de 
4 834, I. p. 4 70, note, il disait : u!>i noti 
et celebris bominis nomini pronomen ce- 
lebritatis index aut aliqua descriptio ad- 
jungitur, pramomen omittitur. . .; adjuncta 
haec prxnominis locum explent. 

Colendam. Moinmsen et Kayser regar- 
dent colendam comme une glose de perci- 
pien lam . 

Adjuvarentur. Dans le sens bypotbeti- 
que, Pimparfait s'emploie au lieu du plus- 
que-parlait qnand ou parle d'une action 
qui se prolongeait, d'une opinion, d'nn 
* sentiment durable, simnltane avec le fait 
indique, et qi'on exprimerait exactcment 
par 1'irnparfait de 1'indicatil s'il n'y avait 
pas d'bypotbese. Ainsi on dbait ici : qui- 
bus litteris adjuvabantur (plutot qvfad/uti 
sunt ou adjuti erant), ad earum se studium 
contulerunt.Cf. Tusc. l,xn, 27 : quas (cae- 
rimonias) ... non sanxi-sent, nisi /isereret in 
eorura mentibus. ..; Lael. iv, 13 : quod non 
fecissent... si arbitrarentnr ; Cato, xxiii, 
82 : nemo milii peisuadebit multos... 
praestantes viros. .. tanta esse couatos... 
nisi cernerent ,..; in Catil. II, n, 3 : si 
illo sublato depelli a vobis omne periculum 
judicarem, jampridem... Catilinam sustnlis- 
sem ; de Or. II, l,v, 224 fin : nisi... habe- 

ret..., composuisset L'imparfait est ail- 

leurs dans lts denx propositions : in 
Verr. V, viii, 18. Vm'r Madvig, § 347, 
rem. 2, et Draeger, 11*. p. 693- i. 

Quod si. Exp i<|uez comme etiamsi, a 

cause ile tamen. De meme plns bas. £ i 7 in. 

Et, devant une propositioa qui contient 

une opposition : voyez § 2 la note sur dlia 

neque. .. haec, p. 24. 



Remissione?n. Kayser et Klotz lisent ani- 
mi adversionem. 

Judicaretis, vous devriez juger : voir 
Zumpt, Lat. Gr. 5 9 rem . p. 372. 

Temporum. Pour la place tfomnium 
Stuerenburg compare Tusc.\ , xni, 37 fin : 
aut flores aut fruges _/«/«/«£ aut baccas. 

Ceteras (animi remissiones) , cmme 
celles c| ii i. sont enumerees § 13. Peut etre 
faut-il lir^ : ceterae res, comme Laelius, vi, 
22. — Pourla forme du raisonnement, elle 
est sonvent, prut-etre trop souvent em- 
ployee dans Ciceron. Par exemple au 
passage cite, les inemes rai«ons seivent 
a faire comprendre tout le prix de l'a- 
mitie. 

Al haec. La conjonction est supprimee 
a tort par Kayser et par Klotz. Cf. de imp. 
1'omp. vi, \h : in ceteris rebus... at in 
vectij^alibns, et voyez Hand, Turs., I, p. 
421 , sur ///... at illi. 

Alunt. La lecon agunt ne peut s'expli- 
quer nettement. Hervagius (edition de 
4 54 0) a propose alunt, qui convient par- 
f.dtement en parlant des jeunes g»°ns (adu- 
lescentiam) dont il faut faire des bommes, 
tandis que la vieillesse n'a qu'a soutenir 
ses forces et cbar mer (oblectant) sps loisirs. 
On justifie cette conjecture en nieme temps 
qu'on explique la faute en rapprocliant ces 
mots du Brulus, xxxiii, 126 : legendus 
est liic orator (C. Gr.iccbus)... juventuti; 
non enim solnm acuere, sed etiam alere 
ingeniiim potest II est possible qu'une re- 
minisceine pcu exacte de ce passage ait 
ameiif' ioi cornme glose acuunt, qui se sub- 
stituant au texte, se sera altere en agunt 
(acTi). — Madvi^ lit acuunt. 

Secundus res ornant. Aristote dans Dio- 
geneLaerce, V, i, 4 9 : tyjv 7cac6ecav eXeyev 



44 ORATIO 

versis p<?rfugium ac solatium prr7?bent, delectant dbmi, nnn 
impediunt foris, pernoclant nobiscum, peregrinantur, rusti- 
cantur. 

VIII. [17] Quod si ipsi baec neque allingere neque sensu 
nostro gustare possernus, tamen ea mirari deberemus, etiam 
cum in aliis videremus. 

Quis nostrum tam animo agresti ac duro fuit, ul Roscii 
morte nuper non commoveretur ? qui cum esset senex mor- 
tuus, tamen propter excellentem artem ac venuslatem vi- 
debatur omnino mori non debuisse. Ergo ille corporis motu 
tantum amorem sibi conciliarat a nobis omnibus : nos 
animorum incredibiles motus celeritatemque ingeniorum 

Variantes : profugiu. — probent. 



ev {/.ev rai? euxu^tai? etvat y.6cr(j.ov, £v oe 
xat? axu^cac? xaxacpuyyjv. 

Adversis. Cf E/rist. V, xin, 5 : quan- 
tum potero me ab omnibus molestiis et 
ngoribus abducam transferamque animum 
ad ea quibus secundse res oriwntur,*adver- 
sae adjuvantur ; de Oi\, Ilf, iv, <4 : per- 
gamus ad ea solatia qtia? non modo sedalis 
molestiis jucunda, sed etiam hxrentibus 
saiularia nobis esse possint ; la lettre a Sul- 
picius, IV, m, 3-4 ; a Ampius Balbus, VI, 
xn, Jin, etc. 

VIII. M. Quod si : alors meme que. 

Eliam cum ... videremus, comrne etiam 
videntes, mais avec le sens du condition- 
nel : alors meme que nous ne fcrions que 
les voir en autrui, videre forinant contraste 
avec attingere et gustare. 

Tam est separe de Padjectif par le sub- 
stantif. De meme pro Caelio vn, ^6. Mais 
peut-etre faut-il considerer ici animo agresti 
ac duro comme formant une seule ex- 
pression (aTiatoeuTO?). 

Jioscii. Roscius, le celebre acteur que 
Ciceron a defendu dans une cause privee 
et <lont il a vante souvent et le caractere et 
le talent (summa venustas). Voir de Or. I } 
xxvnij i 30, et le passage celebre du pro 
Qumiio, xxv, 78. 

Dehuisse. Les verbes debere, posse, esse 
penvent avoir a 1'infinitif le sens condition- 
nel, parce qu'ils l'ont regulierement aussi 
a l'indicatif : debuit. Cf. 25 : non poluit. 
Voyez Zumpt, 52G b, rem. 



Ergo ille... raisonnement a minore ad 
majus qne Ciceron emploiera encore, non 
sans qnelqne monotonie de fonds et de 
tour, 32 19, 22, 25 Jin. , etc. A corporis 
motu s'opposent ici animorum motus; de 
meme, 30, a statuas et imagines repon- 
dront consiliorum ac virtutum nostrurum 
ejfigiem. Mais le raisonnement n'est-il pas 
quelque peu subtil? 

Ille ... nos, places en tete des deux 
propositious, n'en indiquent pas le veri- 
table contraste. Ciceron soutient qn'on ne 
doit pas dans deux cas semblables tenir 
une conduite toute differente : 1'opposition 
estdoncentre conciliai at a nobis et nos... 
neglegemus. Seyffert, Scholae Lat. p 4 3 f , 
defend la conjecture d'Ernesti : hos. 

Corporis motu. Oa ajoutera dans la tra- 
duction : uniquemcnt, simplement, pour 
marquer la gradation de corporis a ani- 
morum... ingeniorum. (P. Tliomas). — 
Tantum est adjectif. — Omnibus, non pas 
seuleinent les connaisseurs. 

Incredibiles molus animorurn, pluscourt, 
plus elegant, plus general que : hos (ou eos) 
(juarurn sunt animi motus, etc... 

Celeritatem. Cf. de Or, \, xxv, K I j et 
animi atque ingenii celeres quidam motus 
esse debent. Ciceron, Tusc, I, xxviii, 70, 
emploie les memes mots pour designer 
une Jaculte de lYsprit qu'il place a cAte de 
l.i memoire et de l'invention, et qui lui 
sert a prouver la nature immortelle de 
1'ame. 



PRO ARCHIA POETA. 45 

neglegemus? [18] Quotiens ego hunc Archiam vidi_, Judices, 
— utar enim vestra benignitate, quoniam me in hoc novo 
genere dicendi tam diligenter attenditiSj — quotiens ego 
hunc vidi ; cum iitteram scripsisset nullam, magnum nume- 
rum optimorum versuum de as ipsis rebus, quae turn age- 
rentur, dicere ex tempore ! quotiens revocatum eamdem rem 
dicere commutatis verbis alque sententiis ! Quae vero accu- 
rate cogitateque seripsisset, ea sic vidi probari, ut ad vete- 
rum scriplorum laudem perveniret. Hunc ego non diiigam, 
non omni raiione defendendum putem ? Atque sic a summis 
hominibus eruditissimisque accepimus, ceterarum reruni 
studia et doctrina et praeceptis et arte constare, poetam 
natura ipsa valere, et mentis viribus excitari, et quasi divino 

Variantes : liis ipsis. — quotiens ego revocatu. 



18. Utar enim... attenditis. Quand dans 
une cause Ciceron a fait un appcl particu- 
l.er a l'attention des auditeurs, par exem- 
ple pro Cluentio in, 7, il revient plusieurs 
fois sur ce sujet pour les remercier de leur 
bienveillance, ou pour declarer qu'il se 
sent encourage a poursuivre, ou pour les 
prier de ne pas se lasser : Id . xxiv, 66; 
xxxii, 89; in Ferr. III, v, 10, et V, 
xvn, 42 : haec... quaeso, ut fecistis adhuc, 
diligenter attendite; Phil. II, xix, 47 : quae 
peto ut quarnquani notiora vobis sint, ta- 
men, ut facitis, nttente audiatis, etc. 

Jgerentur. Le suhjonctif, non pas seu- 
ement parce que la proposition depend 
d'une proposition infinitive, mais avec 
cette nuance de plus : quels que jussent 
les sujets proposcs. De meme plus bas : 
qua?... scrifjsisset. Au contraire : '20, fin : 
qua3 gesstrat. 

Revocatum se dit au propre des ac- 
teurs qu'on rappelle : pro Sestio lvi, ^20; 
i.viii, 123. Horace, Epist. II, i, 223 : ir- 
revocati. 

Commutatis verbis. Quintilien, X, vil, 
19, compare le t;ilent d'Archias a celui 
d'Antipater de Sidon, dont Ciceron dit 
de Orat.j III, L, 194 : solitus est versus 
licxametrosque aliosque variis modis atque 
numeiis fundere rx tempore. 

Accurate cngitaieque. Cf. de Or. I, lx, 
257: et subitic ad propositas causas exer- 



citationes et accuratse ac meditatse com- 
mentationes. — Cogitate, qui est trois fois 
dans Plaute, n'existe qu'ici dans Ciceron; 
dans le de Off., I, VUi, 27, la plupart des 
mss. ont cogitata, quelques-uns cogilato. 

Vuli. Le jugement du public avait ici 
une valeur tout autre que celui d'un ami 
necessairement partial comme Ciceron. — 
Probati, imparfait. Madvig, § 4 08 b. — 
Sur la valeur de cet eloge, voir Vlntroduc- 
tion, p. 4. 

Veterum scriptorum. On aurait cru ces 
veri de la bonne epoque. Horace, Epist. 
II, i, 28 : Groecorum siiataiitiquissimaquie 
que Scripta vel optima. — Ciceron ne man- 
que guere aucune occasion d'avouer son 
gout pour les lettres grecques et pour la 
Grece elle-meme : pro Flacco, iv, 9, et ad 
Att.l, xv, \ : praeter ceteros qprAsXXlQVES et 
sumus et liabemur. Mais tres different en 
cela des cantores Euphorionis, il ne man- 
quait pas non plus de reserver son admira- 
tion pour les anciens, auteurs comme sou 
estime pour les Grecs : qui sunt vetere 
Grsecia digni ; Ep. ad Quint. I, r, \G. 

Sic annonce dans la proposition princi- 
pale une proposition infinitive qui doit en 
dependre : Zumpt, L. G. 748. 

Doctrina et prxcepiis et arte. L'expres- 
sion se precise pour se resumer dans le 
dernier mot ars, tandis que natura servira 
et suffira a caracteriser le talent du poete. 



46 ORATIO 

quodam spiritu inflari. Quare suo jure nosler ille Ennius 
sanctos appellat poetas quod quasi deorum aliquo dono 
atque munere commendati nobis esse videanlur. ['J9]Sitigi- 
lur, Judices, sanctum apud vos, humanissimos bomines, 
hoc poetae nomen, quod nulla umquam barbaria violavit. 
Saxa et solitudines voc/ respondent, bestiae saepe immanes 
cantu flectuntur atque consislunt : nos instituti rebus opli- 
mis, non poetarum voce moveamur ! 

Homerum Colopbonii civem esse dicunt suurn, Chii suum 

Variantes : voce ... sepe. 



Inflari, comrae une flute qu'un souffle 
etranger, d'une origine mysterieuse, ferait 
vihrer. Pour la pensec, cf. de Or. II, xliv, 
194: saepe audivi poetam bnnmn neiuinem, 
id quod a Demoi rito et Hatone (dans le 
Phedre et dans V fon) in sciiptis esse re- 
lictum dicu r it, sine inflammatione animo- 
rum exsisteie posse et siue quodam adjlatu 
furoris. Voytz .mssi Tuscul l, xxvi, 64. 

Quare repiesente la demieie p.irt-e de 
la phrase prpeedente et presque uniquemeut 
les derniers mots, comme le prouve l'ex- 
plication ajoiitee par quod. Ou verra de 
meine 23: Qttare... quod... 

Sttu jure, en un sujet ou il lui appar- 
tenair. de prononcer. Et en effei a quel 
autie aurait-on reeonnu le meuie droit de 
parler de 1'inspiration et du caractere sacre 
des poetes? 

Sanetos. Horace, Epist. TI,iii,39l : sa- 
cer interpresque deorun. .. Orpheus. Mon- 
taigne, II, 1 2 : M<>n pere recliercha avec- 
ques graud soing et despense l'acc<>intance 
des liommes doctes, les rrcevant chez luy 
coinme personnes sainctt-s et ayant quel- 
que particuliere inspiration de sagesse di- 
viue, etc. 

Fideanlur, le subjonctif, parce que cette 
proposition contieut la pensee d'Ennius. 

19. P<>etse, genitif de dcfinition ; Mad- 
vig, 286. 

Violavit oppose a sanctuni. De meme 
31 Jin : vio'atus. 

Saxa.. bestiie. Cf. in Fcrr. V, lxvii, 
171 :si lae<- non ad cives Romanos, ..ve- 
rum ad bestia autetiam... si in aliqua 
desertissima solitudine ad saxa et ad s<-o- 
pulos haee conqueri vellem, tamen omnia 
tnuta... commoverentur. — II y a ici une 
allusion evidente aux mythes d'Orphee 



et d'Amphion. Cf. 21 la note sur aperuit 
Pontutn. — Les rheteurs citaient ce pas- 
sage comme un modele du sub ime genus 
dicendi ; ils en louaient a la fnis le rytlime 
et le ton inspire (Quintilicn, XI, m, 1»>7: 
jam cantici quiddam hahent), et ils s'ap- 
pliquaient a en justifier jusqu'aux moin- 
dres details, par exerople la plare relative 
de saxa et de bestise. Un m«'derne, tout 
en admirant cette pluase, serait plus re- 
serve. II trouverait dans 1'opposition de 
voci res\iondent et voce moveamur, quelque 
chose de factice et de cherche, et saisirait 
mal la raison par laqurlle Quintilien, IX, 
IV, 4 4 fin, justifie 1'ordre dans lequel 
se snivent les deux pmpositions : pou- 
vait-on opposer hrutalempnt : bestiai im- 
manes et nos i st.luti ie^ us optimis? — 
l'oci ... cantu : f.uit-il regarder ces mots 
comme gouvernant, en roeme temps que 
voce, le regiine poetaruml La construc- 
tion me semhle s'accoinmoder mieux de 
1'ellipse de poetsc apres les deux premiers 
mots. 

Instituti rebus ojitimis : ayant recu l'in- 
struction la plns liherale. Ces mots deve- 
loppent 1'idee tfhumanissinws. 

Homerum Co/op/wnii.. Phisieurs epi- 
gramraes grecques (voir 1'AnthoIogie de 
Planude, 295 s ) conservent le somenir de 
cette riv.dite des sept villes grecqnes ])our 
revendiquer 1'honmur d'avoir donne nais- 
sance au grand puete. De meme en Espa- 
gnc sept villes se disputent la gloire d'a- 
voir produit Cervantes. 

Suum. E. F. Eherhard et A. Weidner 
retranchent a tort suum devant le verhe vin- 
dicant dont le sens reste alors indetermine. 

Dicunt... vindicant... etc. Cette disjunc- 
tio } si hriilante de forme, nc doit pus pour 



PRO ARCHIA POETA. 47 

vindicant, Salaminii repetuut, Smyrnasi vero suum esse con- 
firmant, itaque etiam delubrum ejusin oppido dedicaverunt : 
permulti alii praeterea pugnant inler se atque contendunt. 

IX. Ergo illi alienum, quia poeta fuit, post morlem etiam 
expetunt : nos hunc vivum, r/ui et voluntate et legibus 
noster est, repudiamus, praesertim cum omne olim studium 
atque omne ingenium contulerit Arcbias ad populi Ykomani 
gloriam laudemque celebrandam! 

Nam et Gimbricas res adulescens attigit et ipsi illi C. Ma- 
rio, qui durior ad haec studia videbatur, jocundus fuit. 

Variantes : Smirnii. — et qui voluntate : corr. ed. Cratandrea 4 528. — populi. r. 



le fonds etre serree de trop pres, comrne 
le faisait Stuerenburg qui expliquait : Si- 
gni/icare voluit oralor hoc Colophonios 
jjarum adjutos documentis niliil aliud 
agere nisi dicere civem esse suum Ho- 
merum ; Chios aliqua veritatis specie illum 
ut suum vindicare; Salaminios tanquam 
debitum sibi illum repetere; unos Smyr- 
nseos confirmasse atque comprohasse 
esse Homerum civem suum : 1 erateur s'est 
certainement moins pieoccupe des droits 
respectifs de ces villes que de 1'harmonie 
et de la variete de sa periode. 

Vero: ici forte liaison :Zumpt, 348, rem. 

Ttique, non pas la particule conclusive, 
mais et ita : et pour cela. Cf. 22. itaque 
etiam in sepnlcro. — Miiller, Lalius , 
\).i 5» . determine ainsi le rapport de ces pro- 
positions • Homerum -vindicant, 4 er terme 
avec un chia-me ; Sdaminii-dedicaverunt, 
2 e terme conespondant au \ er et contt-nant 
aussi une opposition ; pt>rmulti-fin, 3 e ter- 
me oppose aux deux premiers. 

Delubrum. Voy. Strabon, XIV, i, 37. 

Ejus, meme sens que ei. Cf. in Verr. 
IV. xxviii, 64 : cum audissent simulacrum 
Jovis Optimi Maximi dedicatum. 

Permulti alii : Rhodes, Argos, Athenes, 
et encore Ithaque, Pylos, Cyme, etc. 

IX. Alienum rappelle par contraste 
les suum repetes de la plirase precedenfe. 
En fait Homere etait un etranger pour 
toutes ces villes, sauf pour une s ule. 

Voluntate. Ce point a ete prouve : § I 1/7». 

Et legibus ; cf. 22 : in hac legibus con- 
stitutum, et 25: si civis Romanus Archias 
legibus non esset. 

Repudiamus . La conjecture de Manuce 



repudiabimus est fort specieuse. Cf. tO : 
reicietur; <7: ergo ... negVgemus. Ce- 
pendant nous ne savons piesqun rien des 
circonstances du proces, et rien du plai- 
doyer adverse. Cieeron ne pouvait-il s'e- 
lever au dessus des ptedutions banales 
des avocats et admettre un mom^nt com- 
me possilVe, comme nresente l'liypothese 
im^robable de l'expulsion d'Aichias? La 
forme du futur va revenir si frequem- 
mentqu'il y avait tout avantage a ce qu'elle 
fut abandonnee en deux endroits (ici et 
22 : tiriamus), 

Olim ainsi construit ne peut etre jnint 
au verbe et tra.luit par depuis longtemps ; 
on ne cite de ce .s e n s qne des exemples ti- 
res des poetes. En expliquant par autre- 
fois, on ferait croiie que ces jioeraes sont 
anciens rt qne la verve d'Archias est epui- 
see. Peut-etre faut-il voir dans olim stu- 
dium une senle expressiou (tout le fruil de 
ses etu les passees), a laquelle repondrait 
ingenium (son talent act-ieli. L'adverbe 
jouerait ici le rdle d'un adjectif Cf. ici 
§ 2J ; p. 49 : regiis quondam opibus ; Te- 
rence, Andr. -175 : heri semper lenitas, et 
voir Naegelsbach, Lat. Stil. § 7 5, p. 209. 

Gloriam laudemque, redoubleinent d'ex- 
pression, qni revient 23 et 28. Le premier 
mot est de beaucoup le plus fort. 

Et Cimbricas res, po< me d'Archias deja 
indicpre. A ces mots correspondent plus 
loin : Mithridaticum vero beilum. 

Attigit, avec le sens de toucher a un 
sujet, s^y essnyer, cf. 28 : quas res... 
attigit, et opposez, 21 : totum ab hoc ex- 
pressum est. 

Durior. Cf. 1 7 : agresti ac duro, et voir 



48 



ORATIO 



[20] Neque enim quisquam est tam aversus a Musis, qui 
non mandari versibus aeternum suorum laborum facile 
piaeconium patiatur. Tbemisloclem, illum summum Atbenis 
virum, dixisse aiunt, cum ex eo quaereretur, quod acroama 
aut cujus vocem libentissine audiret : ejus a quo sua virtus 
optime praedicaretur. Itaque ille Marius item eximie 
L. Plotium dilexit, cujus ingenio putabat ea, quae gesserat, 
posse celebrari. [21] Mithridaticum vero bellum, magnum 
atque difficile et in multa varietate terra marique versatum, 
totum ab hoc expressum est : qui libri non modo L. Lu- 
cullum, fortissimum et clarissimum virum, verum etiam 
popull Romani nomen illustrant. Populus enim Romanus 
aperuit Lucullo imperante Pontum et regiis quondam opi- 

Variantes : quereret' — caelebrari. — eti - . p. r. ...Populus eni r. 



§5, la distinction qu'etablissait Ciceron 
entre Miirius et Catulus. 

20. Aversus a Musis, ap-ouco?. L'e- 
pithete grecque, ou l'expression par la- 
quelle on la traduisait, faisait partie de la 
langue courante, comme le prouve 1'anec- 
dote celebro citee par Au!u-Gelle : I, v, 3. 

Aitemum . . . prseconium : ita ut aeternum 
sit. Cf. 3 I : seternum testimonium laudis. 

Facile doit se joiudre a patiatur. Pour 
le sens ordinairede cette expression : pren- 
dre volontiers son parti cle... voir Manuce 
sur Efjist. V, vn, 2. — L'adverbe, a ete 
deplace pour mieux opposer les mots la- 
borum et facile, preeconium et patiatur. 

Acroama^ en grec : tout ce qu'o/i e/itend 
avec plaisir, concert ou recitation ; en latin 
le mot s'applique a des personnes, virtuo- 
ses, acteurs ou inauvais plaisants. Voyez 
Curnelius ]Nepos, Att., xiv, I. La merne 
anecdote est racontee par Valeie-Maxime, 
VIII, xiv, ext. i. Plutaiqup Mor. II, 
j). 786 E. attribue le mot a Xenophon. 

Aut cujus vocem : traductionj quoique 
un peu vague, du mot acroama : de la aut. 

L. Plotium, Ie premier rhelor Latinus. 

Gesserai. Halm ecrit gesserit. On peut 
conserver le texte du ms. en regardant la 
proposition relative comme l'equivalent de 
res a se gestas... Voir Zumpt, § 54G 
et ef. les expressions de Virgile, Ain. IX, 
266 : qucm dat Sidonia Dido, et VII, 
485 : Pyrrhus cui regia parent Armenta. 



21. Mithridaticum bellum : la deuxie- 
me guerre, qui dura de74 a 63. 

Varietate. Ciceron a Lucccius, Epist. 
V, XII, 4 : multam etiam casus nostri va- 
rietatem tibi in scrihendo snppeditabunt, 
plenam cujusdam voluptatis... nihil est 
enira aptius ad delectationem lectoris qnam 
temporum varietas fortunaeque vicissitu- 
dines. 

Totum : oppose/.H 9/in } attigit. Non pas 
toute la deuxieme guerre contre Mithri- 
date, mais toute la partie de cette gueire, 
conduite par Lucullus. Ciceron va rappe- 
ler, sans s'attacher a 1'ordre chronologique, 
les ]>rincipales victoires qui signalerent 
cette periode. La levee dusiegede Cyzique 
et le combat naval pies de Tenedos sont 
de 73 ; la conquete du Pont, de 72-70, et la 
disper.«ion des troupes de Tigrane, de 69. 

Populi romani nomen illustrant. Ces 
mots indiquent le sujet de ce §, et resu- 
mrnt tout le developpement qui suit (21- 
23). La repetition des mots populus Ro- 
manus et noster marque les divisions de 
la periode. 

Lucullo. Comme on a plus haut, L. Lu- 
cullum, et plus bas : L. Luculln dimicante, 
Baiter voudrait ajouter ici le prenom : L. 
Mais ne peut-on admettre que la forme 
du nom ait legerement varie? 

Aperuit Pontum, vive expression justi- 
fiee par Thistoire; plusieuis villes fortes, 
Sinope, Amisus [de imp. Pomp. vm, 21 : 



PRO ARCHIA POETA. 49 

bus et ipsa naturae f regione vallatum : populi Romani 
exercitus eodem duce non maxima manu innumerabilis Ar- 
meniorum copias fudit : populi Romani laus est urbem 
amicissimam C/zicenorum ejusdem consilio ex omni impetu 
regio atque e totius belli ore ac faucibus ereptam esse atque 
servatam. Nostra semper feretur et praedicabitur L. Lucullo 
dimicante cum interfectis ducibus depressa bostium classis, 
et incredibilis apud Tenedum pugna illa navalis : nostra 
sunt tropaea, nostra monumenta, nostri triumpbi. Quse quo- 
rum ingemV.y e/Teruntur, ab iis populi Romani fama celebra- 
tur. [22] Carus fuit Africano superiori noster Ennius; itaque 
etiam in sepulcbro Scipionum putatur is esse constitutus ex 

Variantes : cizicenorum... atque totius : corr. Halm. — monumenta. Opposer pour Vor- 

vel quia 
thographe le meme mot au §27. — triupbi quae quorum ingen' hsec ferunt' ; corr. 
Wunder;.. ab his. — constitut' et raarraoratis laudib;. 



quibus in oppidis erant domicilia regis, 
omnibus rebus ornatas atque refertas), 
Themiscyra, Eupatorie,HeracIee etd'autres 
opposerent a Lucullus une resistance opi- 
niatre. Voir Mommsen, H. R. V, ch. 2, 
trad. Alex. t. vi, p. \ 97. Cf. de imp. Pomp. 
viii, 21 : patejactum nostris legionibus 
esse Pontum, qui antea populo Romano 
ex omni aditu clausus fuisset. — Mais il 
faut voir aussi dans ces mots une allusion 
aux fables et aux legendes de TOrient, par 
exemple a l'histoire de Medee et de la 
Toison d'or [regiis opibus). 

Regiis quondam opibus, tresors amasses 
de longue date. 

Naturae \ regione. Mommsen, Halm } 
Klotz et Kayser lisent : natura et regione ; 
Baiter : natura regionis. La meilleure con- 
jecture me parait etre celle de Benecke : 
natura egregie. Elle se justifie tres l)ien 
paleographiquement [naturaeregie, puis 
regie); elle est appuyee par un passage de 
Cesar, B. G. II, 29; enfin 1'alliteration 
qu'elle forme avec les mots et regiis est tout 
a fait conforme aux habitudes de style de 
1'auteur — Opibus... vallatum : zeugma. 
JVon maxima : \ 000 legionnaires. 
Innumerabiles : 200 000 soldats. Plu- 
tarque (27) cite ce mot de Tigrane a la 
vne de l'armee de Lucullus: st [/.ev (o? 
^peaSeuxa^, toAXoi TOxpeiaiv, ee 8e wq 
crTpaTiwTai, oXtyot. 

PRO ARCHIA. 



Belli ore ac jaucibus : expression poeti- 
que, peut-etre souvenir de l'Iliade, X, 8: 
TOcoXepioto {jieya aTofxa rceuxeSavoto. 

Nostra semper feretur. On comprend 
bien que le mot nostra ait ete detache, 
pour varier 1'expression populi Romani et 
pour correspondre aux nostra... nostri qui 
vont suivre. La construction grammaticale 
est moins facile. Beaucoup d'editeurs hesi- 
tent a expliquer : nostra... prsedicabilur 
depressa hostium classis, ces derniers mots 
equivalant a : victoria qua depressa est 
hostium classis ; et adoptent la correction 
de Garatoni : nostra semper feretur^ ...cum 
(conjonction) interfectis ducibus depressa 
classis est, incredibilis pugna. Mais on a 
ainsi une construction genee, a laquelle je 
prefere certainement 1'explication prece- 
dente. 

Cum interfectis ducibus, c'est-a-dire vic- 
toria qua simul interfecti sunt duces et 
depressa hostium classis. 

22. Itaque; voir 4 9, itaque etiam delu- 
brum. 

In sepulchro. Ovide, A. A. III, 409 : 
Ennius emeruit Calabris in montibus ortus 
Contiguus poni, Scipio magne, tibi. Tite- 
Live : XXXVIII, lvi, 4 : Roma? extra por- 
tam Capenam in Scipionum nonumento tres 
statuse suntj quarum dua? P t et L. Scipio- 
num ducuntur esse, tertia poetse Q. Ennii. 
Cf. S. Jerome, Chron. Eus.: Ennius... 

4 



50 ORATIO 

marmore, At iis laudibus certe non solum ipse qui laudatur, 
sed etiam ^opuli Kornani nomen ornatur. Tn caelum hujus 
proavus Cato tollitur : magnus honos populi Romani rebus 
adjungitur. Omnes denique illi Maximi, Marcelli, Fulvii, 
non sine communi omnium nostrum laude decorantur. 

X. Ergo illum, qui haec fecerat, Rudinum hominenx, ma- 
jores nostri in civitatem receperunt : nos hunc Heracliensem 
multis civitatibus expetituin, in hac autem legibus constitu- 
tum, de nostra civitate eiciamus ! 

Variantes : etia p. r. — rude tum. 



periit sepultus in Scipionis rnonumento via 
Appia intra primum ab urbe miliarium. 
— Quand ou a decouvert le tornbeau des 
Scipions on a cherche inutilement quelle 
statue pouvait etre celle d'Ennius. Putatur 
prouve que les anciens eux-memes n'etaient 
pas bien surs du fait. 

At iis laudibus. Telle est la correction 
la plus simple. Un copiste qui avait sous 
les yeux, suivant l'orthographe habituelle 
de l'original : marmore at his, aura reun* 
ces mots en marmorathis, puis marmoratis. 
A 1'amitie particuliere de Scipion et d'En- 
nius (carus fuit y etc), Ciceron oppose 
(at) la gloire qui des ceuvres du poete a 
passe a tout le nom romain. Cf. 4 6 fin : 
Ceterae... at haec studia. Joignez at certe 
qui se separent comme at tamen : pro 
Marc. viii, 25 : satis, si placet, gloriae, at, 
quod est maximum, patriae certe parum. 
— Baiter, Madvig et Klotz lisent at iis, 
Kayser at eis. La correction de Halm et 
de Mommsen, cujus laudibus, ne me pa- 
rait ni claire ni naturelle. Peut-etre la lecon 
Atque ejus (atq: eV), fournirait-elle une 
transition plus claire. 

Ipse qui, comme is ipse qui, mais avec 
un sens plus indetermine: celui-la quel qiCil 
soit qui... De meme 23 : ipsis populis de 
quorum... Au contraire, 4 8 : eis ipsis 
qui ; 26 fin : in eo ipso in quo. 

Hujus, Caton d'Utique. Voir 6, la note 
sur Catonem. 

Proavus. Justinien Inst. III, vi, 1-3 : 
de gradibus cognationis : primo gradu 
est ...pater; secundo... avus...; tertio 
proavus. 

In cselum tollitur^ a savoir dans les vers 
d'Ennius. L'opposition sUpplee en latin a 
la conjonction qui chez nous serait force- 



ment exprimee : cum in caelum... tollitur, 
magnus ... 

Maxirni, Marcelli.,. Pour ces pluriels 
de noms propres voyez pro Balbo, xvn, 
40; in Perr., V ; vi, 14, et les exemples 
que cite Gossrau, Lat. Spr. 362, 5. — 
Maximi, le Cunctator. Marcelli, lc vain- 
queur d'Annibal a Noles et d'Archimede a 
Syracuse. Fulvii, ou Q. Fulvius Flaccus, 
qui pendant la deuxieme guerre punique 
fut quatre fois consul et reprit Capoue, ou 
plus probablement le vainqueur des Eto- 
liens, M. Fulvius Nobilior, consul en 189, 
dont Ciceron parlera encore au § 27. 

Omnium nostrum. Madvig 297 a, rem. 

X. Hsec Jecerat, sans doute par allusion 
a 1'expression grecque : '6? xaUTa euoiY)<re 

(U01Y)TY|C). 

Rudinum. On connait le vers celebre : 
nos sumus Romani qui fuimus ante Rudini. 

Hominem, addition nccessaire en latin. 
Voyez Madvig, § 301 a, fin et 300, rem. 
4 et Naegelsbach § 79, i . Cf.ici, §§ 9, Me- 
tellus horno sanctissimus ; 4 6, divinum ho- 
minern Africanum ; 20, Themistoclem il- 
lum summum Athenis virum; 27, Deci- 
mus Brutus, summus vir et imperator . On 
ne peut omettre le substantif qne dans les 
appositions, comme 8 : familiarissimum 
suum, et 27, Accii ; amicissimi sui. A 
1'adjectif neutre pris substantivement on 
ajoute corpus : Horace, Od. I } xxxvi, 3. 

Civitatem. Fulvius lui donna le droit de 
cite en 4 84. 

De civitate eiciamus. Hand, Turs., II, 
p. \ 88, soutient a tort qu'avec cette ex- 
pression Ciceron emploie toujours de : 
voyez le lexique de Merguet. — Eiciamus. 
Je conserve le texte du ms. pour les raisons 
qui m'ont fait ecrire, ix, 4 9, repudiamus. 



PRO ARCHIA POETA. 51 

[23] Nam si quis minorem gloriae fructum putat ex Graecis 
versibus percipi quam ex Latinis, vehementer errat, prop- 
terea quod Graeca leguntur in omnibus fere gentibus, Latina 
suis finibus, exiguis sane, continentur. Quare si res eae quas 
gessimus orbis terrae regionibus definiuntur, cupere debe- 
mus, quo manuum nostrarum tela pervenermt, eodem glo- 
riam famamque penetrare, quod cum ipsis populis de quo- 
rum rebus scribitur haec ampla sunt, tum fis certe qui de 
vita glorise causa dimicant, lioc maximum et periculorum 
incitamentum est et laborum. [24] Quam multos scriptores 
rerum suarum magnus ille Alexander secum habuisse dici- 
tur! Atque is tamen, cum in Sigeo ad Achillis tumulum 
atlstitisset : O fortunate, inquit, adulescens, qui tuae vir- 
tutis Homerum praeconem invener/j* / Et vere : nam nisi 

Variantes : grecis... greca. — fert gentib; — quomin' manuu... — i re maitt per- 
venerit; 2 e pervenerint... eaude. — his certe. — inveneras. 



23. Nam amene ici une occupatio comme 
ailleurs une prseteritio. 

Errat qucd Grseca... Latina, Aveu pre- 
cieux a recueillir, quoique Ciceron exagere 
tres probablement dans 1'interet de son 
client cet avantage de la langue grecque 
sur la langue latine. II va dire lui-meme 
qu'on faisait des vers latins jusqu'a Cor- 
doue : 26, etiam Cordubse nati poetae. 

Quare si res... de quorum rebus. Ce 
rapprochement ne choquait pas les an- 
ciens. Cesar, B. G., I, xxxm, 2 : multae 
res eum hortabantur quare sibi eam rem... 
Orbis lerrse regionibus : «'ont d'autres 
bornes que... Cf. § 4 7, fin, la note sur 
Corporis motu. — Cette hyperbole etait 
deja en partie justifiee par les victoires de 
Pompee en Asie ; elle allait l'etre eacore 
davantage par celles de Cesar en Gaule, 
en Germanie et en Bretagne. Auguste 
est 1'heritier de 1'orgueil et des gloires 
de Rome, quand il dit en tete du mo- 
nument d'Ancyre : Arma terra marique 
[romana sigjnaque toto orbe terrarum 
[circumtuli]. 

Populis : ])luriel oratoire, quelque pen 
etrange puisqu'il ne s'agit que de la gloire 
de Rome, gessimus... nostrarum; entendez 
peut-etre : les Romains et leurs allies. 
Ampla... glorieuses. 



De vita dimicant } %ep\ <\>\)'/y\c, aywvi- 
(^ovxat ; cf. 29 ; nec toties de ipsa vita dimi- 
caret. 

Periculorum... et laborum, genitif ob- 
jectif pour ad pericula et laboras susci- 
pienda. 

Incitamentum n'est nulle part ailleurs 
dans Ciceron; mais il sera employe par 
Seneque, par Pline, et souvent par Tacite. 

24. Scriptores, Aristobule et Ptolemee, 
les sources principales d'Arrien, puis Calli- 
sthene, Nearque, Onesicrite, etc. Le poete 
Cbcerilus (Horace Epist. II, i, 232) accom- 
pagnaitaussiAlexandredanssesexpeditions. 

Atque... tamen. Hand, Turs ., I, p.488. 

In Sigeo. Strabon, XIII, i, 32. Ciceron 
aime a citer ce mot d'Alexandre devant le 
tombeau d'Achille : voir Epist. V, xn, 7 fin. 

Prseconem; cf. § 2i : aeternum suorum 
laborum prseconium. Plutarque Alex., ib : 
u-axapcaas auxbv, oxt xa\ C&v qptAou 
•jucttoO xa\ TsXeuTr,aa? [j.£yaXou x^puxo<; 
eTU-/ev- 

Inveneris } le subjonctif, parce que cette 
proposition relative contient la raison de 
1'exclamation : fortunate, etc., qui equiva- 
lant a cum tu, attendu que. Epist. VII, 
xxx, 2 : fuit [Caninius) mirifica vigilan- 
tia, qui suo toto consulatu somnum non 
viderit. 



&2 OHAIIO 

llias illa extitisset, idem tumulus, qui corpus ejus contexe- 
rat, nomen eliam obruisset. Quid? 1108161' hic Magnus, qui 
cum virtute fortunam adaequavit, nonne Theoplianem Mity- 
lenaeum, scriptorem rerum suarum, in contione militum 
civitale donavit, el nostri illi fortes viri, sed rustici ac mi- 
liles, dulcedine quadam glorire commoli, quasi participes 
ejusdem laudis, magno illud clamore approhaverunt? [25] Ita- 
(jue credo, si civis Romanus Archias legibus non esset, ut 
ab aliquo imperatore civitate donaretur, perficere non po- 
luit! Sulla, cum Hispanos et Gallos donaret, credo, hunc 
petentem repudiassel ! Quem nos in contione videZwmus, 



Variantes 



arsilla : corr. Navagen 



mitileneu. 



videmus. 



Nomen ctiam obruisset. Rueine, Phe- 
dre : IT, \ : II defend de donner des 
nevetix a ses freres.... 11 veut tivec leur 
sivur enseveUr leur nom. — Pour la pen- 
see, cf. Horace, Odes, IV, vm, 21. 

Qttid sert a ainener uu nouvel exernple. 
l)e meme 2(> : Quid? a Metello Pio? 

Ni.ster iiic Magnus, flatterie a 1'adresse 
de rompce qui aimait a s'entendre com- 
parer avcc Alexandre. — Ce surnom que 
Svllu avait donne a Poinpee quand il n'u- 
vuit encore que 24 ans, etuit des ce 
moment passe dans Tusage, comme le 
prouvent les monnaies du temps et ce pus- 
suge du de lege Agr. II, xx , 53 : is vHe- 
licet... litterus ud Cn. Pompeium mittet... 
P. Servilius Rullus... Cn. Pcnpeio. Non 
credo adscripturum esse Magno ; non eniin 
videtur id quod imminuere lege conutur, 
concessurus verbo. — Nous suvons pur 
l.i eorrespondunce, Epist. V, vn, qu'il y 
uvait eu 1'annee precedente un refroidisse- 
incnt sensible dans les rupports de Ciceroii 
et dc Pompee. Muis au moment ou revenuit 
le vainqueur d'Asie, couvert de gloire et 
plus puissant que jamais, Ciceron lui de- 
vait tout uu moins oil compliment. 

Cumvirtute.Sur le bonheur de Pompee 
cf. de imp. Pomp. xvi, 47, et pro Balbo 
iv, 9. — Cum. Cf. 29 fin : cum omni pos- 
teritute udaBquandum. 

Theophanem Mitylemeutn^ souvent nom- 
me dans les lettres de Ciceron. Confident 
de Pompee et tout-puissant sur Pesprit de 
son muitre, il contribua a fuire ecluter la 
guerre ci\ ile. Ses compatriotes, en vruis 



Grecs d'Asie, lui decernerent upres su mort 
des Iionneurs divins. 

In contione militutn. Valere-Maxime 
ajoute, VIII, xiv ; 3 : beneGcium accuratu 
etium et testata oratione prosecutus. 

Civilate donavit. Ce pouvoir, qui appar- 
tenait en propre au peuple, fut cependant 
eommunique par des lois speciales a quel- 
ques generaux, uotamment a Marius et a 
Pompee [pro fialbo, xx-xxn). Onvoitiei, 
x, 26, que Metellus avait pu 1'exercer di- 
rcctement ou indirectement. D'autres, 
comme Sylla, Cesar et Antoine, le prirent 
pendant les guerres civiles, de leur propre 
autorite. Voyez Mommsen, Staatsrecht II, 
ii, p. 855, note 2, et Madvig, Ferf. utul 
Ferw. , I 5 p. 53-4, 

Rustici ac milites : qui ne pouvaient 
cfpendant bien connaitre la valeur des 
oeuvies poeliques, tant par suitc de leur ori- 
gine (rustici) qu'a cause de leur genre de 
vie (milites). 

25. ltaquc. L'ironie ne commence qu'a- 
pres cette conjonction qui resume le seus 
serieux dcs plirases qui precedent. 

Potuit equiv.uit a yotuisset. forme evitee 
a dessein ici avant tejjudiasset, expetisset, 
impetravisset. 

Hispanos et GaHos. Voyez pro Balbo, 
xvii, 50. II s'agit <l'Ariston de Marseille et 
de neuf babitunts dc Gades. 

Jidebainus. Les editeurs lisent vidimus. 
Je prefere videbatnus, qui paleograpliique- 
nicnt se suppose sans diffieulte, et oii s'a- 
joute cette nuancc, que cc n'est ici qu'un 
trait parmi bcaucoup d'autres. 



PRO ARCHIA POETA. 



53 



cum ei libelhun malus poeta de populo subjecisset, quod 
epigramma in eum fecisset, tantummodo alternis versibus 
longiusculis, statiin ex ns rebus, cjuas tum vendebat, jubere 
ei praemium tribui, sed ea conditione ne quid postea scribe- 
ret. Quisedulitalem mali poetae duxerit aliquo tamen praemio 
dtgnam, /mjus ingenium et virtutem in scribendo et copiam 
non expelisset? [26] Quid ? a Q. Metello Pio, familiarissimo 
suo, qui civitale multos donavil, neque per se neque per 



VARIANTES : ex his... 



suh e; 



deduxerit... — cu' ingeniu. 



Libellum, chez nous un placet : Bellum 
Alex., i.ii, 2 : cum (Longinus) in basili- 
cam iret, quidain Minucius libelhim, quasi 
aliquid ab eo postularet, ut miles ei tra- 
didit. 

Malus donne le sens general que pre- 
cise et sur lequel encherit ensuite de po- 
pulo. 

Depopulo, c'est-a-dire unus multorum,zlq 
Ttov uoAAwv. Cf. Brutus, xcm, 320. 

Subjecisset, Ce mot n'equivaut pas sim- 
plement a porrexisset, mais fait penser a 
1'humhle posture du poete qui soumet sa 
supplique au dictateur. Richter 1'explique 
suhtilement par une allusion a la place 
qu'occupait Sylla lorsqu'il presidait a la 
vente : ItcI (3^fj.aTOS y.a8s£ou.£vo; : le poete 
lui lendait d'en has ses feuilles. Mais ce 
detail emprunte a Plutarque [Sul. 33) nVst 
ici indique par rien. 

Epigramma in eum, petite piece lauda- 
tive adressee a Sylla. — Tantummodo 
tomhe sur tout le memhre de phrase : le 
poete a fait une epigramme et rien de plus : 
qu'cst-ce que cela a cote des longs poemes 
composes par Archias (voir \ 9 et s.) en 
l'honneyr de Marius et de Lucullus ? 

Fecisset, le suhjonclif, parce que la pro- 
position quod... fecissel sert a exprimer 
une pensee etrangere et a Ciceron et a 
Sylla : ce sont les mots du poete presen- 
tant sa requete; en style direct : epigram- 
ma in te feci. Si les mots qund... lon- 
giusculis exprimaient la pensee de Sylla, 
il faudrait in se au lieu de in eum. — 
Suivant C. F. W. Mueller, Ciceronis ora- 
tiones , 1880, 1, p. i.viii, le suhjonctif 
fecisset serait simplement amene par sub- 
jecisset. Voir les cxemples qu'il a ras- 
semhles. 



Alternis versibus iongiusculis } des dis- 
tiques; laperiphrase est moins j>edantesque 
que ne le serait le nom technique. 

Fendebat, suppleez per prseconem : a 
savoir les hiens des proscrits : in Verr. 
III, xxxv, 81 : tantum animi hahuit (L. 
Sulla) ad audaciam ut dicere in contione 
non duhitaret, hona civium Romanorum 
cum venderet , se prsedam suam ven- 
dere. 

Sed, donne comme lemrne par les Scho- 
lia Bobiensia, est necessaire parce que Ci- 
ceron emploie toujonrs ea condilione sans 
preposition. 

Sedulitatem, un zele indiscret. Horace 
Epist. II, 1, 260 : sedulitiis stulte quem di- 
ligit urget. 

Qui ... duxerit : etant homme a... Cf. 
Cesar, B. G. VII, 1, 3 : qui.. dolerent, et 
les renvois de Kraner. 

Hujus. La lecon du ms. cujus (Stue- 
renhurg et Benecke) aurait 1'avantage de 
varier les interrogations de ce developpe- 
ment. Mais apres cette tournure generale, 
comment comprendre ensuite familiaris- 
simo suo ..per se ..impetravisset ? 

26. Metello. On raconte de lui que 
pendant son proconsulat eu Espagne (79- 
71), alors qu'il comhattait Sertorius, non 
seulement il se plaisait aux poesies peu 
harmonieuses de poetes d'occasion, mais 
qu'il se faisait honorer comrae un dieu par 
des lihations et des sacritices, et se laissait 
cour.mner de lauriers d'or par des Gloires 
qui descendaient du ciel au railieu des 
eclats de tonnerre. 

Multos : le pro Balbo, xxn, 50, cite 
parmi eux Q. Fahius de Sagonte. 

Per se est explique par familiarissimo 
suo. 



^^ 




34 



OKATIO 



Lucullos impetravissel? qui praesertiin usque eo de suis rebus 
scribi cuperet, ut etiam Cordubae natis poetis, pingue quid- 
dam sonantibus atque peregrinum, tamen aures suasdederet. 
XI. Neque enim est hoc dissimulandum, quod obscurari 
non potest, sed prae nobis ferendum : traAimur omnesstudio 
laudis, et optimw^ quisque maxime gloria ducitur. Ipsi illi 
philosophi etiam illis libellis, quos de contempnenda gloria 
scribunt, nomen suum inscribunt; in eo ipso, in quo praedi- 
cationem nobilitatemque despiciunt, praedicari de se ac no- 

Variantes : traimur... — optimiss quisq;. 



Per Lucullos. Caecilia, mere des deux 
Lucullus, etait sceur de Q. Metellus Numi- 
dicus, par consequent tante de Metellus 
Pius. 

Qui prsesertim .. cuperet. Cieeron em- 
ploie indifferemment prsesertim qui ou qui 
prsesertim. 

Usque eo .. cuperet : comme usque eo 
cupiendo processit ut, 

Cordubse. On se moquait des auteurs 
nes en Espagne, des poetes de Cordoue 
comme des f^accsei oratores (pro Plancio, 
xxxiv, 84), et en general des lecteurs 
Iberiens (Horace, Odes, II, xx, -19, et 
Epist. I, xx, 4 3). Cest 1'Espagne cepen- 
dant qui va produire quelques annees plus 
tard les Seneque, Lucain et Quintilien. 

Pingue.. sonantibus. Ciceron confond a 
dessein avec les defauts des vers cux-rae- 
mes Ja prononciation lourde et trainante 
de ce pays. Nous disons de meme le ton 
de tel ouvrage. — Pour le neutre avec so- 
nare, cf. de Or., III, xii, 44 : nihil sonare 
aut olere peregrinum. 

Dederet. Je conserve cette lecon avec 
Baiter, Madvig et Kayser. L'imparfait in- 
dique mieux un fait qui s'est repete. 
Dederit conviendrait pour un fait histo- 
rique particulier (Madvig, 382, rem. 4). 
Avec des poetes comme ceux-la, dedere 
semble aussi devoir etre prefere; cf. Plaute 
Mil. glor. 954, et en parlant d'importuns : 
ad Att. II, xiv, 2 : vides quibus homini- 
bus aures sint dedilse meae ; Ibid., I, V, 
4, cum aures meas Acutilio dedissem. 

XI. Trahimur... ducitur.De ces verbes 
souvent reunis (par ex. : de Off. I, vi, 
\ 8) le premier semble mieux convenir a 
1'impulsion d'un sentiment interieur au- 



quel on obeit (studio); le second a 1'idee 
d'un but vers lequel on marche (gloria). 

Optimus quisque maxirne. Cest avec 
toute son etendue la correlation indiquee 
en francais par plus repete : plus on a de 
vertu, plus on cede a 1'amour de la gloire 
(Madvig, 495). 

Ipsi illi, ceux qui font etat de mepriser 
la gloire. Cf. Tuscul. I, xv, 34: quid 
nostri philosophi ? nonne in iis ipsis libris 
quos scribunt de contemnenda gloria, sua 
nomina inscribunt ? et Pascal dans ses Pen- 
sees, poussant plus loin 1'analyse du meme 
sentiment : Les discours d'humilite sont 
matiere d'orgueil aux gens glorieux (art. 
vi, M). Et les philosophes meme veulent 
des admirateurs, et ceux qui ecrivent con- 
tre, veulent avoir la gloire d'avoir bien 
ecrit, et ceux qui le lisent veulent avoir la 
gloire de l'avoir lu; et moi, qui ecris ceci, 
ai peut-etre cette envie; et peut-etre que 
ceux qui leliront... (art. n, 3). 

Illis. Je conserve avec Klotz le texte du 
ms. en prenant illis pour un datif. Madvig, 
Oper., Acad. I, 45 et Or. Sel. t867, s'ap- 
puyant sur le passage des Tuscula^es qui 
vient d'etre indique, sur la citation d'ail- 
leurs peu exacte d'Ammien Marcellin, 
XXII, 7, enfin sur 1'habitude de Ciceron 
de repeter la preposition avec le regime 
des verbes composes, ecrit in iis : Kayser 
et Richter in eis ,• Baiter et Halm in illis. 
In eo ipso } asyndete explicative. 
Prsedicari de. Cf. ad Att. II, i, 6 et 
Phil. XI, xiii, 33. 

Prsedicari ac nominari. Comme le pre- 
mier mot repete prsedicationem , nominari 
qui traduit exactement nomen suum inscri- 
bunt, doit rappeler nobilitatem dont il se 



PRO ARCHIA POETA. 



55 



minari volunt. [27] Decimus quidem Brutus, summus vir et 
imperator, Acci amicissimi sui carminibus templorum ac 
monimentorum aditus exornavit suorum. Jam vero ille, qui 
cum /Etolis Ennio comite bellavit, Fulvius non dubitavit 
Martis manubias Musis consecrare. Quare in qua urbe 
imperatores prope armati poetarum nomen et Musarum 
delubra coluerunt, in ea non debent togati judices a Mu- 
sarum honore et a poetarum salute abhorrere. 

[28] Atque ut id libentius faciatis, jam me vobis, Judices, 
indicabo et de meo quodam amore gloriae nimis acri for- 
tasse, verumtamen honesto vobis confitebor. Nam quas res 

Variantes : monimentorum.O/>/?. Vorthographe du mot, § 24 — etolis. — locati judices... 



rapproche par 1'etymolo^ie. Pour ce sens 
fort de nominare, cf. Lselius, vi ? 22 : vera 
et perfecta (ainicitia) qualis eorum qui 
pauci nominantur , fuit. — Ce verbe n'est 
pas moins d'un emploi assez etrange ici, 
puisqu'on ne peut l'expliquer qu'avec un 
sens impersonnel, ou par un zeugma vio- 
lent en suppleant se. Ammien Marcellin ; 
qui citait le passage probablement de me- 
moire, ajoutese. Faudrait-il retrancher ac 
nominari? Lambin supprime de. 

27. Decimus (Junius) Brutus (Callse- 
cus) imperator , consul en \ 38 ; vainqueur 
en Espagne des Callseci. Voyez Velleius 
Paterculus, II, v, \ . Cetait un orateur 
passable (dicere non inculte solebat) et un 
lettre (cum litteris Latinis , tum etiam 
Grseeis eruditus : Brutus, xxviii, 107). 
Schol. Bob. : Ejus etiam nomini dicatus 
Accii poetae tragici exstat liber^ cujus plu- 
rimos versus, quos Saturnios appellave- 
runt (?) , vestibulo tempH Martis superscrip- 
sit Brutus. — II y a quelque obscurite 
dans la suite. Ciceron veut dire que pour 
s^llustrer, Brutus et Fulvius n'ont trouve 
rien de mieux que d'honorer les muses et 
d'associer des poetes a leur gloire. 

Templorum. Cf. Valere-Maxime, VIII, 
xiv, 2 : Pline, H. N. XXXVI, iv, 4 4, 
Lem., indique dans l'un de ces temples, 
pres du cirque Flaminius, une statue co- 
lossale de Mars. 

Ac monimentorum } et en general des 
monuments qu'il a construits: passage de 
l'espece au genre. 



Ennio comite. Tusc. I, n, 3 : (Cato) 
objecit ut probrum M. Nobiliori quod is 
in provinciam poetas duxisset. Duxerat au- 
tem consui ille in iEtoliam, ut scimus, En- 
nium. 

Fulvius ; voir 22, la note sur Fulvii. 
Ennius assista a la prise d'Ambracie (189) 
et fit du brillant succes de Fulvius le sujet 
d'une prsetextata. 

Musis. Pour 1'ornement de ce temple 
(sedes Herculis et Musarum in circo Fla- 
minio) } Fulvius avait employe les statues 
et les tableaux qu'il avait enleves d'Am- 
bracie, entre autres le tableau des Muses 
de Zeuxis.Pline, H. N. XXXV, xxxvi, 6, 
Lem. 

Poetarum nomen et Musarum delubra 
... Musarum honore et poetarum salute : 
chiasme. Les derniers mots rappellent en 
m£me temps le but particulier du discours 
et le proces d'Archias. 

28. Id jaciatis^ c'est-a-dire poetas co- 
latis. Sur cet emploi de facio pour rem- 
placer un verbe ou toute une partie d'une 
proposition qui precede, voir Ramshorn, 
Lat. Gr. § 203 fin. 

Me vobis indicabo. Cf. l'expression se 
probare alicui. 

De amore .. confitebor. Cf. 26: prsedi- 
cari de se. 

Quodam attenue ce qu'il peut y avoir 
d'excessif dans meo amore glorise, ex- 
pression plus forte que les tournures habi~ 
tuelles : studium laudis etc. Cf. §2: quasi 
coguatione quadam. 



56 ORATIO 

nos in conswltftu nostro vobiscum simul pro salute hujus 
aeque "j~ imperii et pro vitaeivium proque universa re publica 
gessimus, attigit hic versibus atque inchoavit; quibus audi- 
tis, quod mihi magna res et jocunda visa est, hunc ad per- 
ficiendum adornavi. Nuilam enim virtus aliam mercedem 
laborum periculorumque desiderat prseter hanc laudis et 
gloriae. Qua quidem detracta, Judices, quid est quod in hoc 
tam exiguo vitae curriculo et tam brevi tantis nos in laboribus 
exerceamus? [29] Certe, si nihil animus praesentiret in poste- 

Variantes : consolutu nostro... — huius aeq; imperii. — adortavi. — detracta unu. 



Vobiscum simul corrige ce qu'il y aurait 
sans cela d'arrogant dans nos ... nostro.. 
gessimus. De meme § 31 : his.. nostris 
vestrisque domesticis periculis. Cf. Phil. 
II, v, \ \ : objecit mihi consulatum 
meum : qui consulatus verbo meus, patres 
conscripti, re vester fuit. 

Hujus seque. \ Les lectiones Pithceanx 
ont le meme texte que le Gemblacensis ; 
X Erjurtensis a : hujus atque imperii. Hu- 
jus me parait une correction (cf. uruis) 
ou une glose de urbis qui s'emploie fort 
bien sans aucun pronom. Je supposerais : 
urbis seque et imperii ou plut6t seque at- 
que imperii. Cf. pro clomo xi, fin, 30. 
Halm, Richter et Klotz adoptent la correc- 
tion de Manuce : hujus urbis atque imperi ; 
Madvig, Baiter et Kayser lisent comme quel- 
ques rass. corriges: hujusce imperii. 

Inchoavit.. : le poeme n'etait donc pas 
termine et il ne le fut pas. Mais les mots : 
quibus auditis... hunc ad perficiendum 
adornavi, prouvent qu'il ne s'agit pas ici 
seulement , comme le croit Halm, du 
choix du sujet. 

Quibus peut sans doute rappeler versi- 
bus ; mais comme ce substantif se joint 
moins bien au dernier verbe, il vaut mieux 
donner au relatif comme antecedent toute 
la proposition : quae attigit versibus atque 
inchoavit, lis auditis... 

Res, non pas seulement le sujet, mais 
aussi l'ceuvre (jocunda) du poete. 

Adornavi : ainsi lisent tous les editeurs 
depuis Klotz, en comparant les variations 
des mss. de la Rhetorique a Herennius, 
IV, xv, 11 fn, sur le mot exornari. Seul 
Madvig ecrit avec VErfurtensis : adhorta- 
tus sum. — Stuerenburg 2 explique ador- 



navi par : je lui ai donne les moyens de 
traiter completement ce sujet ; et il com- 
parc ces mots de Ciceron a Lucceius : Epist. 
V, xn, 10 ; His de rebus quid acturus 
sis... rescribas mibi velim. Si enim suscipis 
causam, conficiam commentarios rerum 
omnium. Ajouter ad Att. IV, xi 2 : tu 
Lucceio nostrum librum dabis. 

ISullam enim. Voir la meme idee pres- 
que avec les memesmots: Phil.V, xiii, 35. 

Hanc ne represente pas seulement mer- 
cedem, mais garde aussi son sens demon- 
stratif : celle dontje viens de parler. Cette 
construction du genitif avec un pronom 
est assez rare (Madvig^ 280 rem. 2). On 
la trouve avec hic : Tusc. IV, ix, 20 ; avec 
ille : Div. in Csec, xi, 36 ; Brut., xxi, 83, 
et de Or. III, xlviii, -183. Le genitif lau- 
dis est un genitif de genre, comrae celui 
qui depend des pronoms indefinis. 

Tam exiguo... et tam brevi. La premiere 
epithete convient mieux au sens concret de 
curriculo- la seconde, au sens abstrait du 
meme mot. Kayser et Richter, apres Ga- 
ratoni, considerent tam brevi comme une 
glose de tam exiguo. Mais les gloses ne se 
trouvent guere apres des mots aussi 
simples. 

In laboribus exerceamus. Cf. Tusc. V, 
i, 3 : eos casus in quibus me fortuna vehe- 
menter exercuit. 

29. Certe si nihil. Ciceron generalise 
ici la pensee qu'il exprimait en son nom 
personnel, § \ 4 iti. 

Prsesentiret in posterum, redoublement 
comme £ \ , memoriam recordari. Voyez la 
meme expression dans un passage ou sont 
e xprimees les memes idees avec une forme 
tres analogue : pro Rab. perd. r. x, 29 fin. 



PRO ARCHIA POETA. 87 

rum ; et si quibus regionibus vitae spatium circumscriptum 
esty isdem omnes cogitationes termroaret suas, nec tantis 
se laboribus frangeret, neque tot curis vigiliisque angeretur, 
nec totiens de vita ipsa dimicaret. Nunc insidet quaedam 
in optimo quoque virtus quae noctes ac dies animum gloriae 
stimulis concitat atque admonet non cum vitae tempore 
esse dimittendam commemorationem nominis nostri , sed 
cum omni posteritate adaequandam. 

XII. [30J An vero tam parvi animi videamur esse omnes, 
qui in re publica atque in his vitae periculis laboribusque 
versamur, ut cum usque ad extremum spa/ium nullum tran- 
quillum atque otiosum spiritum duxerimus, nobiscum simul 
moritura omnia arbitremur? An statuas et imagines, non 
animorum simulacra, sed corporum, studiose multi summi 
homines reliquerunt, consiliorum relinquere ac virtutum 

Variantes : circu scriptu iste isde... terrninarit. — adequanda. — spaciu. Opp. 29. — 
siraulachra... 



Elle reviennent souvent dans les derniers 
ouvrages de Ciceron; ainsi : Cato, xxiii, 
82; Phil. XIV, xii, 32 fin. 

Nec... neque... nec. Ce changeroent daas 
les negations tient surtout a 1'intention de 
varier la tournure. Ceux qui admettent 
qu'il existe une difference entre les deux 
negations, (Hand, Turs. IV, \ 24-5 ; Con- 
tra : Draeger II ', p. 63, \) pourraient sou- 
tenir qu'elle est ici observee ; car certaine- 
ment des trois idees exprimees, la deuxieme 
tot curis — angeretur, est celle qui a le 
moins de force. 

De vila ipsa dimicaret, comme au § 23 : 
iis qui de vita gloriae causa dimicant. 

Nunc pour nunc vero, comme en grec 
vOv oi, par opposition a une hypothese 
qu'on ecarte. Ad Att. III, vil, \ fin : de 
Div. I, xxix, 60 : in Cat. I, vn, \1 et 
les exemples que cite Hand, IV, p. 340,4 3. 

Virtus, une noble confiance. 

Dimittendam. Pour avoir un terme qui 
reponde a adsequandam, Schiitz et Eber- 
hard lisent commetiendam ; Klotz, d'apres 
Lamhin, dimetiendam. — QA.deOff. I, vi, 
\ 2 : Crassum qui illas fortunas morte di- 
miserit. Dans la premiere partie de la pro- 
position, au lieu de dimittere vitam, Ci- 
ceron emploie la periphrase dimittere cum 



vitse tempore (c'est-a-dire brevissimo tem- 
pore) commemorationem nostri nominis; 
les derniers mots etant repris ensuite avec 
leur sens propre, 1'orateur resume toute 
la pensee par : cum posteritate adsequan- 
dam. — Pour cum, cf. 24 : cum virtute 
fortunam adsequavit. 

XII. 30. Parvi animi (jjuxp6d/\r/ot) 
correspond ordinairement a magnanimi ,- 
ici a virtus. Ceux qui possedent cette 
derniere qualite, esperent, attendent la 
gloire ; les autres peuvent seuls croire, 
consentir a la destruction complete de 
leur 6tre. 

Nobiscum omnia } c'est-a-dire animum 
et corpus et commemorationem nominis 
nostri. Cf. le passage celehre d'Horace, 
Od. III, xxx, 6 : non omnis moriar, mul- 
taque pars mei vitabit Lihitinam. 

An. II n'y a pas de relation entre An 
vero et An. Le premier s'opposant a la 
phrase precedente, amene une hypothese 
dont 1'absurdite est evidente; de la vero. 
Le deuxieme commence un mouvement 
oratoire par lequel on oppose denx propo- 
sitions, dont 1'une, tiree de la realite, est 
hors de doute, tandis que l'autre, si elle 
etait admise, impliquerait une contradic- 
tion et une ahsurdite de conduite. 



58 



ORATIO 



nostrarum effigiem non multo malle debemus, summis inge- 
niis expressam et politam ? Ego vero omnia, quae gerebam, 
jam tum in gerendo spargere me ac disseminare arbitrabar 
in orbis terrae memoriam sempiternam. Haec vero sive a meo 
sensu post mortem afutura est, sive, ut sapientissimi homi- 
nes putaverunt, ad aliquam mei partem pertinebit, nunc 
quidem certe cogitatione quadam speque delector. 

[31] Quare conservate, Judices, hominem pudore eo quem 
amicorum videtis comprobari cum dignitate, tum etiam 

Variantes : effigie . nne. — Haec vero ameo... — aliqua animi mei. 



Statuas... reliquerunt ; consiliorum re- 
linquere... effigiem non multo malle debe- 
mus, raisonnement a rninore ad majus. 
Stntuas : les statues des hommes celebres , 
telles qu'on les voyait dans les places pu- 
bliques : imagines, les images en cire des 
ancetres exposees daus Yatrium des mai- 
sons; puis en apposition a ces deux termes 
simulacra, qui a ici le sens du participe : 
simulantia non animos.. y sed corpora. Avec 
les mots abstraits consiliorum ac virtutum, 
1'expression devait changer : de la effigies* 
(effingentia) qui est, pour exprimer cette 
idee, le terme le plus general. 

Non multo. Je lis non avec Lambin et 
Madvig. Nonne du ms. a pu provenir tres 
facilement d'un tiret sur non [noTi) place 
par erreur, ou mal interprete. Dans le 
passage du de Nat. deor. II, vi, 4 7, 
qu'on cite pour defendre An... nonne, le 
cbangement de tournure s'explique a la 
suite d'une longue pbrase ou le mouve- 
ment initial pouvait etre oublie. 

Summis ingeniis, c'est-a-dire viris sum- 
mo ingenio prseditis. Cf. 34 : si qua... in 
tantis ingeniis commendatio debet esse ; 
Brutus , xl, 4 47 : tam ornatum virum 
tamque excellens ingenium fuisse in nostra 
republica; de fiep. II, i, 2 : neque cuncta 
ingenia... tantum posse providere ut... 
Horace, Epist. II, n, 84 : ingenium sibi 
quod vacuas desumpsit Athenas. 

Spargere ac disseminare. Le second 
terme, en precisant et en developpant la 
comparaison que suggere le premier, y 
ajoute quelque chose de plus vif et de 
poetique. Cf. les idees du § 4 4. 

Sive... afutura est, sive... pertinebit. 
M. Hoppe, Fragm. u. Sprache Ciceros, 



p. 4 3, remarque que cette construction de 
sive t d'abord avec un futur periphraslique, 
puis avec le futur simple, est assez rare. II 
n'en cite qu'un autre exemple : ad Att. XI, 
xvm, I . Le futur periphrastique indiquant 
une prevision qui peut ne pas s'accomplir, 
le futur simple , un fait qu'on regarde 
comme certain, on pressent par la diffe- 
rence meme de la tournure 1'opinion per- 
sonnelle de Ciceron. 

Sapientissimi homines } les philosophes 
qui croient a 1'immortalite de l'ame, sur- 
tout Pythagore, Socrate et Platon. 

Mei. Animi est retranche par tous les 
editeurs. Cf. le vers d'Horace cite p. 57. 

Quidem certe : \ 3 : illa quidem certe. 

3 4 . Quare resume ici tout le discours, 
comme quapropter, dans in Verr. V, l, 
4 34, toute une partie du discours. 

Pudore. Ce mot, comme le grec «rtoqjpo- 
<7UVY],comme nos mots caractere, honneur, 
suppose toute une reunion de qualites 
morales. Ciceron indique quelques-uns des 
signes auxquels on les reconnait. 

Pudore... ingenio... causa. Les deux pre- 
miers mots font allusion aux faits rappeles 
dans la narrationet aux§§4 8, 24, etc; le 
dernier resume 1'argumentation tout entiere. 

Amicorum cum dignitate tum vetustate: 
plus elegant et plus precis que ab amicis 
cum illustribus tum vetustis. 

Dignitate. A ce mot s'attache d'ordi- 
naire 1'idee d'un rang eleve. Metellus ecrit 
fierement a Ciceron en parlant de son 
ivkre,Epist. V, i, \ : quem si parum pudor 
ipsius defendebat, debebat velfamiliae nos- 
trse dignitas ... satis sublevare. Mais cette 
idee n'y est pas seule comprise et n'est 
meme pas la principale, sans quoi Ciceron 



PRO ARCHIA POETA. 



59 



ve^ustate, ingenio autem tanto quantum id convenit exis- 
timari quod summorum hominum ingen/M' expetitum esse 
videatis, causa vero ejus modi quae beneficio legis, aucto- 
ritate municipii, testimonio Luculli, tabulis Metelli com- 
probetur. Quae cum ita sint, petimus a vobis, Judices, si 
qua non modo humana, verum etiam divina in tantis inge- 
niis commendatio debet esse, ut eum, qui vos, qui vestros 
imperatores, qui nopuli Romani res gestas semper ornavit, 
qui etiam his recentibus nostris vestrisque domesticis peri- 
culis aeternum se testimonium laudis daturum esse profite- 
tur, estque ex eo numero qui semper apud omnes sancti 
sunt habiti itaque dicti, sic in vestram accipiatis fidem, ut 
humanitate vestra levatus potius quam acerbitate violatus 
esse videatur. [32] Quae de causa pro mea consuetudine bre- 
viter simpliciterque dixi, Judices, ea confido probata esse 
omnibus : quae f firme a me judicialique consuetudine et de 

Variantes : venustate... — quanto : corr, Manuce. — ingen', Cf. § 21 fin. — lucullo 
(o et i confondus). — ita sint a vobis. — qui p. res... — isque e : corr. Madvig. 



n'eut pas dit ; pro Mur, viii } 1 7 : superavi 
dignitate Catilinam. 

Vetustate : les vieilles et solides ami- 
ties. On y oppose novitates \ voir Lselius, 
xix, 68. 

Expetitum esse videatis equivaut a quod 
expetitum sit } ut videtis. Cette construc- 
tion curieuse ou, par une sorte d'attraction, 
le verbe principal prend le mode du verbe 
qu'il regissait, est surtout frequente avec 
quodj eonjonction, et les verbes dicere, 
negare, arbitrari. Voir les exemples que 
cite Zumpt, L. G. 551. 

Causa ejus modi quse pour cujus causa 
sit ejus modi ut ou ea quse... 

Beneficio legis. Voyez au § 8. 

Auctoritate municipii (Heracleae), testi- 
monio Luculli. Voyez au § 8. 

Tabulis Metelli. Voyez au § 9. 

Non modo humana, verum etiam divina. 
Voyez ie § 18 a la fin. 

Qui vos, qui... Voyez au § 49 et s. 

Nostris veslrisque. Cf. 28 : nos vobiscum 
simul. 

Eo numero pour numero eorum. Cf. 
1 6 : ex hoc hunc esse numero. 

Qui ... sunt } le pluriel apres numerus, 
comme apres tous Ies noms collectifs. 



Ita equivaut ici a tales. Ita peut repre- 
senter un adjectif ou 1'attribut de la pro- 
position precedente, surtout avec les verbes 
esse, dici y existimari : Cf. Brut , xv, 57 : 
eloquentem fuisse et ila esse habitum. 

Violatusra-piptWesancti. Cf. § i9:sanc- 
tum... quod nulla barbaria violavit. 

Humanitate vestra. Cf. pro Balbo, xxvn, 
62 : judices ... vestros quidemanimos confi- 
dimus non oratione nostra, sed humanitate 
vestra esse placatos. 

Videatur, zeugma; car avec le premier 
participe levatus, on attend^^ evadat, etc. 
Videatur adoucit ce qu'il y avait de hardi 
dans violatus (Zumpt, 751), et permet 
d'eviter une expression qui aurait paru de 
mauvais augure. 

32.Probata esse ..spero esse.. accepta. 
Une esperance assez bien fondee pour 
qu'on ne doute pas du succes, s'exprime 
non par le futur, mais par le passe de 
1'infinitif avec spero qui a dans ce cas le 
sens de croire. Ainsi Tite-Live, XXV, 
xxiii, 14. Voir Zumpt 605, rem. 3. 

Quse -j- firme a me j udicialique consue- 
tudine. Voici les lecons proposees, qui 
toutes s'ecartent beaucoup du texte : Mad- 
vig, apres Garatoni : quae a joro aliena 



r>o 



ORATIO IM\0 A.RCHIA POETA. 



hominis ingenio et communiter de ipso studio locutus 
sum, ea, Judices, a vobis spero esse in honam partem ac- 
cepta ; ab eo, qui judicium exercet, certo scio. 



Variantk : ipsios, — Pas de guseription. 



judicialique; Kayser: qnae autem remota 
a mea judicialique ; Klotz: qnae secus ac 
mea judicialiqtie. Pour la pensee voir la 
fin du 3 3. 

Ipso. J'adopte cette conjecture d'A. Eber- 
hard. Ipso s'oj>pose a hominis t ipsius ne 
s'oj)j)oserait a rien, et ni ipsius ni illius 
studium ne j>ourrait signifier exactement : 
la jxiesie en general. La faute a jiu ctre 
amenee par Ia premiere lettre de studio. 

Qui judicium exercet. Cf. 13: Iioc pr;e- 
tore exercente judicium. Ce jireteur (voir 
1'Introduction, p. -H-<2) n'etait autre que 
Quintus Ciceron, le frere de 1'orateur. 



Certo scio, je sais de source crrtaine, 
s'oppose ici a spero ; ce n'est plus une 
simple esjicrance. L' Erfurtensis a certe. 
On fait cntre les deux mots )a difference 
suivante, qui n'est pas tonjours confirmec 
par les textes: avec la forme la j)lus fre- 
quente dans Ciceron, certe scio t la certi- 
tude est daqp notre connaissance : certum 
cst me scire; avec certo scio, elle est dans 
ce qne nous savons : certum est quod scio. 
Voir Hand, II, j). 48; Zumpt, 26G, rem. 
I. Gossrau, 475, et Langen, Beilrdge zur 
Krilik der Plautus y j). "2 3 et s. } qui sou- 
tient que Plaute dit toujonrs certo scio. 



INDEX 



Absens, § 5, p. 29. 

Abstraits (mots) au lieu de norns concrets : 

nullum tempus abborruisse, g \, p. 22. 

Alii et ceteri, £ \, p. 24. — Alia... 

neque, § 1, p. 24. 
Aliquis (Si) et Si yww, g \, p. 22. 
/4» apres An vero, § 30, p. 57. 
Anacoluihe, iu, 4, p. 27. 
Anaphore, g 6, p. 30. 
Adscribi in et adscribi avec le datif, £ 7, 

p. 32. 
Asyndetes, % 5, p. 28 et p. 29 ; g 7, 

p. 32 ; § 26, p. 54. 
At dans une opposition : ceteri... at haec, 

8 *6, p. 43. 
Atque au commencement d'un develop- 

pement, g 4 3, p. 40. 
Attraction par laquelle Ie verbe principal 

prend le mode du verbe regi : quod.. 

expetitum esse videatis, g 3\ , p. 59. 
Aut pour ac dans une pbrase negative : 

§ 2, p. 24. — Aut... aut ne s'opposant 

pas, mais successifs, *] I, p. 22. — 

Aut subordonne a un preraier aut, g 12, 

p. 39. 

Beneficia, § H, p. 37. 

Certo et certe scio, £ 32, p. 60. 

Ceteri et ff/w" 3 § I, p. 24. 

Chiusmes, § •, p. 23; § 3, p. 25 , £ i9, 

p. 47. 
Civitas et municipium, § 6, p, 31. 
Cogitate, oinoii ItJ-, S ,8 > P- 45 - 



Constructio prxgnans : adscriptiun Hera- 
ctienscm, g 8, p. 33 ; — ieternum praeco- 
nium, § 20, p. 48; — «jywe eo cupe- 
ret ut...., g 26, p. 54. 

Consule entre deux noms propres, g &> 
p. 29. 

Contigit et Pinfinitif : au. )>£y.,, l '4, p. 27. 

Crcdo, dans le sens ironique, suivi d'une 
proposition infinitive, £ 10, p. 35. 

C«/« dans uue opposition apparente, avec 
1'indicatif, % \0, p. 36. 

Cum... tum etiam, § 5, p. 29. 

Debere avec le sens du conditionnel, g -1 7, 

p. 44. 
Dignitas, g 31, p. 58. 
Disjunctio. Exemples de cette figure : 

g J2, p. 39; $ \9, p. 46. 
Ducere et trahere, § 26, p. 54. 

Eicere de, 2 -2, p. 50. 

£^e avec un sens fort, % \0, p. 36. 

Eteniin, g 2, p. 25. 

Expressus et adumbratus, g 4 4, p. 41. 

Focile pati, § 20, p. 48. 

Facio pour un verbe precedeot , § 27, 

p. 55. 
Fuiet le participe, § 2, p. 25. 

Gcnilifs : poetje nomen, $ \9, p. 46; — ■ 
lianc (mercedem) laudis, g 28, p. 56; 
— exemplbriim vetustas (= exempla 
vetusta), 2 14, p. 41. 



62 



INDEX, 



Hic dans une reponse a une objection, 
§ 8, p. 33. — Hic tantus, § 5, p. 29. 
— Hsec hujus rapproches et se rappor- 
tant a des mots differents, § 4 , p. 23. 

Homo necessaire avec Ics adjectifs : Rudi- 
num hominem, g 2 2, p. 50. 

Idem pour accentuer une contradiction, 

S 8 > P- 33. 
Imparfait du subjonctif pour le plus-que- 

parfait, § 4 6, p. 43. 
In ejusmodi persona, § 3, p. 26. 
Incitamentum, aTtai; Xey., § 23, p. 51. 
Indicati/ dans une proposition secondaire 

qui parait dependante : ferebatur, g 7, 

p. 32; — gesserat, § 20, p. 48. 
In/initif avec le sens de 1'imparfait, g 4 8, 

p. 45. 
Ingenia, des bommes d'esprit ; § 30 , 

p. 58. 
lpse, % 4, p. 28 et § 32, p. 60 ; avec le 

sens de seul, g 4 3, p. 39. — Ipse qui 

et is ipse qui, § 22, p. 50. 
Is qui exclamatif, § 9, p. 34. 
Ita pleoaiastique, § 2, p. 24. — Ita dicti, 

§ 34, p. 59. 
Itaque pour el ita, g 19, p. 47. 

Jure (suo), g 4, p. 23. 

Lectissimus, g 3, p. 25. 



40, p. 35. 
-, <5 <5, p. 42 



Mediocris, 

ModeratuSj 

Modestus, scrupuleux, g 9, p. 34. 

Municipium et civitas, £ 6, p. 34. 



Nam amenant une occupatio, % 23, p. 51. 
Nec. neque.. nec, § 29, p. 57. — Nega- 

tion repetee, g 4 4, p. 38. 
Nescio quid, g 4 5, p. 42. 
Numero (ex hoc), § 4 6, p. 42. 
Nunc marquant une opposition, g 29, 

p. 57. 

Olim employe comme un adjectif, g 4 9, 

p. 47. 
Omission de Pidee de seulemenl ,£47, 

p. 44 et § 23, p. 54. 
Opposition de diverses propositions liees 

par et y ac non, neque, % 2* p. 24. 



Persona, g 3, p. 2(i. 

Plconasme : detis veniam... ut patiarnini, 

S 3 > P- 26. 
Pluriel de noms propres, § 22, p. 50. 
Prxgnans (constructio). Voir Constructio. 
Prxsertim cum, S 4 0, p. 35. — Prxser- 

tim qui, § 26, p. 54. 
Princeps ad, § 4, p. 23. 
Pudor, S 31, p. 68. 

Quare, g 34, p. 58. — Quare quod, § 48, 

p. 46. — Quare... res... rebus, § 23, 

p. 54 . 
Qui avec le subjonctif (= cum tu), S 24, 

p. 54; (= cum is), S 25, p. 53. — Si qua 

et Si quse, g 4 4, p. 38. 
Quidam, g 2, p. 25 et g 28, p. 55; — 

apres les adjectifs comme divinus, § 4 8, 

p. 42. — Quasi quidam, § 3, p. 25. 
Quidem certe, § 4 3, p. 40. 
Quoad longissime, g 4, p. 23. 
<2«o</ sujet separe du verbe par sentio, S \ , 

p. 22. 
Quod si: quand meme, § 46, p. 43. 

Resignare fidem, g 9, p. 34. 
Retardare, $ 4 2, p. 39. 

Scilicet, S 4 4, p. 36. 

57 0W, m, 6, p. 34 — Si aliquis... Si 

quis, S 4, p. 22. — Si quis,.. si qui, 

S H, P- 38. 
Sic annoncant une proposition infinitive, 

S 4 8, p. 45. 
Singulier (emploi du) , Mario consule et 

Catulo, S 5, p. 29 ; Q. Catulo et*patre 

et filio, S 6, p. 30. 
Sive avec un futur periphrastique, puis un 

futur simple, £ 30, p. 58. 
Spero avec 1'infinitif au passe, § 34, p. 59. 
Subjonctifpour exprimer une pensee etran- 

gere, § 2, p. 24 et g 25, p. 53 ; — 

comprenant 1'idee de devoir \judicaretis 

vous devriez juger, g 4 6, p. 43. — 

Voir qui. 
Substantifs : le second limitant le sens du 

premier : laudem atque honestatem, § 4 4, 

p. 40, — ou plus geueral : templorum ac 

monimentornm, § 27, p. 55. 
Superlatifs en correlation : optimus maxi- 

me, S 26, p. 54. 



INDEX 



63 



Tam animo agresti, § \1 , p. 44. 
Trahere et ducere, g 26, p. 54. 
Tribuere et concedere, § 4, p. 20. 

Usque inde, % \ , p. 23. 

felva primis, § \, p. 23. 
Vero^ forte liaison, § 4 9, p. 47. 
Verum etiarn, § 3, p. 26. 
JWo avec une proposition infinitive, § 6, 
p. 32. 



Zeug/tia ; opem et salutem Jerre, § I jin, 
p. 24 ; — consules quorum alter cum res 
gestas tum aures adhibere posset, § 5, 
p. 29; — dimittendam, § 29, p. 57; 

— regiis opibus vallatum, § 2\ , p. 49; 

— praedicari ac nominari, g 26 Jin , 
p. 55; — levatus... videatur, § 3\ fin, 
p. 59. 



IIN DE L.INDEX. 



5047 — Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, a Paris. 



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